Tribune de Makan SIDIBE Conseiller Spécial du Président du CSDM

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Comme malien établi en France, j’ai eu l’honneur d’être l’instigateur dès 1991, du nouveau modèle d’organisation de la diaspora qui a conduit à la création du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur et du ministère des maliens de l’extérieur. Ce faisant, j’ai eu l’immense plaisir de servir mes compatriotes de la diaspora, en tant que Président du Conseil des Maliens de France (CMF). J’ai endossé ensuite les responsabilités de Secrétaire Général du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur. Enfin, mon engagement m’a mené à devenir membre du Conseil Economique social et culturel. Je profite de cette occasion pour remercier vivement mes compatriotes pour ces marques de confiance et de reconnaissance.

Il est notable que les dysfonctionnements observés dans la gestion des structures du Haut Conseil des Maliens l’Extérieur inquiètent un grand nombre d’entre nous. En France ces derniers sont caractérisés par une profonde crise de division de la communauté entre deux représentations s’en disputant la légalité et la légitimité. Il y a donc à ce jour deux bureaux au Haut Conseil, là où il ne devrait y en avoir qu’un seul.

Eu égard à mon parcours et en tant que personnalité de la diaspora, j’ai été régulièrement interpellé par des compatriotes de l’extérieur et de l’intérieur. A plusieurs reprises, l’expression de ma position a été réclamée par eux, notamment sur ma vision de la genèse du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur de manière générale. Mais plus particulièrement, concernant le contexte de la création du Conseil des Maliens de France. La nécessité de cet exercice parait nécessaire à leurs yeux, alors que j’ai longtemps résisté à plusieurs appels aussi bien en privé, que clairement affichés en public (notamment sur les réseaux sociaux). Au regard de la gravité de la situation de crise en France, dont je viens d’évoquer l’enjeu, et afin de rétablir la réalité des faits dans cette situation vécue par les maliens qui y résident, j’ai enfin décidé de m’exprimer ici, avec le seul objectif d’informer et de rétablir la réalité des faits telle que les compatriotes l’ont souhaité.

Avant d’en arriver à la situation spécifique de la France, il me semble intéressant de contextualiser l’origine de la naissance du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur. Cette organisation, jusqu’à une période récente, était une spécificité malienne. Beaucoup de pays parmi nos voisins, Bénin, Sénégal… se sont rendus à Bamako « pour s’imprégner du nouveau modèle malien d’organisation de notre Diaspora » que j’ai humblement et avec le sens du devoir envers mon pays, contribué activement à faire émerger.

Dans la nuit du 25 au 26 mars 1991, assis seul dans mon salon à Paris, j’ai appris par le dernier journal de Radio France Internationale (RFI), qu’une frange importante des militaires venait de renverser le Général Moussa Traoré, anciennement Président de la République du Mali. Immédiatement, j’ai décidé d’appeler un grand frère Burkinabé en France que je salue ici pour son accompagnement constant et ses conseils éclairés, et je lui ai fait part de mon idée d’envoyer un télégramme de félicitations aux militaires qui venaient de s’emparer du pouvoir. En effet, le peuple malien subissait les effets d’une dictature des plus atroces, avec son cortège de plusieurs centaines de morts[i]).

Ce grand frère a estimé que l’idée était bonne. Pour beaucoup plus de relief et d’impact sur la diaspora, il me proposa de chercher à m’adjoindre deux cosignataires du télégramme et de l’envoyer non pas aux autorités militaires, mais à notre regretté Maitre Demba Diallo qui assurait la coordination de la révolution du 26 mars, à la Bourse du travail de Bamako. Fort de ces conseils, j’appelai mon ami Mamadou Bathily (un couche-tard irrécupérable comme moi), à l’époque Président de la fédération des Associations de Gadiagua en France (encore joignable en France) et mon ami Mamadou Sacko de Djéma, à l’époque Président de la Fédération des Association du cercle de Djéma en France. Je leur soumis le projet qu’ils approuvèrent de concert. Ils devinrent donc cosignataires dudit télégramme que j’envoyai nuitamment à Maitre Demba Diallo, à travers le service téléphonique de France télécom (copie télégramme encore disponible).

