Procédure d’instruction dans l’affaire dite des bérets rouges : Le juge Karembé a-t-il péché ?

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Le juge Yaya Karembé
Le juge Yaya Karembé

Les avocats de l’ex-chauffeur du tyran de Kati, le caporal Seyba Lamine Sangaré en détention depuis mars 2014, s’insurgent contre l’imperturbable juge d’instruction Yaya Karembé d’avoir ordonné toutes sortes de tortures à leur client pour obtenir des aveux contre Amadou Aya Sanogo dans la procédure dite des bérets rouges. Ils accusent le juge Karembé d’avoir commis la pire des injustices avant de porter plainte contre lui.

Décidément, la procédure judicaire enclenchée contre Amadou Aya Sanogo et autres dans l’affaire dite de bérets rouges ne cesse de parler d’elle-même. Au moment où l’on signale la clôture du dossier en vue de son  renvoi en Cour d’Assises, l’on hausse le ton quant aux méthodes utilisées par le juge chargé de l’instruction du dossier contre certains inculpés. Selon les conseils du caporal Seyba Lamine Sangaré qui était le chauffeur de l’ex-chef de la junte, Amadou Aya Sanogo, le juge Yaya Karembé a utilisé des moyens extra-judicaires pour obtenir des aveux, notamment sur les faits macabres du puits où a été retrouvé le corps du colonel Youssouf Traoré.

Lors d’une conférence de presse qu’ils ont animée le samedi, le collectif d’avocats composés de maitres Issa K. Coulibaly et Mariam Diarra ont soutenu que le juge Karembé a utilisé tous les moyens illégaux dans l’instruction du dossier et affirment avoir porté plainte, au nom du caporal Seyba Lamine Sangaré, contre le juge devant le Tribunal de Première Instance de la Commune IV du District de Bamako.

Les griefs formulées contre le juge Yaya Karembé sont, entre autres, tentative d’assassinat du caporal Seyba Lamine, violation de domicile, tortures, coups et blessures volontaires, arrestation illégale, enlèvement, séquestration, dommages à la propriété immobilière, voie de fait et complicité. Les avocats attirent l’attention des organisations des droits de l’homme pour éclairer la lanterne de l’opinion nationale et internationale sur ce qu’ils appellent une tentative d’assassinat, de tortures et de séquestration de Seyba Lamine Sangaré  par les soins du juge Yaya Karembé de mars à juin 2014.

Pour ces avocats,  on ne corrige pas une injustice en commettant la pire des injustices. A en croire les avocats de Seyba Lamine Sangaré, le juge Yaya Karembé a participé à l’arrestation nocturne de leur client à son domicile le 28 février 2014, assisté aux tortures alors qu’il lui suffisait de le convoquer ou d’émettre un mandat d’arrêt ou d’amener. Qu’en matière de droit, on ne peut pas croire à la sincérité d’un dossier ficelé sur la base des aveux issus de tortures d’un autre âge ou sous l’effet des drogues.

Les conseils de Seyba Lamine Sangaré qui étaient accompagnés du père de ce dernier, l’ancien combattant Bekaye Sangaré ont exposé aux journalistes sur les faits de violences perpétrés par le juge Karembé et ses auxiliaires (policiers, gendarmes) pour extorquer des aveux sur Amadou Aya Sanogo, avec à l’appui des copies de témoignages de co-inculpés de Seyba Lamine, notamment le maréchal des logis Aly Mahame Touré et du caporal Hamedy Sissoko. Il ressort de l’affirmation des exposants que,  dans  la nuit du 28 février 2014, pendant que  Seyba Lamine était chez sa fiancée à Katicoro, il a été appelé par téléphone par un frère d’armes de rejoindre son domicile au motif que son mouton est sur le point de mourir. Quand il est arrivé sur les lieux, aussitôt, un homme enturbanné l’a poursuivi et le fit tomber. Il remarqua par la suite, chez lui, le juge Yaya Karembé entouré de plusieurs hommes en civil et en tenues militaires. Delà, après toutes sortes de sévices, il fut embarqué chez le juge Karembé à Hamdallaye vers 2 heures du matin où il fut débarqué dans une chambre aménagée  en dispensaire avant de passer à des interrogations sur le contenu de son puits. Le juge aurait déclaré qu’il va parler de gré ou de force. Et une substance lui a été  administrée par un agent de santé avant de tomber dans l’inconscience. Et quand il reprit conscience, il  s’est retrouvé dans les locaux de la Sécurité d’Etat en co -détention avec le maréchal des logis Aly M Touré et le caporal Ahmedi Sissoko. Et dès lors, Seyba Lamine Sangaré va  longtemps rester malade, pendant plus de 4 mois  paralysé et en traitement sans les moindres nouvelles des siens. Pendant tout ce temps, affirment les avocats, le juge Karembé leur a toujours menti en affirmant ne rien savoir sur le caporal Seyba Sangaré, de n’avoir aucun dossier sur lui jusqu’au 24 juin dernier, date à laquelle (avec l’amélioration de son état de santé), il fut conduit au cabinet du juge Karembé, lequel le plaça immédiatement sous mandat de dépôt à propos du dossier dit des bérets rouges.

Les avocats estiment que dans le dossier de Seyba Lamine Sangaré, le juge Karembé a fait tout sauf de l’instruction judicaire. Une justice qu’ils qualifient en perte de vitesse et  affirment qu’une plainte a été déposée depuis le 23 juillet, au nom du caporal Seyba Lamine Sangaré, contre le juge Yaya Karembé pour tentative d’assassinat du caporal Seyba Lamine, violation de domicile, tortures, coups et blessures volontaires, arrestation illégale, enlèvement, séquestration, dommages à la propriété immobilière, voie de fait et complicité.

Daniel Kouriba

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