Entrenous : ATT, les députés, le peuple et les réformes

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L’Assemblée Nationale s’apprête à examiner ce 28 juillet, dans la salle Modibo Kéïta, le projet de loi portant révision de la Constitution du 25 février 1992. Des échos venant des écoutes de la Commission des lois constitutionnelles de l’auguste parlement font état de certaines oppositions. Donc, il faut s’attendre à des débats houleux à l’hémicycle, surtout que l’Adema, n’avait pas apprécié la prise de position du chef de l’Etat qui avait demandé à ses partenaires de Bamako-Coura (les cadres de l’Adema s’étaient retirés à l’hôtel Timbouctou pour mieux étudier le projet) de s’abstenir de critiquer le projet.

 Pour la première fois, le gouvernement qui dispose d’une majorité stable et confortable risque d’être mis en difficulté. Le gouvernement tient à ses réformes qui sont nécessaires et opportunes et qui seront adoptées, sauf coup de théâtre. Le président de la République, Amadou Toumani Touré l’a réaffirmé à plusieurs reprises. ATT a consacré même une grande partie de son temps, avant la formation de l’actuel gouvernement, à informer et à consulter plusieurs chefs de partis politiques. Mais depuis le 19 avril 2010, les partis et les organisations de la société civile avaient une idée des grandes lignes des réformes.

Contrairement à ce que certains affirment, le projet de Révision ne fait pas table rase des idéaux du 26 mars. Le préambule réaffirme sa volonté de préserver et de renforcer les acquis démocratiques de la révolution  du 26 mars 1991. Ceux qui estiment que le président de la Cour constitutionnelle sera redevable de l’autorité qui l’a nommé doivent aussi comprendre que le projet retire des prérogatives importantes à la Cour. Des constats découlant de la gestion des affaires publiques, il est de notoriété publique que c’est le président de la République qui nomme et défait le premier ministre. Le départ des différents gouvernements de la 3ème République est suffisamment révélateur. Rien d’extraordinaire que la Constitution donne un fondement à une situation de fait. Le chemin le plus court pour éviter à notre pays des situations qui se passent ailleurs est d’appeler nos leaders politiques et d’opinion à une prise de conscience réelle. Il faut éviter de mêler à la gestion des affaires publiques donc d’intérêt général, des relents d’animosité personnelle. La Constitution ou Loi fondamentale est ce texte sur lequel repose l’architecture institutionnelle. Mais, ce n’est pas la Constitution qui va nous donner l’espoir de voir nos enfants aller sans danger à l’école ou à nos femmes enceintes de donner naissance à des enfants sans risques. Dans ce pays, les députés ont eu à voter des lois plus importantes engageant l’avenir et la survie du peuple.

Parmi les multiples textes, on peut citer seulement un projet de loi adopté par l’Assemblée Nationale en 2008, sur la biosécurité qui a servi de base à l’adoption le 2 décembre 2010, par le Conseil des ministres, d’un projet de décret déterminant les modalités d’expérimentation des organismes génétiquement modifiés (Ogm). Et pourtant, ce projet de décret est lourd de conséquences fâcheuses pour le citoyen, puisqu’il s’agit de notre alimentation. De Kayes à Kidal, le Malien moyen ignore complètement l’existence d’un texte qui s’appelle Constitution. Mais, il a besoin de cultiver, de s’alimenter et de se soigner.
 
A l’époque, à l’exception de quelques organisations sous la houlette de l’infatigable Aminata Dramane Traoré, aucune organisation de la société civile n’avait levé le petit doigt pour dénoncer cette loi qui est rejetée sous d’autres cieux, surtout dans les pays les plus industrialisés disposant des technologies adaptées. Aussi, le seul parti qui a fait part de sa désapprobation a été, à notre connaissance, le Rassemblement pour la démocratie et la solidarité (Rds) du Pr Younouss Hamèye Dicko. Où étaient donc ces organisations de la société civile et autres partis politiques qui prétendent aujourd’hui défendre les intérêts du peuple ?
 
L’un des dangers liés à l’introduction des Ogm est que nos pauvres paysans vont être obligés d’acheter leurs semences avec les multinationales. Ce qui veut dire qu’ils ne seront plus propriétaires de leurs semences. Donc, il suffit que les grandes multinationales refusent de leur en livrer pour qu’ils ne sèment pas.

Au Mali, le pouvoir, la société dite civile et la classe dite politique souffrent tous d’un mal incurable qui s’appelle éloignement des attentes prioritaires du peuple. Il ne faut pas critiquer pour le simple plaisir de critiquer ou s’agiter pour s’agiter. Soyons raisonnables.
Par Chiaka Doumbia

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