Mali, l’homme malade du Sahel

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Tiebilé Dramé
Tiebilé Dramé

Survenue une semaine aprĂšs les attentats de Paris, l’attaque terroriste contre le Radisson Blu de Bamako a, par sa brutalitĂ©, le nombre Ă©levĂ© de victimes Ă©trangĂšres, leurs nationalitĂ©s,  remis en lumiĂšre les fragilitĂ©s du Mali.

Ce vaste pays sahĂ©lien focalise l’attention du monde depuis  2012. À la faveur d’une rĂ©bellion dĂ©clenchĂ©e par d’anciens soldats de Kadhafi originaires du nord du Mali, puis d’un coup d’État militaire, des groupes armĂ©s jihadistes affiliĂ©s Ă  Al-QaĂŻda au Maghreb islamique (Aqmi) avaient imposĂ©, pendant dix mois, sur les deux tiers du territoire national, un rĂ©gime particuliĂšrement brutal, avec son lot d’exactions et d’atrocitĂ©s. L’intervention des armĂ©es française et africaines avait mis fin Ă  l’occupation jihadiste et brisĂ© la colonne vertĂ©brale des groupes terroristes. Depuis, le Mali a organisĂ©, en 2013, des Ă©lections consacrant le retour Ă  la normalitĂ© constitutionnelle et signĂ©, le 20 juin dernier, un accord de paix et de rĂ©conciliation avec les groupes rebelles du nord du pays.
L’attentat du 20 novembre est intervenu exactement cinq mois aprĂšs la signature de cet accord, dans un contexte marquĂ© par la dĂ©tĂ©rioration de la situation sĂ©curitaire gĂ©nĂ©rale du pays.Du 1er janvier Ă  la fin du mois de novembre, une centaine d’incidents armĂ©s (attaques, affrontements et explosions de mines anti-personnel) ont entraĂźnĂ© la mort d’au moins 350 personnes (Maliens et Ă©trangers, civils comme militaires). Aucune rĂ©gion n’a Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©e. La moitiĂ© des incidents et des morts ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s aprĂšs la signature de l’accord de paix.
Au nombre des fragilitĂ©s maliennes mises au jour par l’attaque du Radisson figure la gouvernance, dont les faiblesses ont Ă©tĂ© largement soulignĂ©es, notamment dans la presse internationale. Quand le Mali s’est effondrĂ© en 2012, les causes profondes de la grave crise sĂ©curitaire et institutionnelle dans laquelle le pays Ă©tait plongĂ© faisaient l’objet d’un consensus international. Les Ă©lĂ©ments constitutifs de ce diagnostic Ă©taient :
– la rĂ©bellion dĂ©clenchĂ©e par le Mouvement national de libĂ©ration de l’Azawad (MNLA) ;
– la prĂ©sence dans la partie septentrionale du territoire de jihadistes dont la principale activitĂ© Ă©tait le business des otages occidentaux, enlevĂ©s puis libĂ©rĂ©s contre versement de rançons ;
– la mal gouvernance, qui Ă©tait le combustible de la crise.
Un tel diagnostic aurait dĂ» conduire les mĂ©decins accourus au chevet de l’homme malade du Sahel Ă  appliquer une trithĂ©rapie vigoureuse. Ce ne fut pas le cas. AprĂšs plusieurs mois d’atermoiements, quand les parties se sont enfin rĂ©solues Ă  prendre le chemin des nĂ©gociations, l’on a cherchĂ© Ă  apporter des rĂ©ponses aux seules questions posĂ©es par les rĂ©bellions. Les autres causes de l’effondrement du pays ont Ă©tĂ© relĂ©guĂ©es au second plan.
