La problématique de l’Etat, de la gouvernance et de la citoyenneté

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 « L’Etat, c’est nous.» disait le leader bolchévique Lénine (1870-1924).  Sommairement, on peut définir  l’Etat comme l’ensemble des institutions et des services qui permettent de gouverner et d’administrer un pays. Il exerce son pouvoir par le biais de ses différentes fonctions primaires (pouvoir exécutif, pouvoir legislatif et le pouvoir judiciaire) et secondaires (défense, sécurité, éducation, justice, santé, solidarité, finances publiques….).

Aucune société, organisation, entreprise, ou armée ne peut réussir si elle n’est pas conduite. L’Etat qui reflète la forme la plus élaborée de la vie en société doit se conduire sur la base d’une mission, d’une  vision et d’une stratégie opérationnelle afin d’exercer ses fonctions efficacement. Mais l’Etat évolue au fil du temps avec la société et de nos jours, l’Etat (et ses démembrements) est appelé à assumer des fonctions nouvelles et différentes et à en abandonner d’autres. Cette  mutation constante de l’Etat engendre aussi de multiples contraintes associées aux nouvelles menaces et aux chocs exogènes pour la conduite des affaires publiques   notamment pour ce qui concerne  la mise en œuvre des politiques et stratégies de développement.

L’Etat – providence n’est plus de mise. Toutefois, la reforme et la modernisation de l’Etat ne doit pas se limiter aux aspects péjoratifs tels que la réduction ou la dilution de son rôle. L’Etat stratège, proactif en matière de politiques publiques  se doit avant tout d’être un partenaire crédible et efficace dans l’effort de développement national,  en renforçant sa capacité de puissance publique à entreprendre et promouvoir efficacement  des actions d’intérêt collectif. Le développement d’un pays doit prendre en compte les besoins et les aspirations de l’ensemble de ses habitants. Par exemple, une offre croissante des services d’infrastructure (transport, électricité, eau, assainissement, télécommunications et irrigation) contribue à accroître la productivité, et les conditions de vie des populations. L’objectif majeur étant  d’augmenter la quantité de capital  d’infrastructures et concomitamment améliorer la qualité des services.

Aussi quatre piliers de taille doivent être conciliés dans une perspective de développement durable : l’efficacité économique, la justice sociale, la liberté politique (sécurité des personnes, primauté du droit, liberté d’expression, participation politique et égalité des chances) et la préservation de l’environnement.

L’Etat se doit aussi d’être un partenaire privilégié des populations en soutenant les dynamiques locales  dans un esprit de développement équilibré et durable. Car la réussite dans la lutte contre le chômage, la pauvreté et l’insécurité  nécessite la mobilisation de toutes les ressources disponibles, notamment, au niveau régional et local. Les stratégies communautaire et nationale – comme toute politique conçue à un niveau central – ne sauraient réussir sans engagement et action de la part des acteurs régionaux et locaux. Les collectivités locales sont les mieux placées pour traduire les stratégies nationales et régionales en mesures concrètes sur le terrain. De plus, les acteurs locaux sont les mieux à même de comprendre les conditions, aspirations et besoins locaux. Le développement local doit reposer sur des actions mobilisant les initiatives locales au niveau des collectivités et des habitants eux-mêmes, éventuellement avec une assistance technique ou financière extérieure. Il doit être global et multidimensionnel, recomposant ainsi les logiques sectorielles mais surtout valoriser les ressources d’un territoire par et pour les populations qui occupent ce territoire. Le développement d’un territoire ne peut se décréter de l’extérieur ; il ne peut se construire durablement que si la population et les acteurs de ce territoire sont eux-mêmes porteurs d’une ambition et capables de se projeter dans l’avenir.

En démocratie, les candidats à la plus haute fonction de l’Etat élaborent des projets de société qui contiennent  les enjeux majeurs auxquels fait face un pays et de même que des objectifs simples, et les moyens identifiés pour leurs réalisations.  Toutefois, un Etat plus performant peut être bâti seulement si une volonté politique sans faille existe, et exige une participation effective des citoyens au contrôle de la gestion des affaires publiques. La volonté des plus hautes autorités pour atteindre un développement durable et harmonieux serait de lier d’avantage l’efficacité de l’action de la puissance publique  à une obligation de résultats tout en prenant en compte les aspirations et préoccupations des populations. Il s’agit donc en premier lieu de diagnostiquer les contraintes institutionnelles, humaines, financières et matérielles afin d’adapter le rôle de l’Etat à sa capacité d’action. En second lieu, il s’agira d’appliquer des mesures incitatives comme les formations, les primes de performance, la modernisation des outils de travail afin  d’améliorer la capacité d’action de l’Etat.

