La transition :” L’éléphant annoncé avec fanfare est arrivé avec un pied cassé”

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Le 18 Août 2020, après deux mois d’intenses contestations pilotées par le mouvement du 5 juin, Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP), le Mali entrait dans une nouvelle ère. Il a fallu finalement un inédit coup de force opéré par des Officiers de l’armée pour tourner l’une des pages les plus mouvementées de notre histoire. Comme s’ils étaient à l’affut, l’irruption des hommes de caserne a fait naître un immense espoir.

Sans perdre du temps, les nouveaux maîtres du pays entament des consultations avec toutes les forces vives de la nation pour s’allier, décider et malgré les clivages politiques et idéologiques, travailler ensemble pour l’essentiel et pour l’intérêt supérieur de la nation. Cette consultation ouverte est sanctionnée le 25 septembre 2020, par la double investiture du Président de la transition et du Vice-Président.

Bien que choisi dans des conditions visiblement opaques, le Président a bénéficié et continue de bénéficier d’une période de grâce de la part de tout un peuple. En effet, il est perçu comme quelqu’un derigoureux, de patriote, doté d’une grande éthique et d’une grande capacité d’écoute et par conséquent capable d’assurer la transparence dans la gestion des affaires publiques ce que devra hériter le prochain président démocratiquement élu.

Selon l’opinion publique, en bon enfant de la République, il ne pouvait que venir à la rescousse du pays qui lui a tout donné. Dès son arrivée, il nous avait fait beaucoup rêver. Hélas, la montagne semble accoucher d’une petite souris. La nomination à des postes stratégiques des proches et des personnes sans trajectoire professionnelle, ni compétences avérées, la militarisation à outrance de l’administration publique, l’obscurité dans les décorations, le chevauchement des fonctions, le tâtonnement absolu dans la gestion de l’appareil d’Etat ont fini de semer le doute dans l’esprit de beaucoup de nos compatriotes et d’assombrir l’avenir.

A ce jour, rien dans leur démarche n’augure de lendemain meilleur car aucun acte rassurant n’a été posé. Même la déclaration de patrimoine qui est un exercice ordinaire de transparence et de bonne gouvernance n’a jusque-là été effectuée. Peut-être qu’elle ne se fera jamais. Pourtant elle figure en bonne place dans la charte de la transition nuitamment conçue. Le discours tenu le jourde la double investiture par le Président de la transition avait soulevé une lueur d’espoirs surtout sur la question fondamentale qu’est la corruption, la base de nos maux.

Beaucoup de nos compatriotes avaient sursauté de joie lorsqu’ils ont entendu cette phrase : “Tous les dossiers sur la corruption seront transmis à la justice”. Mais cette joie est vite tempérée par cette étonnante précision : “au besoin”.

Tout le monde constate avec une angoisse légitime que toutes les démarches sont, pour le moment, populistes et politiciennes. La transition devait être marquée par une profonde réforme constitutionnelle. Si la responsabilité des acteurs impliqués dans les dossiers les plus brûlants de corruption supposéenotamment pour ce qui concerne les équipements militaires n’est pas située, l’impunité que Son Excellence Bah N’Daw a promu de combattrene fera que perdurer au grand dommage de ce vaillant peuple.

Dans le même ordre d’idées, le favoritisme, le népotisme, la gabegie, les marginalisations, les stigmatisations et les exclusions qui minent et tenaillent le pays semblent être plus qu’actuels étant donné que jusque-là rien de concret n’a été fait ou annoncé pour les éradiquer. Il est un impératif absolu, d’entamer des reformes solides et profondes à la dimension des espoirs et attentes affirmés, seuls gages de réconciliations entre le pouvoir et le peuple.A ce titre, il faut :

  • Il faut une forte volonté politique affichée au sommet de l’Etat. Cette volonté ne devrait pas seulement se limiter au discours. Il faut faire prévaloir la sacralité de la séparation des pouvoirs par la mise en place d’institutions fortes. Parce que comme le dit Voltaire ; « pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ».

Mettre les hommes qu’il faut aux places qu’il faut pour assurer la continuité de la fonction régalienne de l’Etat et promouvoir ce développement pour lequel tant de sacrifices ont été endurés par le peuple depuis la nuit des temps et qui semble être sérieusement compromis.

En cas de faute grave de gestion prouvée, il faut des sanctions exemplaires, sans faiblesse coupable ni cruauté inutile. Les sanctions doivent être dissuasives.

Il faut un éveil de conscience à travers des informations justes, transparentes et à temps. La communication est la base de la confiance entre le pouvoir et le peuple. Alors, elle doit être érigée en règle. Elle ne doit être ni justificative ni défensive. Car c’est un droit et une obligation.

Les difficultés observées dans la mise en place du Conseil National de la Transition (CNT), sa militarisation et les arguments avancés ne rassurent personne. C’est une erreur gravissime de croire qu’on peut discuter du processus électoral sans certaines forces politiques. Choisir sinon imposer un militaire en exercice pour présider un organe électif est contraire aux principes les plus élémentaires dela démocratie.

Le désespoir, lacrédibilité des élections et des personnes qui les organisent mises à doute, des visages découverts, des populations laisséesà elles-mêmes, des ambitions affichées voilà la surprise que semble nous réserver le résultat de la vive contestation.

Le “Mali Kura”, pour lequel 23 personnes se sont sacrifiées, doit attendre. La fissure, la fracture, l’explosion, la trahison sans surprise et tous les débordements constatés au sein du principal mouvement contestataire renforcent notre hypothèse que tout ce harcèlement n’est que du : ” Ote-toi, je m’y mets”. Les personnes, surtout jeunes, qui croyaient au messie, je voudrais dire : ” on n’a pas besoin de messie mais des gens suffisamment conscients des enjeux”.

Ceux qui s‘attendaient à un traitement de choc du Mali de Modibo Keita doivent déchanter et attendre, sans doute encore longtemps. L’espoir, pour le moment, est bien mince.

Abdoulaye Maiga,

Etudiant, citoyen malien.

Tel : (+223) 71134285

E-mail : [email protected]

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