Mokhtar Belmokhtar, l’introuvable chef djihadiste algĂ©rien au Sahel

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Terrorisme : Mokhtar Belmokhtar, mĂŞme pas mort
Mokhtar Belmokhtar sur une image datée du 17 janvier 2013. © AFP

Le chef djihadiste algĂ©rien Mokhtar Belmokhtar, dont le groupe aurait commis l’attaque vendredi soir contre un hĂ´tel et un restaurant Ă  Ouagadougou, s’est rendu cĂ©lèbre pour des opĂ©rations aussi sanglantes que spectaculaires dans le Sahel.

Ancien cadre d’Aqmi, cet homme de 43 ans donnĂ© pour mort Ă  de multiples reprises – notamment en avril 2013 et juin 2015, lorsqu’il a Ă©tĂ© la cible dĂ©clarĂ©e d’une frappe amĂ©ricaine en Libye – court toujours, constatait en novembre le ministre français de la DĂ©fense Jean-Yves Le Drian.

TĂŞte mise Ă  prix
“Il circule”, avait dit M. Le Drian, alors interrogĂ© par la radio française Europe 1 sur sa localisation. “Si je le savais, les affaires seraient rĂ©glĂ©es”, avait-il ajoutĂ©. Les Etats-Unis ont mis sa tĂŞte Ă  prix pour cinq millions de dollars. RĂ©gulièrement soupçonnĂ© de sĂ©journer sur le territoire libyen, Mokhtar Belmokhtar est l’un des chefs islamistes extrĂ©mistes les plus recherchĂ©s au Sahel. Il milite pour une grande coalition avec les djihadistes du Niger, du Tchad et de Libye.

En mai 2015, l’AlgĂ©rien avait rĂ©affirmĂ© la loyautĂ© de son groupe, Al-Mourabitoune, Ă  Al-QaĂŻda et dĂ©menti son allĂ©geance Ă  l’Etat islamique (EI) proclamĂ©e par un autre dirigeant. Selon l’organisation amĂ©ricaine SITE qui surveille les sites Internet islamistes, Aqmi a postĂ© un message attribuant l’attaque de Ouagadougou Ă  Al-Mourabitoune.

Mode opératoire identique
Ce dernier groupe a dĂ©jĂ  revendiquĂ© l’attentat sanglant, le 20 novembre 2015, contre l’hĂ´tel Radisson Blu de Bamako (20 morts dont 14 Ă©trangers, plus deux assaillants abattus). Un mode opĂ©ratoire vraisemblablement reproduit vendredi soir par les assaillants dans la capitale burkinabè contre l’hĂ´tel Splendid et le restaurant Cappuccino, ayant fait au moins 26 tuĂ©s de diverses nationalitĂ©s, selon un bilan officiel provisoire communiquĂ© samedi après-midi.

“Le Borgne”
Al-Mourabitoune avait dĂ©jĂ  revendiquĂ© le premier attentat meurtrier contre des Occidentaux Ă  Bamako, le 7 mars 2015, au bar-restaurant la Terrasse (cinq morts: trois Maliens, un Français et un Belge). NĂ© en juin 1972 Ă  GhardaĂŻa, aux portes du Sahara, Mokhtar Belmokhtar a combattu très jeune en Afghanistan en 1991, oĂą il a perdu un oeil, d’oĂą son surnom, “le Borgne”. De retour en AlgĂ©rie en 1993, au dĂ©but de la guerre civile, il rejoint le Groupe islamique armĂ© (GIA, dĂ©mantelĂ© en 2005), et crĂ©e une unitĂ© basĂ©e principalement dans le Sahara.

En 1998, il rejoint le Groupe salafiste pour la prĂ©dication et le combat (GSPC), une dissidence du GIA soutenue par le chef d’Al-QaĂŻda, Oussama ben Laden, pour se dĂ©marquer des massacres de civils perpĂ©trĂ©s par le GIA et concentrer ses attaques sur des cibles policières et militaires. Belmokhtar règne alors en maĂ®tre sur les routes clandestines du grand Sud saharien, se livrant Ă  des attentats financĂ©s, selon des analystes, par des activitĂ©s de contrebande, notamment de cigarettes. Il Ă©tablit des liens avec les tribus qui le prĂ©viennent des mouvements des forces de sĂ©curitĂ©.

Nord désertique du Mali
En 2001, il entre en concurrence avec Amari SaĂŻfi, alias Abderrezak El-Para, alors numĂ©ro deux du GSPC, pour le contrĂ´le du Sahara. Après l’arrestation de son rival, auteur de l’enlèvement de 32 touristes europĂ©ens en 2003 et livrĂ© Ă  Alger en 2004, “le Borgne” se replie dans le nord dĂ©sertique du Mali, qu’il transforme en sanctuaire, liant de solides alliances en Ă©pousant des femmes de tribus touareg ou arabe. En 2007, Ă  la suite de dissensions au sein du GSPC qui devient Al-QaĂŻda au Maghreb islamique (Aqmi), il est remplacĂ© Ă  la tĂŞte de la zone par Abdelhamid Abou ZeĂŻd.

Après sa destitution en octobre 2012 par le chef d’Aqmi pour insubordination, il crĂ©e sa propre unitĂ© combattante, les “Signataires par le sang”. En janvier 2013, quelques jours après le dĂ©but de l’opĂ©ration Serval, Ă  l’initiative de la France, pour chasser les djihadistes du Nord malien, il lance l’attaque et la prise d’otages massive sur le complexe gazier d’In Amenas, dans le Sahara algĂ©rien (38 otages et 29 ravisseurs tuĂ©s). En mai 2013, deux mois après avoir Ă©tĂ© annoncĂ© mort par l’armĂ©e tchadienne au Mali, il revendique des attaques contre l’armĂ©e nigĂ©rienne Ă  Agadez et le site français d’uranium d’Areva Ă  Arlit, une vingtaine de morts au total.

CondamnĂ© Ă  mort Ă  deux reprises par la justice algĂ©rienne, il aurait commanditĂ© l’assassinat de quatre Français en Mauritanie en dĂ©cembre 2007, et les enlèvements de deux Canadiens en 2008, et de trois Espagnols et deux Italiens en 2009. En aoĂ»t 2013, son groupe fusionne avec une partie du Mouvement pour l’unicitĂ© et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) sous le nom d'”Al-Mourabitoune”.

16/01/16 – 18h34  

Source: Belga

SOURCE7sur7.be
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