École malienne : Le forcing du gouvernement à sauver l’année scolaire

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S’il y a une spécialité pour le gouvernement IBK, c’est son talent à tricoter les années scolaires et l’année 2019-2020 n’échappe pas à cette triste réalité.

Il y a quelques jours sur les réseaux sociaux circulait la décision fixant les dates des examens nationaux. Ainsi, selon cette décision, les dates des différents examens sont fixées comme suit: Brevets de Techniciens en santé (BT Santé), épreuves écrites du 10 au 14 Août 2020; épreuves pratiques du 17 au 30 Août 2020; Diplôme d’étude fondamentale (DEF): EPS à compter du 17 Août 2020; Épreuves écrites du 07 au 09 Septembre 2020; Baccalauréat Technique et professionnel: du 03 au 04 Septembre 2020; Baccalauréat général du 14 au 17 Septembre 2020; Instituts de formation des maitres (IFM) du 01 au 06 Septembre 2020 EPS; Épreuves orales et pratiques du 07 au 12 Septembre 2020; Epreuves écrites du 14 au 18 Septembre 2020; Certificat d’aptitudes Professionnelles (CAP): Épreuves écrites du 23 au 26 Septembre 2020, épreuves pratiques à compter du 28 Septembre 2020; Brevets de Techniciens (BT) du 28 Septembre au 02 Octobre épreuves écrites et à compter du 05 Octobre 2020 épreuves pratiques; Brevets de Techniciens Agro-pastoral du 05 au 09 Octobre 2020; Conformément à la décision Numéro 2020-001505/MEN-S G du 16 Juillet 2020.

Au-delà de cette décision, la question que nous nous posons est de savoir si ces dates tiennent compte de la réalité que connaisse aujourd’hui notre pays, en général, et l’école, en particulier.

Nul n’ignore la traversée du désert qu’a connu notre école depuis  l’avènement de la démocratie.

Depuis, la situation passe de mal en pis. Après une année scolaire 2018-2019 sérieusement menacée à cause des longues et multiples grèves des syndicats de l’enseignement et sauvée in extrémiste et au moment où tout le monde fondait l’espoir sur une année scolaire 2019-2020 enfin normale pour liquider les conséquences néfastes de la précédente, voilà  que cet espoir s’estompe à cause de l’entêtement d’un gouvernement sans souci se plaisant dans son refus manifeste d’appliquer une loi de la République, à savoir l’article 39 du Statut général des fonctionnaires accordant des avantages salariaux aux enseignants et pour lequel ceux- ci se battaient bec et ongle.

L’épidémie de COVID-19 s’est invitée à une situation déjà délétère  donnant ainsi un alibi au gouvernement pour fermer les écoles dès l’apparition des deux premiers cas, le mercredi 25 mars 2020.

Il a fallu la grande mobilisation des forces vives de la nation regroupées au sein d’un mouvement appelé Rassemblement des forces démocratiques qui prendra par la suite le nom de Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces démocratiques (M5 -RFP), le 5 juin 2020 pour exiger sa démission pour que le président Ibrahim Boubacar Kéita se réveille et prend la mesure de la gravité de la situation. C’est ainsi qu’il décida de mettre fin à la grève des enseignants en instruisant l’application immédiate et totale de l’article 39, selon ses propres propos.

Quel gâchis de temps ! Si c’est après trois à quatre mois de grève sur année scolaire qui s’étend sur huit mois, que les élèves reprennent les chemins de l’école même cela, ce retour dans les classes ne concerne que les classes d’examens.

Après ce réveil tardif et ayant pris conscience des enjeux, voilà que le gouvernement renoue avec sa spécialité à savoir le colmatage et le bricolage des années scolaires. L’objectif étant non pas de sauver l’école mais plutôt de sauver l’année scolaire et cela même si les acquis pédagogiques sont très en deçà de la norme à cause de perturbations des cours. Ainsi, la fixation de ces dates pour les examens nationaux s’inscrit dans ce sens. Seulement, cette année, contrairement à la précédente, la situation semble être beaucoup plus critique.

Malgré la reprise des cours par les enseignants avec la signature d’un accord avec le gouvernement sur leur revendication, la situation sociopolitique qui se détériore de jour en jour avec l’entrée en jeu de la désobéissance civile, et l’hivernage qui débute à grand pas et surtout que les services météorologiques prédisent une pluviométrie prématurée, abondante et des menaces d’inondations pour qui connaît l’état de nos écoles et les difficultés de ses accès à cette période, l’on a le droit de douter du respect de ces dates indiquées.

Si au-delà de toutes ces situations et contre vents et marrée, le gouvernement tient à son projet de sauver l’année coûte que coûte, il va de soi que les conséquences seront plus graves sur non seulement la qualité de l’enseignement mais aussi et surtout sur le cursus scolaire des élèves. Ceux qui n’avaient jamais redoublé, en cas d’échec, verront une année scolaire perdue chez eux et ceux qui sont à leur dernière année de cycle se verront renvoyés pour épuisements de scolarité.

Ce qui fait d’eux, les victimes d’une situation qui leur a été imposée par ceux-là qui ont le devoir de leur créer les conditions nécessaires pour un bon apprentissage. C’est pourquoi, avec ce forcing, nous suggérons à la place d’une année scolaire normale, une année scolaire facultative. Ce qui permettrait de palier un peu à ce que l’on peut qualifier d’injustice. Car, dans cette situation d’incertitude, décrétée une année scolaire normale signifierait tout simplement sacrifier l’avenir de toute une génération.

Daouda DOUMBIA

 

 

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