De l’avis du Général Amadou Toumani Touré (ancien Président de la transition démocratique et ancien Président de la République) que j’ai rencontré dans un hôtel parisien, accompagné pour la circonstance par deux amis encore joignables à Paris et à Bamako, Maitre Demba Diallo présenta ce télégramme au cours d’une séance de réunion du CTSP (organe délibérant de la transition). Son contenu s’attachait à trois points : ériger des monuments en la mémoire des martyrs de la révolution[ii], mettre en place auprès des nouvelles autorités, une organisation consultative de la diaspora s’appuyant sur un ministère dédié à la gestion des affaires des maliens établis à l’extérieur[iii]; le troisième et dernier point consistait à remercier les autorités militaires. Car seul un militaire peut arrêter un autre militaire

Pour les jeunes générations et autres compatriotes neutres et désintéressés par la gestion du pouvoir au sein des structures du Haut Conseil, voici comment est né le nouveau modèle d’organisation de la Diaspora issu de la révolution du 26 mars 1991. Concernant le cas spécifique de la France, objet principal de cette tribune, sans trop m’y étendre, je traiterai l’origine de la naissance du Conseil des Maliens de France qui s’est mué en Haut Conseil des Maliens de France, pour des raisons que je vais expliciter.

Comme beaucoup le savent, le Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur est créé à Bamako au lendemain immédiat de la conférence nationale de refondation démocratique. Dès sa création, une latitude a été donnée aux ressortissants maliens dans tous les grands foyers de concentration de nos compatriotes à l’extérieur, afin de mettre en place dans leur ressort, un démembrement de cette organisation. C’est ainsi, que toujours supporté par mon ami Mamadou Bathily, à la tête d’un comité d’organisation, nous avons mis entre huit à neuf mois, à regrouper les maliens de France. A travers leurs associations, nous avons mené un travail d’explication, de présentation et de tentative acharnée de les persuader de l’utilité de la création d’un démembrement du Haut Conseil en France ainsi que de la nécessité d’en être membre. L’architecture de cette nouvelle création reposait sur deux piliers : celui porteur du regroupement des associations dites nationales (associations déclarées autour d’un objet transnational) et le second pilier, porteur des associations dites villageoises de développement (associations qui regroupent des ressortissants d’un seul village) dont l’objet principal concerne le développement dudit village.

Ces deux entités fédérées ont donné naissance au Conseil des Maliens de France que j’ai eu l’immense honneur de présider en tant qu’émanation du bloc important des associations dites villageoises de développement, secondé dans la tâche par mon ami Boro Doucouré comme Secrétaire Général, issu du bloc des associations dites nationales. Permettez que je salue ici ce fidèle parmi les fidèles pour sa loyauté à mon égard durant tout l’exercice de cette responsabilité, et ce, même pendant les situations de fortes tensions et d’inimitiés que j’ai connues.

Ces inimitiés qui ont entravés la bonne marche du Conseil des Maliens de France), tiraient leurs sources de l’égocentrisme de certains de nos compatriotes leaders associatifs et du sentiment exacerbé de jalousie d’autres, ayant du mal à concevoir ou à accepter l’émergence d’autres nouveaux leaders. Le groupe des égocentristes a fini par coaliser avec celui des jaloux défaitistes, pour s’employer à défaire ce que l’on mit presqu’une année entière à construire. Dans cette coalition se sont retrouvés ceux nombreux, ayant déconsidérée l’importance de ce nouveau mode d’organisation et qui soudainement se sont aperçus de leur erreur en souhaitant revenir ensuite par tous les moyens possibles. A ceux-là s’ajoutent tous ceux qui ont tiré leur gloire de la collaboration avec des institutions françaises, souvent d’ailleurs contre l’intérêt de leur propre communauté. La troisième et dernière composante était constituée par des leaders issus de la plus importante communauté malienne en nombre. Ceux-ci estimèrent que leur supériorité numérique ne permettait à aucun autre leader de communauté différente à prétendre diriger en France.

