L’avenir politique au Mali : La montée des périls

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Mali: Aqmi exécute un jeune combattant du MNLA - MauritanieLes nouvelles menaces sont désormais évidentes et requièrent des réponses adaptées. Sans tarder

Un mélange de rage rentrée et de profonde amertume. Un cri du cœur qui est aussi une explosion de colère froide. De nombreux lecteurs ont du certainement se retrouver dans l’éditorial d’Alexis Kalambry, publié jeudi de la semaine dernière par « Les Echos ». Notre confrère y opposait l’inquiétante montée des périls dans le Nord de notre pays à la langue de bois pratiquée par certains officiels de la MInUsmA, insistant inlassablement et imperturbablement sur la robustesse du dispositif onusien mis en place. Il y déplorait surtout la mort de soldats africains, victimes du déni trop longtemps pratiqué à propos de l’évolution des événements dans notre Septentrion. Et il s’interrogeait sur le niveau que devrait atteindre la dégradation de la situation dans cette partie de notre pays pour amener enfin une riposte proportionnée aux agissements des terroristes.

L’incompréhension et les doutes exprimés par Kalambry sont aujourd’hui largement partagés par nos compatriotes qui voient presqu’entièrement remise en cause la vision qu’ils s’étaient faite du futur de notre pays à la fin de l’intervention française. Les Maliens s’étaient à l’époque projetés dans la perspective d’une sortie de crise certes ardue, mais qui accumulerait avec régularités les avancées irréversibles. Dans leur esprit, des premiers résultats significatifs seraient assez rapidement obtenus dans des domaines essentiels comme l’éradication progressive des poches terroristes, la lente et inéluctable sécurisation par les FAMa des régions naguère occupées, le rétablissement laborieux de la normalité au Nord et la relance socio-économique à assurer à l’échelle nationale sans oublier une rapide neutralisation des différents groupes armés et l’entame de l’indispensable processus de réconciliation nationale. L’exécution complète de l’agenda ainsi dressé s’annonçait longue et complexe comme l’avait été la période des épreuves. Mais pour nos concitoyens, il n’y avait aucune raison de contester la faisabilité de ce qui allait être entamé. Aujourd’hui, le doute s’est instillé et si les objectifs n’ont pas varié, les délais de leur atteinte semblent s’être considérablement allongés. Le plus inquiétant est que notre population a perdu beaucoup de ce ressort qui lui avait permis dans des précédentes crises de repartir avec une exceptionnelle combativité.

UN AN DE DURÉE DE VIE. Toutefois, une certitude subsiste que n’ont pas réussi à entamer les vicissitudes accumulées. C’est la volonté de nos compatriotes de rester ensemble sur un territoire indivisible. Cette aspiration essentielle exprimée avec force – et parfois avec excès – dans les marches pacifiques qui se poursuivent encore à ce jour, traduit le trouble profond dans lequel est plongé le Malien moyen et la difficulté qu’il éprouve à se trouver des motifs d’apaisement et de confiance dans le proche avenir. Elle rappelle aussi une fois de plus la profonde imprégnation de la vie nationale par le problème du Nord. La solution qui sera apportée à celui-ci aura une influence indéniable sur la manière dont nous relèverons des challenges majeurs. Comme notre capacité à rétablir notre vivre ensemble ébranlé comme jamais depuis 1960, notre aptitude à nous prendre en charge en tant que nation debout dans une conjoncture d’une extrême complication et d’une dangerosité avérée et notre potentiel à redevenir entièrement un acteur qui compte sur la scène internationale.

