Dr Boulkassoum Haïdara, président de la majorité présidentielle : «Nous ne voulons nullement partir sur un terrain de consensus de quelle que nature que ce soit»

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Dr Boulkassoum HAIDARA

Depuis quelques temps, les acteurs de la scène politique malienne étaient à couteaux tirés sur certains dossiers de la vie de la Nation. Pour apaiser l’atmosphère et s’accorder sur l’essentiel, le Mali,  la majorité présidentielle a initié une rencontre, le mercredi dernier, avec l’opposition. Nous avons rencontré l’initiateur de cette démarche, Dr Boulkassoum Haïdara,  pour mieux comprendre le pourquoi de cette initiative. Dans cet entretien accordé à votre journal, «Le Prétoire», le président Dr Haïdara s’en explique à bâton rompu  sur les tenants et les aboutissants.

Le Prétoire: Le climat politique était tendu  ces  temps-ci.  Nous avons assisté à l’apaisement de cette atmosphère le mercredi dernier à travers la rencontre des deux tendances (majorité et opposition). Qu’est-ce qui motive cette brusque «réconciliation» politique ?

Dr Boulkassoum Haïdara: Comme vous l’avez si bien dit, le climat politique était assez tendu. Ce n’est pas seulement le climat politique, le pays traverse  depuis 2012 une crise sans précédent. Il y a eu la signature d’un accord pour la paix et la réconciliation. Il y a eu des réactions positives et négatives de part et d’autre. Actuellement, l’insécurité bat son plein depuis le septentrion jusqu’au Sud. L’attaque de l’hôtel Radisson et d’autres en sont des témoignages éloquents. Face à tous ces évènements, nous avons souhaité que la classe politique parle à peu près le même langage, c’est-à-dire loin  du processus de consensus, mais que la classe politique se mette d’accord sur l’essentiel: le Mali. Nous plaçons cette rencontre sous le signe «sauvons le Mali d’abord». C’était dans le programme de la majorité depuis bien longtemps. En tant que président, j’étais chargé de sa mise en œuvre. C’est pourquoi, ces derniers temps, les chefs de l’opposition ont accédé à ma requête, notamment Soumaïla Cissé et Tiébilé Dramé que j’ai contactés étant à l’extérieur, pour qu’on puisse se réunir autour d’une même table pour parler du Mali.

Peut-on savoir qui est à l’origine de cette rencontre ? Avez-vous le quitus du Président de la République  qui incarne la majorité ?

Le quitus du président de la République, c’est trop dire. Le président de la République ne s’est jamais opposé à une entente des fils de son pays. D’ailleurs, il serait très heureux de voir qu’il y a une unanimité autour de certains problèmes que la classe politique se propose de défendre. Je ne pense pas du tout qu’il serait opposé à une rencontre de ce niveau.

A l’issue de cette première rencontre, vous avez décidé de mettre en place un cadre de concertation, de dialogue et d’échange sur les sujets d’intérêt national, prévu le samedi 12 décembre. A quoi cela va aboutir ?

C’est ce que j’ai dit : au-delà des clivages politiques, il y a l’essentiel qui est le Mali d’abord. Il y a un certain nombre d’éléments qui concernent le Mali et qui préoccupent les Maliens, notamment le problème de la paix, la sécurité. Nous, nous pensions que ce sont des volets sur lesquels  chaque Malien consciencieux, soucieux du devenir de ce pays, serait sensible au moins au développement de ces deux thèmes à savoir « Sécurité et consolidation de la paix » .C’est pourquoi, au départ nous avons proposé qu’on axe notre intervention autour de ces deux thématiques : la paix et la Sécurité.

Certes, le peuple s’attendait  à un apaisement du climat politique, mais peut-être pas à la création d’un cadre de concertation entre la majorité et l’opposition. Est-ce à dire qu’on s’achemine vers une gestion consensuelle des affaires publiques ?

Nous ne sommes pas des adeptes du consensus. Le consensus a fait ses preuves sous d’autres régimes au Mali. Nous, nous pensons que l’opposition est une nécessité. C’est un des piliers fondamentaux de la démocratie. Nous savons également que de la contradiction jaillit la lumière. Comme le dit un adage de chez nous : «si ton ami ne parvient pas à te dire la vérité, paye ton ennemi pour qu’il te la dise». C’est dans ce cadre que nous voulons échanger. Nous sommes des intellectuels d’un certain niveau. Donc, nous sommes prêts à analyser les grands problèmes de l’Etat pour voir ensemble qu’elle est la meilleure orientation politique  qu’il faut donner à certaines décisions, même s’il y a un certain nombre d’éléments qui pourraient nous écorcher. C’est pourquoi il faut absolument aller à l’échange, c’est indispensable.

