Le Comédien NOUHOUM CISSE alias BANIENGO : Je suis moi-même une victime des Baniengo""

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La nouvelle émission de l”Office de Radio Diffusion Télévision du Mali "A nous la citoyenneté", animée par Ibrahima Diongoloni et Oumou Diarra Djéma et réalisée par l”enfant de Kayes Alioune Ifra N”Diaye a comme personnage central Baniengo, "l”égoïste ". De son vrai nom Nouhoum Cissé, Baniengo est, dans la vie courante, un véritable acteur et personne-ressource. "A nous la citoyenneté" vise à tirer expérience des événements habituels en mettant de côté l”égocentrisme à outrance qui caractérise, de nos jours,nombre de comportements sociaux. Bamako Hebdo a tendu son micro à Baniengo.

Bamako Hebdo : Merci, Baniengo, de nous accorder un peu de votre temps. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Baniengo : Je suis Nouhoum Cissé, originaire de Fougna Moribougou (Kita) fils de Baba et de Sira Cissé diplômé de l”Ecole Normale Supérieure (ENSUP), section psychopédagogie. Je suis donc enseignant de formation et de profession. Je suis aussi un amateur de comédie qui a appris le métier d”acteur sur le tas. Géomancien, je suis également un chercheur en tradition orale mandingue et j”enseigne le N”ko dans un lycée de la place. Je réside à Kalaban Coro. Agé d”une cinquantaine d”années, je suis marié et père de quatre enfants.

BH: Sur quels critères, vous a-t-on choisi pour interpréter le rôle de Baniengo ?

J”ai été choisi par Alioune Ifra N”Diaye pour son microprogramme d”éducation à la citoyenneté parce qu”il m”a dit qu”il voyait en moi quelqu”un qui pouvait faire son affaire. Il est passé me voir et m”a expliqué le contenu. Au début, j”étais réticent, mais il m”a convaincu en déclarant qu”il ne voulait pas qu”on m”enterre avec une telle valeur, ignorée de moi-même. On a donc fait le casting. Il était très satisfait, mais franchement je ne savais que ça allait prendre une telle ampleur. J”ai joué en fonction de ma sensibilité propre, de ce que je pouvais percevoir à travers ce rôle. La chose difficile chez le comédien est de se défaire de sa propre personnalité pour être l”autre, celui qu”il joue. J”ai voulu être un Baniengo crédible, pour que le public s”intéresse à ce problème qui interpelle tout le monde, familles, co-habitants, co-époux, frères, politiciens. Aujourd”hui, chacun ne pense qu”à ses intérêts personnels. C”est tellement évident qu”on ne le nie plus, j”insiste là dessus sans risque de me tromper. C”est exactement cela le Baniengo et c”est extrêmement désolant.

BH: Parlez-nous de l”émission " A nous la citoyenneté"?

Elle se divise en quatre grandes parties. La première, les margouillats, parle des politiciens qui font des manœuvres qui ne vont pas en faveur des Maliens. Ils sont capables de mettre en conflit deux personnes pour que tout le Mali s”enflamme.

La deuxième et la troisième partie démontrent que les gens ne connaissent pas leurs droits et devoirs de citoyens. Nous souhaitons les sensibiliser, ce qui est fait grâce au courrier adressé à Fima.

La quatrième partie, c”est le Baniengo, l”incarnation de l”égocentrisme du Malien actuel. C”est pas Nouhoum Cissé en tant que tel qui intervient. J”ai seulement voulu montrer les aspects négatifs de notre vie quotidienne.

BH: Quelles solutions préconisez-vous pour remédier à ces maux?

Il faut reconvertir la mentalité des Maliens, mais la culture politique basée sur la démocratie que nous voulons instaurer ne peut exister sans la volonté de nos dirigeants. C”est-à-dire revenir aux valeurs maliennes réelles, qui sont fonction de notre culture et des réalités du monde.
Le politicien malien n”a pas d”idéologie. Tant qu”on n”a pas cette idéologie et que chacun se bat pour lui seul, personne ne connaitra la valeur de son prochain. C”est dangereux, car le social a tendance à disparaître.

La solution est de revenir à la case de départ, à chercher des gens de valeur pour former la jeunesse, à faire quelque chose de différent de l”enseignement d”aujourd”hui, qui est au rabais, faute de niveau mais aussi de bonne conduite.

BH: Depuis le démarrage de Baniengo, comment le public malien perçoit-il la personne de Nouhoum Cissé ?

Avec le rôle de Baniengo, j”ai carrément changé de nom. Certains auraient pu prendre cela en mal, pas moi. Quand on accepte d”être un homme public, on est obligé de vivre avec la pédagogie d”homme du peuple. Si on n”adopte pas un comportement cohérent avec cette popularité, il faut être conscient que, que le rôle soit positif ou négatif, on est obligé de vivre avec cette étiquette. On m”appelle Baniengo à longueur de journée, mais ça ne touche en rien à ma personnalité. Nouhoum Cissé que voilà est la vraie victime des Baniengo. Plus brisé, plus déçu et plus aigri que moi dans ce pays, on démarre une rébellion. Je suis le professionnel et le cadre le plus brimé. A un moment donné, j”ai pris la position de rébelle.

Compte tenu de mon éducation, du poids des conseils des uns et des autres et en faisant confiance à la justice malienne, j”ai essayé de porter plainte et le peuple malien sera témoin de la situation que mon service employeur me fait vivre. Après vingt ans de carrière professionnelle, mon avenir est à jamais ténébreux. J”ai été expulsé de ma location par mon intime ami, à cause d”une femme, la presse en a d”ailleurs fait cas.