Dans le combat entamé pour notre réémergence, les étapes ne sont pas à brûler. Aujourd’hui, il est absolument indispensable de reconquérir les fragiles équilibres établis avant le 21 mai dernier et dont la destruction explique la réapparition de menaces de plus en plus préoccupantes dans notre Septentrion. Menaces qui ont motivé l’appel lancé la semaine dernière par notre ministre chargé des Affaires étrangères au Conseil de sécurité de l’ONU et demandant la création d’une force d’intervention rapide au Mali. Notre pays, en formulant cette requête, se réfère à ce qui s’est passé assez récemment en République démocratique du Congo. Confronté à un fort regain d’activités des groupes armés dans l’Est de ce pays, le Conseil avait décidé le 28 mars 2013 à travers sa résolution 2093 de créer une force d’intervention spéciale dont la durée de vie serait d’un an. Cette force avait pour mandat explicite de neutraliser les groupes armés dont les actions sapaient l’autorité de l’Etat, menaçaient la sécurité des populations et risquaient de déstabiliser à terme toute la région des Grands lacs.

Un an plus tard, le 28 mars 2014, le Conseil maintenait la décision de renforcer à l’Est de la RDC la présence de ses composantes militaires et de police avec toujours comme missions la protection des populations civiles, la stabilisation du pays, la promotion de la paix, de la sécurité et de la coopération autant au Congo que dans la zone des Grands lacs. Si les situations congolaises et maliennes ne sont pas assimilables en tous points, les menaces qu’elles recèlent sont de nature quasiment identique. Un certain vide sécuritaire s’est instauré au Nord de notre pays après les évènements de Kidal. Le cessez-le-feu intervenu depuis a consacré la perte par l’armée nationale  de la position qu’elle occupait dans la capitale de la 8ème Région, a fait abandonner par les FAMa le quadrillage de zones où leur présence avait réduit les actes de banditisme et a pratiquement contraint nos soldats à un confinement de fait à Ménaka et Tessalit. La conséquence de cet « effacement » des troupes maliennes a été une résurgence des actes de banditisme dans les zones délaissées, le champ libre laissé à la réinstallation des groupes armés dans certaines localités et la montée progressive en dangerosité des entités djihadistes.

Ces dernières auraient-elles pu se manifester avec l’audace dont elles ont fait preuve contre le convoi nigérien et dans le pilonnage du camp de la MINUSMA à Kidal si l’Armée malienne avait préservé sa présence active et avait renforcé sa connaissance du terrain ? Nous ne le pensons pas. Les attaques perpétrées aussi bien contre les contingents tchadien et nigérien que contre la garnison MINUSMA de Kidal devraient logiquement inciter le Conseil de sécurité à réévaluer la situation sécuritaire au Nord du Mali et à envisager une modification du mandat de la MINUSMA. Les responsables français de Barkhane ont, eux, déjà procédé à cet exercice et indiquent avoir renforcé leurs effectifs dans une zone où le retour des djihadistes se constate désormais à l’évidence. L’insécurité accrue qui en résulte vient battre en brèche une position défendue par les groupes armés de la Coordination lors des négociations d’Alger. Les représentants de cet ensemble avaient rejeté toute éventualité de retour de l’armée nationale dans le prétendu territoire de l’Azawad en s’assurant capables d’assurer avec leurs seuls éléments la sécurité de la zone.

PLUS EFFICACES DANS LA PROTECTION. Or les casques bleus tchadiens ont été victimes d’attaques au mortier et de pose de mines à Aguel hok localité dans laquelle le MNLA s’était installé. Le même mouvement rebelle ne laisse jamais passer une opportunité de rappeler sa mainmise sur Kidal où il a d’ailleurs instauré un embryon d’administration de prélèvement. Mais il est bien incapable d’identifier les auteurs de l’attaque sur le camp des casques bleus ou encore les poseurs de mines. En outre, il est à remarquer qu’aucun des groupes armés ne s’est hasardé à s’engager publiquement dans la neutralisation des agresseurs djihadistes. Compte tenu de tous ces phénomène et comme la situation instaurée par le cessez-le-feu ne laisse pas augurer dans l’immédiat une plus grande latitude d’action restituée aux forces armées maliennes, la seule solution susceptible de contenir les menées djihadistes consisterait en un durcissement du mandat de la MINUSMA.