La gestion du mouvement revendicatif de lutte pour l’accès à un logement décent dite « la lutte des sans-abris de Vincennes » merveilleusement bien dirigée par la nouvelle Direction du Conseil des Maliens de France contre la logique institutionnelle française a constitué le terreau fertile de l’entreprise de démolition du Conseil des Maliens de France par des affabulations dénouées de tout fondement au point de paralyser l’ensemble de son action. Cela s’est fait en partenariat avec des institutions françaises qui percevaient mal l’émergence d’une dynamique associative, revendicative et indépendante, d’une des plus grandes communautés noires en France. La perspective de l’indépendance du CMF et le manque de contrôle induit, sur fond de traitement d’un sujet aussi explosif que le mal logement dont sont victimes en France la majorité de nos compatriotes, constituaient de fait des signaux d’inquiétudes pour les institutions du pays d’accueil.

Cette coalition de contrenature dont l’objectif principal était de complètement anéantir le Conseil des Maliens de France dirigé par un leader non issu de la communauté numériquement dominante, a fini par accomplir sa mission par un coup de force antidémocratique. En ce sens qu’elle a contourné le Conseil des Maliens de France en cours de mandat, pour organiser une assemblée générale anti statutaire de renouvellement de ses structures, sans son accord préalable et en dehors de sa participation. Ce coup de force en politique n’a d’autre nom que « Coup d’Etat Institutionnel ». Une fois leur forfaiture accomplie, leur Président nouvellement élu, m’a rencontré dans une brasserie située à la porte de Pantin, afin que je signe, en ma qualité de Président du CMF, les papiers de transfert de compétence juridique afin de valider et légitimer aux yeux de l’administration préfectorale leur méfait.

N’ayant pu obtenir cette signature que je leurs ai refusée, ils n’ont pu, en effet, s’approprier le cadre juridique tant convoité du CMF.

Face à mon intransigeance, dans le souci toujours de conserver le patrimoine médiatique du CMF, ils ont décidé de se rendre à la préfecture, sans moi et dans le plus grand secret, pour faire valoir la création. C’est ainsi que la lettre « H » devant le sigle CMF a donné Haut Conseil des Maliens de France. Voici donc comment est né en France le HCMF.

Depuis sa création de cette manière illégale et anti démocratique, ce Haut Conseil des Maliens de France s’est spécialisé dans l’accueil des officiels et à ce jour n’a entrepris aucune action d’intérêt général. Pire, les acteurs qui ont contribué à la forfaiture que je viens de dévoiler, se sont séparés en entrainant toute la communauté malienne dans leur combat d’égos avec l’encouragement de la direction du Haut Conseil qui semble trouver son équilibre dans cette cacophonie, que l’on peut malheureusement observer dans plusieurs autres pays d’accueil de nos compatriotes.

Aux amis qui m’ont interpellé pour écrire ce texte, je vous remercie de m’avoir poussé à le faire. Ce faisant, j’ai pris conscience d’avoir accompli une œuvre utile ayant contribuée à informer sur les origines de la naissance de nos organisations de la diaspora. Les lecteurs auront remarqué que j’ai fait le choix délibéré de ne dire que ce qui m’est apparu utile pour la bonne information, en luttant intensément contre la tentation de déborder sur les aspects conflictuels de la gestion des structures du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur qui pourraient faire l’objet d’un prochain article. N’ayant pu changer le cours des choses, j’ai été amené à démissionner pour servir plus utilement ailleurs, en apportant au Président du Conseil Supérieur de la Diaspora Malienne (CSDM) mon savoir-faire, mon expérience et mon expertise concernant la gestion des affaires de la diaspora.

 

Makan SIDIBE

Conseiller Spécial et fondé de pouvoir du Président du Conseil Supérieur de la Diaspora Malienne (CSDM)

Ancien Président du Conseil des Maliens de France (CMF) devenu Haut Conseil des Maliens de France (HCMF)

Ancien membre du Conseil Economique Social et Culturel du Mali (CESCM)

 

[i] Evènements du 26 mars 1996.

