Réaménagement ministériel : Sur fond d’illégalité et de tensions avec le Rpm

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Le changement de gouvernement tant annoncé et fortement attendu par l’opinion est désormais effectif. Pressentie depuis deux mercredis et réaffirmée à chacune des apparitions récentes du chef de l’Etat –au point d’en alimenter les plus folles rumeurs- la mesure est finalement intervenue, vendredi après-midi. Le long suspense a connu son épilogue avec la publication du décret N°2016-0022/P-RM du 15 Janvier 2016. Ledit texte, qui abroge celui du 24 Septembre dernier, consacre un nouvel attelage gouvernemental de 32 membres à la différence de l’équipe précédente composée d’un membre de moins.

3 Sortants,

4 entrants,

2 mutations,

2 amputations,

1 fusion

Cette légère retouche de la taille est au fait la conséquence logique de la différence entre le nombre de sortants et d’entrants. On en dénombre quatre pour les premiers et seulement trois pour les seconds, lesquels trouvent une place au détour d’un savant réaménagement ayant affecté la configuration gouvernementale. Le portefeuille de la Coopération internationale africaine cesse ainsi d’être un département et se voit réaffecté aux Affaires étrangères.

Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et celui du Développement Rural sont, en revanche, respectivement amputés avec l’avènement de départements autonomes. La ‘’Recherche scientifique’’ est assurée par la nouvelle entrante Assétou Founé Samaké, tandis que le revenant Nango Dembélé hérite de ‘’l’Elevage et la Pêche’’ qu’il occupait es qualité de ministre délégué dans le gouvernement Tatam Ly.

Au nombre des nouvelles têtes figurent par ailleurs l’ancien député Konimba Sidibé qui fera son baptême du feu gouvernemental  en tant que ministre des ‘’Investissements et du Secteur privé’’, puis l’ancien Pdg de la l’Office du Niger, Kassoum Denon, qui devient nouveau ministère de l’Agriculture.

Ce qu’il convient plutôt de désigner comme un réaménagement-ajustement aura été fatal pour certains caciques détenteurs de super-départements dans l’ancienne équipe. Bocari Tréta, naguère puissant ministre du Développement rural et non moins deuxième personnalité de la même équipe en préséance, se voit évincé du nouvel attelage en même temps que Mamadou Igor Diarra, précédemment ministère de l’Economie et des Finances. L’un est remplacé par deux nouveaux entrants  comme suite de l’éclatement de ses portefeuilles, tandis que la sortie de l’autre occasionne les déplacements suivants : Dr Boubou Cissé qui le remplace au poste est supplanté au département des Mines par Cheickna Seydi Diawara de la Coopération internationale.

L’air  d’un affranchissement

Parmi les illustres sortants figure un personnage non des moindres, à en juger par sa longévité au gouvernement.  Il s’agit de Me Mamadou Gaoussou Diarra dont la carrière ministérielle accuse à tout le moins une interruption  après une longue résistance aux différentes vagues de remaniements antérieurs. Pour autant, sa sortie ne fait, ni couler le même torrent de salives ni occasionner la même angoisse et amertume que celle du Dr Bocari Tréta. L’éviction du secrétaire général de la famille politique du président de la République, en faisant perdre au parti majoritaire le contrôle d’un secteur aussi stratégique, dégage en même temps les relents d’une rupture longtemps pressentie entre le chef de l’Etat et le Rassemblement pour le Mali. Président sortant du parti du Tisserands -dont il fut le porte-drapeau à la présidentielle- IBK n’a pourtant jamais raté l’occasion de manifester ouvertement le désir de s’affranchir des siens. «Ce n’est pas le RPM qui m’a élu», a-t-il l’habitude de ressasser comme s’il ne supporte que trop péniblement le poids des postures possessives de son parti et les tentatives de le régenter. Mais, la goutte d’eau a sans doute débordé le vase avec les fortes pressions exercées sur lui pour lui imposer le choix du secrétaire général du Bpn contre le Pm Modibo KEITA. Avec, pour ce faire, de bruyantes méthodes comme le recours aux masses pour impressionner les cortèges présidentiels. Jusque-là impavide devant les sirènes, le locataire de Koulouba a fini par réagir en insinuant : «N’est pas Premier ministre qui le veut».  Et, le malaise ne s’est visiblement pas limité à briser les espoirs de son parti. Il consacre également  le début d’une rupture dont les signaux peuvent se juger à la réaction de l’écrasante majorité des militants à la disgrâce de Bocari Tréta : communiqué laconique du Bpn-Rpm soutenant la grande victime du remaniement, rassemblements spontanés de consolation à son domicile, en attendant les vraies hostilités en passe de découler des tentatives des clans adverses à s’adjuger le contrôle du Rpm à son détriment. Les circonstances de l’installation de l’actuel bureau de l’Assemblée nationale, sur fond de d’inimité avec le président de l’institution parlementaire, en sont suffisamment indicatives.

Le quota des femmes déjà aux calendes

Le réaménagement ministériel consacre par ailleurs une autre grande victime qui n’est autre que la toute nouvelle loi relative à la promotion des femmes aux postes électifs et nominatifs. A peine promulguée par le président de la République, autorité qui en est d’ailleurs l’émanation, le principe du quota des femmes est violé sans ménagement dans l’élaboration du décret N°2016-0022/P-RM du 15 Janvier 2016. En vertu dudit texte, en effet, un gouvernement de 32 membres devrait normalement faire place à une bonne dizaine de femmes pour être conforme à la règle d’au moins 30 %  de chaque sexe pour les nominations dans les institutions de la République ainsi que dans les différentes catégories de services publics par décret. Au lieu de quoi, le gouvernement Modibo Keïta ne compte que six représentantes de la gent, soit une seule femme de plus que dans la précédente équipe où elles n’étaient représentées qu’à hauteur de 19 % environ. On est visiblement loin du compte et du bout du tunnel, après que les organisations féminines nationales et les partenaires internationaux des droits de la femme aient accueilli avec jubilation l’avènement d’une loi décrite par tous comme une révolution dans la promotion féminine.