Cela permettrait aux Tchadiens et aux Nigériens, déjà familiers de ce type de théâtre d’opération, de mieux organiser leur légitime défense et d’être plus efficaces dans la protection des populations. Cela inciterait aussi les troupes de la MINUSMA stationnées dans les capitales régionales à se montrer beaucoup plus entreprenantes dans le quadrillage des alentours. Cela ferait enfin remonter la côte toujours aussi basse de la majorité des troupes internationales auprès des populations, et tout particulièrement de celles du Nord, qui insistent de manière quasi unanime sur ce qu’elles perçoivent comme une très faible implication des casques bleus dans leur sécurisation.

Cette dernière remarque n’est pas nouvelle et la communication très stéréotypée de la MINUSMA n’atténue pas le décalage entre l’image que souhaite se donner la Mission et le ressenti des citoyens à son égard. Une illustration supplémentaire de ce déphasage a été donnée par le dernier exercice d’éclaircissement tenté par les services de communication de la Mission et qui s’est inscrit plus que bizarrement dans le cadre des activités de la 10ème édition du Festival international de musique au Mali. Que retiendra l’opinion malienne de la énième explication prodiguée à cette occasion sur le mandat de la MINUSMA ? Que signifie pour la même opinion les chiffres mis à jour avec une précision maniaque sur le nombre des patrouilles nocturnes et diurnes lorsque les habitants de Gao et Tombouctou expliquent ne pas en ressentir les effets et avouent avoir renoué avec la hantise des attaques des groupes djihadistes ? Et qu’importent les explications détaillées données sur le processus de désarmement quand l’amorce de celui-ci ne s’est pas même pas dessinée ? La Mission donne donc trop souvent l’impression de répliquer mécaniquement, en situation malienne, un mode de fonctionnement adopté dans des réalités fort différentes des nôtres et ce ronron dans la routine la dessert auprès de bien de ses interlocuteurs nationaux.

L’essentiel n’est cependant pas dans ces remarques qui concernent une certaine administration onusienne dont la lourdeur est légendaire. Il est dans la réponse que le Conseil de sécurité réservera à la requête malienne. Il est aussi dans l’aboutissement positif du processus des négociations d’Alger. Car sortir de l’ambiguïté présente constitue plus que jamais une nécessité majeure pour notre pays. Il est effet indispensable que la rébellion se démarque nettement de la résurgence djihadiste et s’engage sans réserve dans le combat contre cette dernière. Il est tout aussi urgent que certains groupes armés admettent le fait que l’absence de l’Etat porte préjudice tout d’abord aux populations dont ils affirment incarner les intérêts. Une bonne partie du Nord du Mali est depuis plus de deux ans privée d’école et des services sociaux de base. Voilà encore un drame malien que nous ne pouvons nous résigner à voir se prolonger et s’aggraver. Car c’est une partie de notre avenir commun qui se désagrège ainsi.

G. DRABO

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6 COMMENTAIRES

  1. Pourquoi croyez-vous que les casques bleus se tueraient pour assurer l’intégrité d’un pays que ses propres fils ont abandonné. Un soldat bangladeshi, nigérien, burkinabé, etc, dont la mission aux NU est l’unique occasion de se faire une vie et sortir de la précarité qu’aurait du marquer leur carrière autrement, pensez-vous qu’ils vont venir constituer une ligne de front ou servir de chair à canon pour l’intégrité du Mali ? Vous vous trompez lourdement. Ils se barricaderaient derrière un jardin d’enfant s’il le faut, mais n’entreraient en guerre que sous le prétexte de la légitime défense.
    Monsieur Drabo, arrêtez vos sornettes sur le mandat de la Minusma et autres contenus des sessions de l’AG des NU. La solution, elle commence chez nous.
    J’ai séjourné à Gao pendant les 2 mois passés. EDM dessert la ville par secteur, une nuit sur quatre. Pendant ce temps, le ministre de l’Energie, qui n’a encore pas posé une seule fois ses valises dans cette ville, plastronne aux USA pour parler d’énergie renouvelable et patati patata. Gao est un enjeu des négociations et n’en déplaise aux gouvernants, le Mali doit se battre sur le front diplomatique –ayant été battu à plate couture sur le front militaire) pour mériter que Gao reste malienne. Or, les acteurs internationaux qui sont plus présents à Gao que nos gouvernants constatent l’agonie économique de cette ville par une équipe incompétente et corrompue de l’EDM régionale, dont l’arrogance et la méprise pour les clients ne se justifient que le passe droit garanti par Bamako.
    Allez devant n’importe bar ou bordel de Gao, de nuit comme de jour. Les véhicules en stationnement devant ces lieux sont en majorité les pick up de l’armée qui ont déserté le front. Aujourd’hui à Gao, ces pick up s’alignent dans les cortèges de mariage devant le regard médusé des forces de la minusma. Et vous osez nous parler de renforcement du mandat des forces étrangères ? Vous êtes malades.
    Monsieur Drabo, ajoutes son site web ou ton blog à ta prochain article, je te ferai parvenir au moins 10 photos de ce constat.