[ii] En cela le carré des martyrs existe dans un cimetière, et le pont des martyrs à Bamako

[iii]Demande également satisfaite à travers la création d’un ministère des maliens de l’extérieur et un Haut Conseil des maliens de l’Extérieur, au lendemain immédiat de la conférence de refondation démocratique de nos institutions.

 

 

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2 COMMENTAIRES

  1. La relations des faits remontant à près de trois décennies n’est pas facile.
    Je rentre pas dans les méandres franco-françaises du HCME.
    Cependant, l’acteur que j’ai été a le devoir de dire sa VÉRITÉ quand à la naissance du HCME vue du Congo Brazzaville.
    Le Congo Brazzaville était en effervescence politique, les marches et autres grèves avaient conduit le pays à une Conférence Nationale, au même moment au Mali, les contestations du régime dictatoriale de GMT avaient atteint le paroxysme.
    Avec des amis, nous adressons une lettre deux lettres de protestations, l’une au présidium de la Conférence Nationale Souveraine du Congo, demandant la condamnation du régime de GMT et sa démission, l’autre à l’ambassade de France demandant un rendez-vous pour déposer le manifeste condamnant les tueries et exigeant la démission de Moussa Traoré.
    La Conférence Nationale Souveraine du Congo lira par Louis Gandou, leader Syndical en plénière notre communiqué.
    L’ambassadeur de France s’apprêtait à nous recevoir, Abdoul Madjid Diallo, Abou Diallo, Bacoura Dembele et moi, lorsqu’à 04 du matin au jour J nous apprenons la chute du régime.
    Immédiatement, nous organisons une assemblée au 58 rue Bakoukouyas, pour féliciter le mouvement démocratique par un télégramme, le 27 mars qui existe encore. L’équipe de 27 personnes organise une assemblee générale de création de l’ARMC qui adressa au mouvement démocratique des revendications dont la création d’une ORGANISATION NATIONALE FÉDÉRATIVE ET REPRÉSENTATIVE DES MALIENS DE L’ÉTRANGER et l’organisation d’une Conférence Nationale Souveraine, c’était le 27 avril 1991. Le manifeste existe.
    Étant l’un des 3 délégué des maliens du Congo Brazzaville à la Conférence Nationale de juillet Août, nous avons porté cette revendication, et obtenu finalement, avec les autres délégués la fameuse Recommandation qui sera mise en oeuvre en novembre 1991…
    Donc, de mon point de vue, il faut garder sa modestie et surtout comprendre, c’était une aspiration collective, portée par plusieurs pays dont entre autres: les maliens de la Côte d’Ivoire (Oumar Sylla), du Gabon ( Amadou Soulale, Mme Diarra Safiatou Traoré), du Sénégal ( Souleymane Kone), de la Suisse (Mamadou Diarra), de la France, ( Me Traoré, PPR…)…

  2. ” … Ce coup de force en politique n’a d’autre nom que « Coup d’Etat Institutionnel ». Une fois leur forfaiture accomplie, leur Président nouvellement élu, m’a rencontré dans une brasserie située à la porte de Pantin, afin que je signe, en ma qualité de Président du CMF, les papiers de transfert de compétence juridique afin de valider et légitimer aux yeux de l’administration préfectorale leur méfait.
    N’ayant pu obtenir cette signature que je leurs ai refusée, ils n’ont pu, en effet, s’approprier le cadre juridique tant convoité du CMF.
    Face à mon intransigeance, dans le souci toujours de conserver le patrimoine médiatique du CMF, ils ont décidé de se rendre à la préfecture, sans moi et dans le plus grand secret, pour faire valoir la création. C’est ainsi que la lettre « H » devant le sigle CMF a donné Haut Conseil des Maliens de France. Voici donc comment est né en France le HCMF… ” … /// …

    :

    Je ne savais pas que N’Tokhoma a été victime d’un ” Putsch ” lui aussi… C’est jamais agréable… !
    J’ai toujours détesté le communautarisme, qu’il soit Khassonké, Peuhl, Soninké, Mandengue, Bambara, Dogon, Songkoye, Touareg ou autres. C’est de communautarisme dont le Mali est aujourd’hui victime dans le Nord comme dans le Centre du pays. C’est pas bien !

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