La toute première occasion de sa mise en œuvre, en plus d’éprouver la volonté politique au plus haut niveau sur le sujet, redonne pour le moins vigueur au scepticisme de ceux qui ont accueilli avec perplexité son applicabilité ainsi que la complexité des mécanismes pour ce faire.

Quoi qu’il en soit, une telle violation de la loi en vigueur par les plus hautes autorités est une brèche largement ouverte à l’illégalité quant à l’autre aspect de la question : l’observation du principe des quotas pour les postes électifs. Car, rejeter  par exemple des listes électorales pour pareil vice revient à cautionner l’injustice qui consiste à refuser aux uns ce qu’on admet aux autres

IBK enterre Tréta

Tout ministre doit désormais encrer dans sa mémoire qu’il occupe une chaise éjectable entre deux conseils des ministres. Il doit bien entendu comprendre pour toujours que le champ politique diffère de la sphère gouvernementale. Car, le parfait contrôle du premier n’entraîne pas la maîtrise du second.

Bocary Tréta vient de l’apprendre à ses dépens pour avoir perdu à jamais son poste de ministre du Développement rural qui faisait son privilège de deuxième personnalité du gouvernement, détenteur en sus de la plus grosse portion du budget national, soit un taux de 15 % pour une vraie mangeoire convoitée par ses pairs à cols blancs.

A présent, tout porte à croire que ses camarades tisserands vont tout tenter, à l’instar d’Ibrahim Boubacar Kéïta, pour le réduite en minorité, à défaut de l’évincer du poste de secrétaire général du Rassemblement pour le Mali (Rpm). C’est la suite logique face à un ‘’malpropre’’ indésirable dans le gotha du président de la République. C’est d’ailleurs une question de jour, clament les langues fourchues.

En fait, Bocary Tréta  a prouvé qu’il comprend peu de choses en politique. Il ne sait même pas décrypter le message moult fois lancé par IBK : «Le Rpm ne m’a pas élu. C’est le peuple qui m’a installé au pouvoir».

Avec son esprit apparemment retors et obtus à la fois, il donne l’air d’un demeuré qui  croit dur comme fer qu’un titre de secrétaire général du Rpm donne systématiquement le droit au poste de Premier ministre. D’ailleurs, beaucoup d’hommes politiques pensent comme lui que le chef du gouvernement doit être forcément issu du parti aux affaires. Que non ! Notre maturité démocratique et républicaine est loin d’une telle hauteur.

Sous nos cieux, le poste de chef du gouvernement n’est pas politique. Il repose généralement soit sur un deal de report de suffrages au second tour de présidentielle, soit sur un choix judicieux quant à la probité morale et intellectuelle du chef. D’où la préférence faite à Modibo Kéïta, cet homme sage rompu à la tâche et soucieux de l’intérêt de la nation. Qui plus est, «n’est pas Premier ministre qui veut», comme l’a tardivement notifié Ibrahim Boubacar Kéïta à Bocary Tréta, devant tout le monde.

Opiniâtre comme une mule, le désormais ancien ministre a malgré tout poursuivi son entreprise de diabolisation et de déstabilisation. Son rêve de devenir chef du gouvernement finalement brisé, il annihile en même temps toutes ses ambitions pour n’avoir pas compris à temps qu’«il ne mérite pas d’occuper», pour le moment, «le poste de Premier ministre». Car, on imagine mal le chef de l’Etat se dédire en admettant, sous son mandat, qu’accède à la Primature celui au sujet de qui il a publiquement déclaré que «n’est pas Premier ministre qui le veut»

A force de trop tirer sur la corde, en définitive, Bocary Tréta est peut-être tombé dans son propre piège. Au finish, IBK creuse en règle sa tombe pour un enterrement de première classe. Bien sûr, il va, de mauvais pied, recommencer à zéro une nouvelle carrière politique. Peut-être comme frondeur chef de parti contestataire.

Bocary Kéïta, «tel est pris qui croyait prendre».

Un glouton puni !

 

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4 COMMENTAIRES

  1. il ne sert à rien d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer dit-on; le Mali regorge de compétences. Dieu seul sait combien ils sont nombreux ces cadres émérites qui rasent le sol, au motif de leurs appartenances politiques mal connues ou de leur intégrité morale avérée, dans une société où la corruption a élu droit de cité depuis, à mon avis la décision de IBK est assez courageuse, faire partir celui qui voulait être plus royaliste que le roi, avec toutes les conséquences que cela peut avoir, il faut un grand aplomb pour le faire . Si c’est pour servir le mali les ministres sortants peuvent tous le faire sans être ministre comme le citoyen lamda qui conduit paisiblement son taxi, ou qui casse du bois de porte à porte
    le ministère n’est pas une fin en soi,seule notre foi pour le travail bien fait importe, le reste c’est accessoire

  2. En fait je ne comprends pas la sortie de Igor…… est ce qui lui aussi avait posé ses gros yeux sur le fauteuil de PM…..?

  3. Avait il réellement besoin de dire n’est pas premier Ministre qui le veut…..; ne le sait on pas dejà assez…..?

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