  2. Il n’y a pas péril car la Coordination des partis politiques de la Majorité Présidentielle alliées a la famille d’abord et autres alliés d’ occasion d’IBK se sont doté d’un PÉNIS TRÈS VIRIL pour bien baiser le peuple incrédule.

  3. La communauté internationale devrait plutôt aider le Mali à récupérer les régions du Nord, notamment les positions reprises par les groupes armés en mai 2014 et à lutter contre le terrorisme. Car, notre devise exclut toute division du Mali. Les participants aux pourparlers d’Alger ont intérêt à mettre l’accent sur la participation communautaire au développement local.

    • @Joe
      …mais votre devise accepte qu’un serviteur de l’Etat détourne des milliards de f du contribuable dans l’impunité totale
      Votre devise accepte que des soldats fuient devant l’ennemi en lui laissant leurs armes et venir dormir tranquillement à Bamako
      votre devise inclus que des gouvernants se livrent au trafic de drogue
      votre devise tolère que des magistrats prostituent leur intime conviction pour saquer et vilipender la justice
      votre devise…votre devise
      Votre réveil sera brutal car ce nord du Mali, vous le perdrez et alors allez pleurer dans les épaules de votre devise

  4. Que l’Etat malien s’assume au lieu de rester à incriminer les uns et les autres. La sécurité des personnes et des bien est de la responsabilité première des autorités de ce pays. Mais depuis deux ans que durent et s’accentuent ces phénomènes, qu’est ce que les autorités ont oser entreprendre honnêtement pour outiller sérieusement notre armée; rien de rien. Elles se sont plutôt fait remarquer dans la corruption à très grande échelle, le népotisme et le pillage des bien de l’Etat pour leurs poches personnelles et au détriment de la paix et la tranquillité du peuple. La paix et la sécurité n peuvent être assurer q par les forces nationales; les autres n sont là q pour nous aider e nous accompagner.
    Il faut q l’Etat prenne ses responsabilités, qu’il assume sa part d responsabilité sinon il continuera à être le 1er acteur à mettre l pays e son intégrité en danger ainsi q la sécurité des troupes Onusiennes venues nous appuyer.

  5. ”Il est tout aussi urgent que certains groupes armés admettent le fait que l’absence de l’Etat porte préjudice tout d’abord aux populations dont ils affirment incarner les intérêts”. Poser la question en ces termes supposent que ces ”groupes armés” ont en souci le bien être des populations. Une équation mal posée ne peut être résolue. Qu’est-ce-qu’un bandit, utilisé par les militaires au pouvoir en France, a à faire avec le bien être des populations? Surtout que le Gouvernement malien en place se comporte en bandits plus pervers que les terroristes. S’il y a solution, elle ne viendra que des pressions de la société civile pour ouvrir les yeux de tous les bandits: MNLA/HCUA/AQMI/SERVAL/ACTUEL GOUVERNEMENT MALIEN…

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