Pendant prĂšs d’une annĂ©e (juin 2014-juin 2015), avec une bonne foi et une persĂ©vĂ©rance indĂ©niables, les voisins du Mali et toute la communautĂ© internationale ont cru soigner le mal en trouvant un compromis (dictĂ© par le rapport des forces du moment) entre le gouvernement et les groupes armĂ©s Ă©ligibles au dialogue, c’est-Ă -dire ceux ayant publiquement et formellement renoncĂ© au terrorisme. Mais ce compromis ne traite ni de la question des groupes armĂ©s jihadistes, ni de celle de l’Ă©conomie criminelle. Ni mĂȘme de celle de la bonne  gouvernance.
Six mois plus tard, bien que les parties signataires aient donnĂ© les signes d’une certaine volontĂ© de paix et qu’une dynamique de rĂ©conciliation soit perceptible, la situation gĂ©nĂ©rale du pays reste prĂ©occupante au double plan de la sĂ©curitĂ© et de la gouvernance. Croyant que l’organisation d’Ă©lections consacrant le retour Ă  la normalitĂ© constitutionnelle Ă©tait synonyme de dĂ©mocratie et de bonne gouvernance, les mĂ©decins accourus au chevet du Mali se sont retrouvĂ©s piĂ©gĂ©s par la rĂ©surgence de vieilles pratiques de corruption, de scandales et de dĂ©tournements en tous genres, devant lesquels ils semblent pour l’instant fermer les yeux.
Les deux premiĂšres annĂ©es du quinquennat en cours ont Ă©tĂ© ėmaillĂ©es de nombreux scandales qui ont Ă©rodĂ© la crĂ©dibilitĂ© intĂ©rieure et extĂ©rieure du Mali : de l’acquisition d’un nouvel aĂ©ronef prĂ©sidentiel Ă  l’affaire dite des « 1000 tracteurs du prĂ©disent », en passant par la fourniture de matĂ©riels et d’Ă©quipements Ă  l’armĂ©e, les engrais frelatĂ©s, les relations douteuses avec des groupes d’intĂ©rĂȘts Ă©trangers, l’image du Mali post-crise est passablement Ă©cornĂ©e. Comme si le pays ne revenait pas dĂ©jĂ  de loin, le retour Ă  l’ordre constitutionnel s’est caractĂ©risĂ© par la reprise du « business as usual », renvoyant aux oubliettes les promesses d’une indispensable re-fondation de la gouvernance et des institutions.
ParallĂšlement, comme on l’a vu, la situation sĂ©curitaire du pays n’a cessĂ© de se dĂ©grader. La multiplication des incidents depuis la signature de l’accord de paix ne laisse pas d’inquiĂ©ter. Une demie douzaine de groupes armĂ©s jihadistes opĂšrent dans toutes les rĂ©gions du pays. Ils alternent assassinats ciblĂ©s et attaques aveugles indiscriminĂ©es. Si les chefs de certains groupes sont des Ă©mirs algĂ©riens, comme Mokhtar Belmokhtar ou Yahia Abou al-Hammam, plusieurs Maliens ont, au fil du temps, assumĂ© des responsabilitĂ©s au sein de ces organisations qui sĂšment la mort sur tout le territoire. Parmi eux, Iyad Ag Ghali, Abdelkrim le Targui, Hamadoun Koufa Diallo, etc… Ces groupes recrutent des jeunes dans toutes les rĂ©gions et communautĂ©s ethniques. Comme si l’on assistait Ă  une malianisation des groupes jihadistes.
La fusillade du Radisson a mis en évidence les failles et les dysfonctionnements de la gouvernance sécuritaire, sinon de la gouvernance tout court. Elle a provoqué une prise de conscience quant à la dégradation de la situation générale du pays. En effet, désormais, le lien est clairement établi entre sécurité et bonne gouvernance, entre mauvaise gestion des affaires publiques et sécurité publique, entre sécurité nationale et une indispensable vision politique générale.

