A la rencontre des déplacés du Nord : enquête sur les oubliés de la guerre

0

Dans une enquête que votre journal a bien voulu mener sur ce que l’Etat malien fait en faveur des déplacés du Nord, le constat est malheureusement amer. Le gouvernement, malgré les multiples faits par la Direction nationale du développement rural, rien n’a été fait en faveur de ces déplacés, qui vivent dans des conditions très précaires. Notre enquête a révélé qu’ils ont, à un moment donné, bénéficié de l’aide de l’ONG World-Vision et d’ACTED-Mali. Nous avons recueilli les témoignages de quelques déplacés dans le cadre de cette enquête.

Mme Maïga Hadeye Maïga, présidente de l’Association Igdah qui veut dire ‘’ça siffut’’ des femmes du Mali (AIFM), et présidente des femmes du mouvement d’auto-défense Gatia

« Mon asssociation a été créée le 4 décembre 2014, à l’effet de trouver une solution au problème du Nord et sauvegarder les intérêts des Imrads, communauté à laquelle j’appartiens. Lors de la crise, j’ai acceuilli 17 déplacés du Nord. Ils ont fait 2 ans chez moi, et je n’ai reçu la moindre aide de notre gouvernement. Ils ont été aidés par l’ONG Acted et World Vison Mali. La vie à Bamako étant très chère, certains  déplacés ont du mal à avoir où dormir. Je partageais mes maigres moyens avec eux, et de nos jours, plus de 80% des dépacés sont à Bamako, car la situation sécuritaire n’est pas favorable dans les autres loclaités. Notre Etat doit savoir que les déplacés sont jusqu’à présent à Bamako et ceux qui étaient partis, sont revenus face à la détériorisation de la sitution sécuriatire. D’autres sont revenus parqu’ils sont partis trouver qu’ils n’avaient plus rien chez eux, leurs maisons cassées. Ils ont donc preféré revenir à Bamako pour se débrouiller, et le gouverenement doit faire quelque chose pour eux ».

 

N’Tamat NKadewane dit Yattara, président des déplacés du Nord à Kalabancoro et chef de site des déplacés du cercle de Ménaka

 « De nos jours, nous sommes 2300 déplacés vivant en Commune V et à Kalabancoro. Vu la cherté de la location en Commune V, beuacoup sont en train de venir à Kalabancoro où le loyer est moins cher. Je suis un déplacé de Ménaka, venu à Bamako le 28 avril 2012, suite à la crise. Depuis ce temps, le gouverenement malien ne nous a rien fait en matière d’aide. Ce sont deux ONG (Acted et World Vision) qui ont appuyé certains d’entre nous pendant 3 mois. De 2012 à nos jours, le gouverenement malien n’est même pas venu nous voir pour savoir nos préoccupations. Il se fout de ce que nous sommes. Nous recevons très souvent des appels de la part de la Direction nationale du développement social, nous demandant de venir nous faire recenser. Nous sommes tout le temps en train de nous faire recenser sans la moindre aide. On ne nous a rien donné, malgré les promesses incessantes. Dans le cadre du retour des déplacés, certains d’entre-nous avaient 20.000 ou 25 000 FCFA par personne. Comment voulez-vous qu’un chef de famille fasse déplacer sa famille de Bamako à Ménaka ou Gao avec 20.000 FCFA ? Du coup, certains ont prit ce sous pour rester ; et ceux qui étaient partis sont retournés, à cause de la cherté de la vie. Ils sont partis trouver qu’il ne leur restait rien sur place. Je suggère que le gouverenement vienne vers les déplacés, les aide à organiser un vrai retour avec des mesures d’accompagnement, et je pense que la vraie réconciliation passe par-là. De nos jours, nous nous sentons étrangers et délaissés dans notre propre pays car, souvent chassés et jettés dans les rues pour non paiement de loyers. Nous remercions toutes les familles d’accueil qui malgré les difficultés de l’heure nous hébergent. Souvent nous avons des déplacés qui meurent dans les hôpitaux parce qu’ils n’ont pas d’argent pour se soigner. L’Etat doit faire quelque chose pour ces déplacés qui sont dans des états très critiques ».

 

Zeïnabou Maïga, déplacée du Nord depuis 2012

« Depuis mon arrivée, à ce jour, je n’ai reçu aucun soutien de la part du gouvernement malien. Je suis avec 10 membres de ma famille dans un loyer que nous nous débrouillons à payer. Pour pouvoir payer notre loyer, chaque membre de la famille va chercher du travail. Certains font le manœuvre, d’autres l’aide-ménagère. On nous a une fois proposé d’aller au stade du 26 mars, pour retourner sans la moindre garantie. Toute chose que nous avons refusée. Il faut que le gouvernement sache que les déplacés sont là, qu’ils ne sont pas  partis, qu’ils souffrent. J’invite notre gouvernement à tout faire pour notre retour honorable chez nous. Comment voulez-vous qu’on retourne sans la moindre mesure d’accompagnement ? ».

Adizatou Touré dite Mama, déplacée de Ménaka

 

« Je suis arrivée à Bamako en juin 2013 avec mon mari et deux fils. Nous sommes en location, et depuis que nous sommes là, nous n’avons reçu aucune aide de la part de nos autorités. Je demande à ce que les autorités maliennes nous viennent en aide afin de faciliter notre retour. Je pense que toute idée de réconciliation doit commencer par nous les déplacés qui avons souffert de cette crise qu’a connue notre pays ».

 

Mounkaïla Maïga, déplacé du nord

 « Je suis venu avec ma famille. Certains camarades et moi payons le loyer en raison de 22 500 FCFA par mois. Nous vivons grâce à l’apport des personnes de bonne volonté, qui nous aident en nous donnant à manger. A notre tour, nous nous débrouillons pour pouvoir payer notre loyer mensuel. Depuis qu’on est là, nous n’avons reçu aucun sous ou aide de notre Etat. Il faut que les autorités maliennes sachent que nous souffrons énormément et il est temps qu’elles nous viennent en aide. Certains sont en longueur de journée chassés de leur maison pour non paiement de loyers. Ce n’est pas parce que nous ne voulons pas retourner chez nous, mais si on retourne, il faudra qu’on ait quelque chose comme activité génératrice de revenus. Chez nous, nous avons tout perdu ».

B. Bouaré

 

PARTAGER