« Les hommes en effet ne naissent pas citoyens mais le deviennent selon Baruch Spinoza (1632-1677).»  La citoyenneté est aussi une institution juridique. Elle est la source de droits civils et politiques et octroie à son titulaire des droits inaliénables. Il est impératif  de voir la direction vers laquelle on veut entraîner et conduire l’ensemble de la société. Il faut former, construire, éduquer l’individu pour qu’il devienne citoyen. Les droits et devoirs des citoyens comme l’Etat  évoluent de pair avec la société. Citoyenneté, démocratie et développement sont des concepts très liés entre eux car ce sont les citoyens qui bâtissent les Etats et qui animent la vie politique, économique, sociale et culturelle.

Selon le petit Robert, la démocratie est une doctrine politique d’après laquelle la souveraineté appartient à l’ensemble des citoyens. Le philosophe et homme politique indien Gandhi (1869-1948) clamait que la démocratie devait assurer au plus fort les mêmes opportunités qu’au plus faible. L’objectif dans une démocratie representative est de faire en sorte que le plus grand nombre de citoyens participent à la vie politique  publique et civile dans la société. Dans la majorité de nos pays, le vote est certes un droit mais pas une obligation. Il urge donc de sensibiliser, et de former les populations à intervenir directement dans la conduite des affaires publiques à travers le bulletin de vote.

l« Rien n’est possible sans les hommes, rien n’est durable sans les institutions » disait l’économiste français Jean Monnet (1888-1979). La gouvernance est évolutive et multidimensionnelle et concerne l’appréciation que l’on porte sur la manière de gérer ou d’administrer, en l’occurrence un pays.

Un secteur public performant, de même qu’une règlementation efficiente, des institutions fonctionnelles, des infrastructures de base  et des ressources humaines de qualité sont indispensables pour la fourniture des biens et services qui permettent d’améliorer le bien-être et les conditions de vie des populations.

La transparence dans la conduite des affaires publiques est une exigence démocratique et l’Etat se doit d’atteindre les objectifs qu’il s’est assignés. L’analyse empirique suggère qu’une bonne stratégie de développement doit comprendre deux éléments fondamentaux. D’une part, des reformes institutionnelles mises en œuvre grâce à un bon diagnostic permettant de révéler les sources et situations qui favorisent des conditions de vie meilleures pour les populations. D’autre part, la mise en place des coalitions et des partenariats solides entre les différentes composantes de la communauté citoyenne à travers une dynamique partenariale participative et surtout inclusive.

Selon Lord Byron (1788-1824), les lois et les institutions sont comme des horloges ; de temps en temps, il faut savoir les arrêter, les nettoyer, les huiler et les mettre à l’heure exacte. La planification stratégique  peut être considérée  comme un processus continu et intégré de réflexion, d’action, d’évaluation et d’ajustement. Elle permet d’améliorer l’élaboration et la mise en œuvre effective des politiques publiques.

Ainsi, pour mettre en œuvre une stratégie de développement, il est aussi nécessaire  de mettre en œuvre des plans d’actions simples, clairs et opérationnels qui améliorent la transparence et la responsabilité des services publics ainsi qu’une participation effective des citoyens au contrôle de la gestion des affaires publiques. Aussi, le plan d’action en tant qu’outil de gestion doit comprendre la vision, la mission, les objectifs stratégiques et les actions spécifiques nécessaires pour relever les défis associés à la bonne gouvernance, au développement humain et social et au développement économique.

L’Etat de droit est le vrai rempart et le pivot de la démocratie et l’Etat doit donner l’exemple de civisme. Les infractions à la règle de droit constituent de dangereux exemples. Le socle de la démocratie est le respect de la liberté et l’égalité des citoyens. Aussi, la volonté du peuple qui s’exprime à travers le suffrage universel constitue le fondement de l’autorité des pouvoirs publics. Selon Alain, les deux vertus du citoyen sont l’obéissance par lequel il assure l’ordre et la résistance par laquelle il assure la liberté. Il est donc vital que chacun de nous contribue à l’œuvre d’édification nationale en disséminant une culture citoyenne, gage de démocratie participative, representative et de développement durable. Sans des institutions fonctionnelles et une culture citoyenne, l’Autorité et la crédibilité de l’Etat de même que la démocratie ne seront que des voeux pieux.

Bamako, le 10 juillet 2018

  Modibo Mao MAKALOU

 Economiste et Financier 

    Ancien Sherpa de la Commission de l’Union Africaine et du NEPAD

 

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