Vous aviez tous de bons projets de société pour garantir l’honneur et le bonheur des Maliens au cours de la campagne présidentielle. Aujourd’hui, il y a trop de difficultés à telle enseigne que vous sollicitez le concours de l’opposition. Est-ce à dire que vous avez atteint vos limites ?

Ce n’est pas du tout que la majorité a atteint ses limites. Pas du tout. Je pense qu’il y a des points communs sur lesquels nous pouvons échanger et sur lesquels chacun peut donner son avis. Chaque fois, on me pose la question de savoir si je suis prêt à rencontrer l’opposition, si c’est nécessaire. Je dis, mieux que ça. Nous avons initié cette rencontre pour qu’on échange. Il n’est pas dit que l’opposition défend certaines choses qui sont réelles, mais discutables. C’est-à-dire que l’opposition a certains éléments à son niveau, nous aussi nous avons certaines choses qui pourraient aussi s’imposer. Nous ne voulons pas que chacun reste campé sur sa position par rapport à certains problèmes de l’Etat. C’est pourquoi nous, nous estimons que ce n’est pas du tout une faiblesse ou une demande de recours de l’opposition. Mais en tant que fils de ce pays, qu’on mette de côté nos colorations politiques,  que l’on pense d’abord à la nation malienne. C’est ce qui me parait fondamental. Nous ne voulons nullement partir  sur un terrain de consensus de quelque nature que ce soit. Mais nous pensons qu’ensemble, il y a certains points  sur lesquels on peut s’entraider pour édifier une nation forte et respectable.

En plus des deux thèmes proposés par la majorité, à savoir «la sécurité et la consolidation de la paix »,  l’opposition  propose d’ajouter « la gouvernance économique». Êtes-vous prêts à débattre même des sujets qui fâchent ? Notamment les supposées surfacturations dans l’achat de l’avion présidentiel, des équipements militaires,  l’affaire dite «engrais frelatés» et le dossier des tracteurs.

A notre niveau, il n’y a pas de sujet tabou. Vous savez, quand une question se pose, chacun a sa façon de l’étudier et de l’analyser. Si on nous soumettait à des débats par rapport à ces questions, c’est ce que je disais tantôt, nous aussi nous avons nos arguments, nos façons de voir, nos sources d’informations également par rapport à ces questions. Je crois qu’il n’y a pas de sujet tabou si vraiment nous sommes d’accord pour qu’ensemble on puisse se donner la main pour sauver ce pays-là. Si, argument contre argument, en tant qu’intellectuelle, l’opposition a les meilleures dispositions par rapport à certaines questions, nous rapporterons l’information à qui de droit afin qu’on puisse s’amender et se corriger et partir sur de nouvelles bases de collaboration et de gestion de l’Etat.

Certes, la majorité veut un cadre de concertation avec l’opposition, mais quels sont les principes non négociables ?

Il y a la  paix qui n’est pas négociable, quels que soient les arguments qu’on pourrait opposer à l’Accord pour la paix et la réconciliation. Nous avons eu le privilège d’assister les 15 mai et 20 juin 2015 à la signature de cet accord entre le gouvernement et les groupes armés. Nous allons défendre cet accord quelle que soit la position des uns et des autres. Le problème de la sécurité également,  ce n’est pas négociable, nous prendrons toutes les dispositions pour que cette sécurité soit réelle sur toute l’étendue du territoire. Notre soutien au président de la République et à son gouvernement n’est pas aussi négociable. Nous soutenons l’action du président de la République, son programme politique. C’est autour de ces questions fondamentales que nous avons formé la majorité présidentielle, c’est autour de ces grands principes que nous nous battrons, quel que soit le cadre de  concertation qu’on aura élaboré. Nous n’allons pas dévier, nous serons assez vigilants pour défendre ces points-là.

Le renouvellement du bureau de l’Assemblée nationale a donné l’impression  qu’il y a un grand malaise au sein de la majorité présidentielle. Qu’est-ce qui explique cela ?

Bon ! Vous savez que dans tous les rassemblements humains, surtout si c’est sous-tendu par un quelconque intérêt, c’est tout à fait normal que les hommes, chacun cherchant à tirer la couverture sur soi, qu’il y ait des prises de position plus ou moins désagréables. Je crois que c’étaient des querelles de positionnement. Dans beaucoup de parlements, on rencontre la même chose. Il y a des pays où certains parlementaires en arrivent aux mains. Donc, heureusement ici, ce n’est pas le cas. Le dialogue a prédominé, finalement ils se sont mis d’accord pour mettre en place un bureau. Comme je le disais tantôt, dans toute communauté humaine, il y a des contradictions qui naissent dans le cadre du positionnement. C’est fréquent.

