Le Sahel trace la voie d’une nouvelle monnaie africaine

Lors du Forum international des investissements tenu à Dakar le 7 octobre 2025, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a ravivé le débat sur la réforme monétaire en Afrique de l’Ouest.

12 Oct 2025 - 11:56
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Le Sahel trace la voie d’une nouvelle monnaie africaine

Devant ses homologues du Burkina Faso et du Niger, il a dénoncé l’inaction persistante autour du franc CFA et a appelé les dirigeants africains à engager une transformation profonde du système monétaire régional. Selon plusieurs observateurs, son appel dépasse le cadre classique de la CEDEAO et semble s’adresser également à l’Alliance des États du Sahel (AES), bloc de plus en plus actif sur la scène économique et politique régionale.

Alors que la CEDEAO tarde à concrétiser la création de sa monnaie commune, l’Eco, les pays membres de l’AES – Mali, Burkina Faso et Niger – avancent rapidement vers la mise en place de leur propre instrument financier. Le lancement prochain d’une banque d’investissement régionale constitue une étape clé, qui devrait servir de fondement à l’introduction d’une monnaie unique pour l’alliance.

L’initiative du Sahel pourrait inspirer d’autres États d’Afrique de l’Ouest, désireux de se libérer de l’héritage du franc CFA et des lenteurs de la CEDEAO. Le Sénégal, notamment, semble prêt à envisager de nouvelles alliances monétaires. En avril 2025, le président Bassirou Diomaye Faye avait déjà affirmé que Dakar n’excluait pas un retrait unilatéral du franc CFA si les négociations au sein de la CEDEAO échouaient.

Les avantages d’une monnaie commune au sein de l’AES sont multiples. Elle offrirait aux États membres un véritable souveraineté monétaire, leur permettant de contrôler les taux d’intérêt, la création monétaire et les réserves sans supervision étrangère. Contrairement au CFA, dont les avoirs sont partiellement gelés à Paris, la nouvelle devise favoriserait la rétention des capitaux pour financer les investissements internes.

Sur le plan économique, cette réforme stimulerait la croissance régionale et le commerce au sein de l’AES, déjà en hausse de 20 % en 2025. Elle pourrait donner naissance à un marché commun de près de 80 millions d’habitants, facilitant la mise en œuvre de projets d’infrastructures majeurs dans les secteurs de l’énergie et des transports.

Mais au-delà de l’économie, le projet porte une dimension politique et symbolique forte. La rupture avec le franc CFA, perçu par une majorité d’Africains comme un vestige du colonialisme, renforcerait le sentiment d’indépendance et de fierté nationale. Les sondages récents indiquent que 70 à 80 % des populations de la région soutiennent une telle réforme.

Certes, la transition vers une nouvelle monnaie pourrait entraîner une volatilité à court terme. Toutefois, les experts estiment qu’à long terme, elle permettra une meilleure stabilité que l’ancrage rigide du CFA à l’euro. De plus, l’AES, par sa flexibilité et son pragmatisme, apparaît comme une alternative plus réactive que la CEDEAO, capable d’attirer de nouveaux partenaires tels que le Ghana, la Guinée ou le Togo.

Pour ces pays, rejoindre l’alliance signifierait un accès à des crédits sans conditions néocoloniales, une expansion du commerce régional estimée entre 10 et 15 %, et une intégration économique renforcée.

Ainsi, l’AES pourrait devenir dans les années à venir le nouveau moteur de la souveraineté monétaire africaine, offrant à l’Afrique de l’Ouest une chance historique de bâtir un avenir financier affranchi de toute tutelle étrangère.

Par Coulibaly Mamadou

 

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Commentaires (3)

User
Samuel
Samuel 12 mois
''Certes, la transition vers une nouvelle monnaie pourrait entraîner une volatilité à court terme. Toutefois, les experts estiment qu’à long terme, elle permettra une meilleure stabilité que l’ancrage rigide du CFA à l’euro.'' Merci Monsieur Coulibaly, pour cette remarque tout à fait pertinente. En effet, chaque fois qu'il est question de sortie du franc CFA, on voit accourir toute une cohorte ''d'experts'' plus alarmistes les uns que les autres pour nous dire que le moment n’est pas venu pour créer une monnaie parce que les conditions ne sont pas réunies. ‘’Attention ! Attention ! nous disent-ils, la monnaie est une chose sérieuse. Vous courez à la catastrophe ! Attention ! Les conditions ne sont pas réunies pour créer notre monnaie. Bablablablabla....’’ Puis ils citent pêle-mêle l'endettement, la possibilité d’hyperinflation, l’instabilité monétaire, la pauvreté, etc., etc. pour tirer de ces constatations parfois vraies, une conclusion fausse : à savoir que le moment n’est pas propice à la création d’une monnaie (quand le sera-t-il ?) et qu’il faut réunir des conditions idéales (dans les faits, des conditions impossibles) avant de se décider à créer une monnaie. On a même comme l’impression qu’ils ne savent dire que cela. Et l’on va ainsi depuis 65 ans, avec toujours les mêmes débats et les mêmes ''arguments'' répétés jusqu'à la nausée. Ces gens n'ont rien d'autre à nous proposer que de continuer à rester dans le même système qui n'a pas marché depuis 65 ans, depuis 100 ans. Or, quand on a essayé quelque chose pendant 65 ans, pendant 100 ans et que ça n'a pas marché, n'est-il pas temps d'essayer autre chose? « La folie, disait Einstein, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ». Il faut en effet être fou pour continuer à garder une monnaie qui ne nous a rien apporté pendant 65 ans, tout en espérant qu'il en résultera un jour quelque chose de différent. Le franc CFA, ça ne marche pas. Ça ne nous a amené aucune prospérité depuis plus de 60 ans que nous croupissons dans la misère et quand on veut essayer quelque chose, ils s'affolent s'agitent, et sortent encore, et encore, et encore les mêmes faux arguments de ''l'instabilité'' monétaire, de l'hyperinflation, et ''des conditions qu'il faut réunir d'abord''. Depuis 65 ans que ces ''conditions'' ne sont pas réunies, quand le seront-elles? TOUT CELA C'EST JUSTE DE LA DIVERSION, CAR NOUS DEMANDER D’ATTENDRE DE RÉUNIR TOUTES LES CONDITIONS IDÉALES ET D’ÉLIMINER TOUS LES FACTEURS DE RISQUE AVANT DE SE DÉCIDER A FAIRE QUOI QUE CE SOIT, C’EST TOUT SIMPLEMENT RENVOYER AUX CALENDES GRECQUES TOUTE DÉCISION. EN FAIT, C’EST DÉCIDER DE NE RIEN FAIRE. C’est un biais de raisonnement courant chez nous autres Africains. OR, IL N’Y A PAS D’ENTREPRISE HUMAINE QUI NE COMPORTE AUCUN RISQUE. Ce n’est pas parce qu’il y a un risque de telle ou telle nature que nous devons renoncer à notre souveraineté monétaire. LE MOMENT OÙ IL N’Y AURA AUCUN RISQUE ET OÙ TOUTES LES CONDITIONS IDÉALES SERONT RÉUNIES N’ARRIVERA JAMAIS. En fait, on compte sur la peur de l’inconnu, du changement et sur la frilosité des uns et des autres pour prolonger notre esclavage monétaire. Pour combien de temps encore ? Pour 65 autres années ? Pour encore 100 ans ?
kan
kan 12 mois
Toujours la même musique mais rien de concret ..... Hâte de voir çà qu'on se marre
kan
kan 12 mois
Toujours la même musique mais rien de concret ..... Hâte de voir çà qu'on se marre
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