Cette coupure je l”ai fait parvenir à la commission pour bénéficier d”un des logements sociaux. J”ai échoué à l”obtenir à deux reprises. Là aussi, mon sort est scellé. Je resterai donc en location. ( L”interview a été interrompue à ce moment par les larmes du comédien, trop ému pour continuer. Après qu”il ait repris son calme, elle a repris).

BH: Pourquoi avoir accepté ce rôle, que tout le monde qualifie de négatif ?

Les gens voient Baniengo comme un être négatif. Pour moi, il est positif, parce qu”il démontre qu”effectivement certains ne sont là que pour en brimer d”autres, gratuitement. Je suis frappé par l”égocentrisme ambiant. Le rôle me permet de me rectifier, d”être correct et d”être une référence, car tout homme est méchant dans un domaine donné. C”est inhérent à la nature humaine. L”émission est en fait un miroir, dans lequel chacun se regarde et est amené à changer de comportement.

BH: Allez-vous vous limiter au rôle de Baniengo ou souhaitez-vous, dans l”avenir, jouer dans d”autres sketches, pièces de théâtre et, pourquoi pas, films ?
Jouer dans un film ou une pièce de théâtre ne relève pas du comédien, mais des réalisateurs et cinéastes. Ceux qui pensent que je peux faire leur affaire, il n”y a pas de problème, je suis là pour eux en tant qu”acteur amateur. Dans le cas contraire, je continuerai de vivre ma vie misérable de manière très heureuse, avec ma vieille Vespa. Je prends avec philosophie tout ce qui m”arrive.

BH: Que pensez-vous aujourd”hui de la culture malienne ?

Elle est très florissante. La politique adoptée présentement par le département de la Culture, disons la vérité, bien que je ne partage pas systématiquement ses orientations, nous met sur la bonne voie. Il est bon de multiplier les rencontres, forums, festivals et de voir l”ascension de nos artistes à travers des émissions comme Hit Parade, Top Etoiles et beaucoup d”autres. Je regrette seulement qu”on ait arrêté les soirées traditionnelles que Jouvence organisait. Cela revalorisait beaucoup la culture malienne.

BH: En tant enseignant, chercheur, géomancien et comédien, comment jugez-vous la société malienne actuelle ?

La société malienne actuelle me donne beaucoup d”inquiétudes.Je lance un appel pressant à notre classe politique, qui doit faire très attention. La société malienne est une société facilement gouvernable, mais si les dirigeants ne savent pas où donner de la tête, nous risquons, un jour, d”aboutir à la catastrophe.

BH: Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Tout ce que j”ai à ajouter c”est qu”un comédien est comme un crapaud. Il a horreur de la chaudière, comme de tout autre endroit chaud.
Moi, je suis un crapaud qui ne veut que la paix, rien que la paix. Je demande à tous les protagonistes de l”action politique au Mali de nous cultiver la paix, un mot de quatre lettres qui est très important.

REALISE PAR FATOUMATA MAH THIAM DOUMBIA


Koutiala: les partis signataires de l”ADP sont-ils des Baniengo de la politique ?

Koutiala est une ville très convoitée par les politiciens. Elle compte nombre de stations de radio en bande FM, dont cinq appartiennent à des mouvements ou partis politiques. Mais nous avons pu nous rendre compte que les populations de la capitale de l”or blanc ne prennent plus la classe politique au sérieux, du moins la frange qui a signé la plate forme " Alliance pour la démocratie et le progrès " (ADP). Les Koutialais considèrent ces partis comme des Baniengo de la politique malienne. Selon eux, la plupart des partis signataires n”ont pas consulté leurs bases respectives avant d”aller signer " l”acte de décès de la démocratie malienne ". Mieux, selon nos interlocuteurs, bon nombre de présidents des partis signataires n”ont aucune base.

"Quand on a rien, ni devant ni derrière, on peut se permettre tout. Les présidents des partis qui ont des ministres sont les vrais Baniengo dans cette affaire. Ils ne veulent pas quitter le gouvernement et l”ADP est la meilleure occasion pour eux de se maintenir au pouvoir. Nous verrons bien ce que ça va donner dans les mois à venir ". Nous ne pouvons pas donner tort à nos interlocuteurs koutialais, étant donné que, lors de la cérémonie d”ouverture du 2ème congrès du SADI, les représentants du CNID de Me Mountaga Tall et de l”Union Soudanaise RDA n”ont fait aucun cadeau aux dirigeants de leurs partis, tous deux signataires de l”ADP. Ils n”ont du pas tout apprécié la position adoptée par leurs directions. Certains jeunes URD de Koutiala sont dans la même logique. "On ne peut pas tout le temps nous prendre pour du bétail électoral en posant des actes qui n”arrangent que nos responsables. Cela ne peut pas continuer ".

Même son de cloche chez les femmes, qui constituent la cheville ouvrière de la plupart des partis. Elles aussi ne sont pas du tout contentes du comportement de leurs chefs. La fronde gronde dans la capitale de l”or blanc, et il sera difficile pour ceux qui viennent de signer à l”ADP de faire un tour à Koutiala en toute quiétude. Ils y sont considérés comme des Baniengo, qui ne veulent que leur propre bien et courent après les avantages.

K.T

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