Au sein de votre formation politique, le RPM, le parti présidentiel, le malaise règne au plus haut niveau et dans certaines sections comme à Gao. Avez-vous des commentaires par rapport à cela ?

C’est ce que je viens de dire, c’est des problèmes internes aux  partis. Au sein de chaque parti, il peut se poser des problèmes. Ces deux hommes-là, pratiquement je les ai réunis à mon niveau, en présence de tous les ministres RPM. Nous avons échangé, chacun était surpris de savoir qu’on se prêtait à certaines situations que l’autre ignorait superbement. Si ces hommes intelligents qui sont en train de gérer les affaires d’Etat  se rencontraient pour échanger, je crois que beaucoup de contradictions pourraient se dissiper. Il y a des problèmes partout, nous sommes conscients de ça, au niveau du RPM. C’est toujours le problème de positionnement, après la prise du pouvoir, il y a eu beaucoup d’adhésions au sein du parti. Donc, les anciens qui étaient là et avec les nouveaux arrivant, il y a toujours des remue-ménages. Cela arrive  dans tous les partis politiques qui accèdent au pouvoir. C’est tout à fait normal. En politique, les gens ne sont pas là pour chercher de la bénédiction ou l’aumône. Chacun veut se positionner par rapport à la situation.

Avez-vous une réaction par rapport à la sortie médiatique du président du Haut Conseil islamique, Mahamoud Dicko ?

J’ai appris avec beaucoup de regret que j’aurais souscris à la condamnation systématique de Mahamoud Dicko. J’ai dit à  ceux qui ont essayé de  véhiculer un tel message qu’ils ne me connaissent pas, encore moins Mahamoud Dicko. Je crois que Mahmoud Dicko est un homme, s’il avait dit ça, il l’aurait défendu même si c’est au prix de sa vie. S’il dit qu’il n’a pas dit, moi je pense  qu’il n’a pas dit. Parce qu’on se côtoie depuis très longtemps au sein du bureau exécutif national de l’Amupi et au sein du bureau du Haut conseil islamique. Je le connais très bien, il est intelligent et cultivé. Je crois que des erreurs de ce niveau-là, il ne se laissera  pas tomber  dans des pièges comme ça. Comme au cours d’une réunion officielle dont je suis l’un des co-présidents,  alors il m’était très difficile, d’emblée quand un parti de l’opposition pose le problème de la condamnation de sa sortie médiatique, que je lui dise toute de suite que non, je ne suis pas d’accord. Je ne soutiens pas ça, c’est pourquoi j’ai soumis d’abord l’idée  à l’ensemble des participants pour que chacun se prononce. De mon côté, au niveau de la majorité présidentielle, il y a deux partis politiques qui ont dit qu’ils souhaiteraient d’abord qu’on mène une analyse approfondie de cette sortie et voir la véracité de ce qu’il a dit et de son impact sur la vie de la nation avant de faire une quelconque  condamnation. A partir de ces deux déclarations, j’ai dit aux deux partis que je les remercie pour la pertinence de leurs propositions, mais  que malheureusement au niveau de la majorité présidentielle, nous ne pouvons pas souscrire à une telle démarche. C’est tout. Je  connais Mahmoud Dicko, je sais qu’il ne tombera pas dans un  tel piège comme ça. Même s’il aime sa religion  et la défend avec beaucoup de passion.

Quel message avez-vous à l’endroit des acteurs politiques ?

Je crois qu’il faut qu’on défende le Mali, l’intégrité territoriale, la cohésion sociale, l’unité nationale, la forme laïque et républicaine de l’Etat. Il faut que toute la classe politique s’engage pour qu’on fasse une union sacrée afin de défendre corps et âmes ces principes et ces éléments qui sont les fondements même de la nation malienne. Plantons cet arbre qui a son tronc commun qui est « le Mali » et dont la racine nourricière est le peuple malien, les ramifications et les fruits ce sont les velléités des uns et des autres. Personne ne peut rien  contre cette  contradiction qui demeurera entre les hommes  jusqu’à la fin des temps.

Entretien réalisé par

Nouhoum DICKO et  Boubacar SIDIBE

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3 COMMENTAIRES

  1. Ce Boulkassoum est un vieillard totalement limité sur le plan intelectuel.
    Je me demande comment il réfléchit.

  2. Est ce que Boulkassoum comprend bien ce qu’il dit….. rejeter le consensus et non la compromission est une cecite intellectuelle et politique qui sied bien au fameux président du conseil…..

    franchement on est mal barre avec des faux intellectuels de cette facture…

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