La recrudescence des activitĂ©s des groupes armĂ©s islamistes fait peser de sĂ©rieuses menaces sur la paix et la stabilitĂ© du pays, dans un contexte d’inquiĂ©tudes relatives aux lenteurs dans la mise en Ɠuvre de l’accord de paix d’Alger. Aqmi, qui s’est rapprochĂ©e des Mourabitounes, comme en tĂ©moigne l’opĂ©ration conjointe contre le Radisson, fait preuve d’une grande audace et recrute parmi les jeunes de toutes les communautĂ©s du nord du pays, y compris dans la rangs des combattants des groupes signataires de l’accord d’Alger.

Fin novembre, une colonne de membres d’Aqmi lourdement armĂ©s, Ă  bord d’une trentaine de pick-up, a encerclĂ© Ă  BoujbĂ©a, au nord de Tombouctou, une rĂ©union de rĂ©conciliation de la tribu arabe des BĂ©rabiches, profĂ©rant des menaces contre les « collaborateurs » des forces internationales.
Les lenteurs du processus de paix (certains n’hĂ©sitent pas Ă  parler d’enlisement) et la dĂ©gradation de la situation gĂ©nĂ©rale devraient inciter les acteurs maliens (majoritĂ©, opposition, sociĂ©tĂ© civile et groupes armĂ©s) Ă  se concerter pour endiguer et conjurer les pĂ©rils qui menacent l’existence mĂȘme de leur nation.

Pour ce faire, ils  pourraient se saisir d’un instrument prĂ©vu par l’accord d’Alger : « la confĂ©rence d’entente nationale » pour se pencher sur toutes les causes qui ont conduit Ă  l’effondrement du Mali en 2012 et pour poser ensemble les jalons d’une nouvelle gouvernance pour la paix et la stabilitĂ©. LĂ  aussi, un autre mĂ©canisme de l’accord d’Alger pourrait ĂȘtre d’une grande utilité : « la pĂ©riode intĂ©rimaire de dix-huit Ă  vingt-quatre mois. »
La nouvelle annĂ©e qui s’annonce doit ĂȘtre radicalement diffĂ©rente de celle qui s’achĂšve. Sinon le Mali risquerait de s’installer dans une crise dĂ©mobilisatrice, tant Ă  l’intĂ©rieur qu’Ă  l’extĂ©rieur.

 

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2 COMMENTAIRES

  1. Tieblen, toi fay fodĂš, c est pas toi et ton att qui aviez rendu le Mali malade pendant les 10 de mal gouvernance du grand voleur de Mopti?
    Et aujourd’hui tu ouvre ta grande gueule pour ne pas dire le nom de ta chose situĂ© en arriĂšre

  2. “Au nombre des fragilitĂ©s maliennes mises au jour par l’attaque du Radisson figure la gouvernance, dont les faiblesses ont Ă©tĂ© largement soulignĂ©es, notamment dans la presse internationale.”

    Pfff! 🙄 c’est bien connu, la presse internationale est FORCEMENT mĂ©disante Ă  l’Ă©gard du Mali, qu’elle veut dĂ©stabiliser Ă  tout prix! 8) 8) 8) 8)
    Mais si mais si… Tous les cons vous le diront! :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:

    “les mĂ©decins accourus au chevet du Mali se sont retrouvĂ©s piĂ©gĂ©s par la rĂ©surgence de vieilles pratiques de corruption, de scandales et de dĂ©tournements en tous genres”
    Pfff! 🙄 Comment peut-on Ă©crire des horreurs pareilles? 🙄 🙄 MEDISANT, va! :mrgreen: :mrgreen:

    “La nouvelle annĂ©e qui s’annonce doit ĂȘtre radicalement diffĂ©rente de celle qui s’achĂšve. Sinon le Mali risquerait de s’installer dans une crise dĂ©mobilisatrice, tant Ă  l’intĂ©rieur qu’à l’extĂ©rieur.”
    Pfff! 🙄 Encore un type qui est mal informĂ©! 🙄 Demandez un peu aux pintades si l’annĂ©e Ă©coulĂ©e n’a pas Ă©tĂ© au contraire une annĂ©e de progrĂšs et d’avancĂ©es dans tous les domaines! :mrgreen: :mrgreen:

    Pfff! 🙄 De la MEDISANCE cet article! Rien que de la mĂ©disance!… :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:

    PS: Je ne serais pas Ă©tonnĂ© que ces “rumeurs” sordides soient orchestrĂ©es en sous-main par la France pour mieux dĂ©stabiliser le grand Maliba d’Ibk, en vue de piller nos ressources ensuite! :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:
    Faudra demander son avis lĂ  dessus Ă  Coco, Cauritologue… 😆 😆 😆 😆

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