Le Mali vaut-il encore le sacrifice des hommes de bien ?

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Négus Hailé Sélassié disait : «à travers l’histoire, c’est l’inaction de ceux qui auraient pu agir, l’indifférence de ceux qui savaient, le silence de la voix de la justice quand elle comptait plus qui a rendu possible le triomphe du mal.»

Et oui ! Cette assertion sied tellement à la situation du Mali que la répéter est une lapalissade. Alors que s’est-il passé pour que ce beau pays jadis respecté de tous soit la risée du monde ? Est-ce que la chute du Mali est due à la veulerie de sa classe politique plutôt qu’à la défaite de tout un peuple ? La servilité, la rouerie, et la trahison seraient-elles donc consubstantielles à la politique ?

En tous les cas, l’histoire se venge cruellement de nous avec cette ironie mordante qui est sa marque de fabrique, en fait de notre pays le lieu géométrique de la trahison et du dédit, le synonyme de l’opportunisme et de la vénalité. Sinon comment comprendre tout ce chamboulement politique, des hommes qui hier ne reconnaissaient pas les institutions de la République se retrouvent tout d’un coup au cœur du système au nom d’un prétendu Accord Politique. Ces partisans et artisans du coup d’État permanent ont réussi leur pari, ces politiciens sans plus pensent que la politique n’est que tactique et stratégie, jeu des hommes et intelligence des choses…

Ces «mangécrates» et nageurs en eaux troubles, pardon ces démocrates et patriotes sincères, ces hommes de tous les régimes sont des partisans indubitables du consensus car, sans cela, ils ne peuvent accéder au pouvoir, parce qu’ils sont à la tête de micro-partis qui n’ont ni la crédibilité, ni les ressources nécessaires pour conquérir le pouvoir.

Alors quand on les éloigne de la mangeoire, ils ne voient qu’échec et désespoir partout et travaillent au pourrissement en ne souhaitant que malheur aux dirigeants et au peuple… Comme ils aiment se glorifier eux-mêmes comme TALLEYRAND «j’ai en moi quelque chose d’inexplicable qui porte malheur aux gouvernements qui me négligent».

Depuis plus d’un demi-siècle, le Mali est pris en otage par cette race d’hommes politiques qui évoluent en bande organisée comme disait François Mitterrand : «Qu’en politique, tout est affaire de bandes», ils se partagent les rôles en se faisant recycler car à chaque fois ils sont obligés  d’abandonner la scène sans que des applaudissements, même de politesse, viennent saluer leur départ. Alors comment pouvons-nous célébrer l’échec et en faire un modèle ? Comme si la complication et l’ambiguïté lui étaient consubstantielles.

O Dieu du ciel, ayez pitié du Mali à la place de ses requins politiques, dont les mâchoires largement détendues ont englouti d’innombrables proies, fruits de l’épargne et du trésor national. Ses agents des sociétés financières, des groupes miniers, ses hommes d’argent, ses hommes d’affaires, ses hommes d’Air Cocaïne, ses hommes sans scrupules, ses hommes à la fois de la Cour et du peuple, ses négociants d’otages, des types accomplis du bandit moderne.

Le Général De Gaulle disait : «J’ai toujours eu en horreur le mensonge, je ne témoigne pas d’estime à ceux qui me trompent en dissimulant la vérité.»

Et oui ! La tradition, c’est sacré. Surtout dans l’exercice de la profession. La nomination du nouveau gouvernement est une prime à l’échec, une incohérence politique, un marché honteux, une escroquerie, un moyen pour… la politique, tactique et stratégie, jeu des hommes et intelligence des choses… de priver le Mali des moyens du changement. Or un État privé des moyens du changement est un État privé des moyens de sa conservation.

Le nouveau gouvernement reste aux yeux de la majorité des Maliens un mauvais exemple grossier de mauvaise gestion, coûteuse en ressources et ne répondant pas à la demande du changement avec le retour en son sein de vieux chevaux, ces hommes de l’échec et du déclin du Mali, des débiteurs insolvables.

La seule façon de profiter du passé est d’en conserver l’esprit mais en l’appliquant au présent. J’ai une grande faculté de mépris mais pour l’échec, le mensonge, la manipulation, la laideur, la petitesse, l’ingratitude. (…) Il me suffit de savoir le visage de vos heures d’angoisse ou de plaisir ou d’émotion ou d’amitié pour deviner qui vous êtes.

À quand la fin de ce théâtre politique toujours en représentation ?

Et oui, il est temps que la grande comédie Del Arte prenne fin, car la confusion est telle que les bourreaux d’hier qui se cachaient à eux-mêmes sortent aujourd’hui des bois pour s’autoproclamer les héros du jour avec fierté en narguant toujours et encore le peuple. Oui, les détenteurs des valeurs universelles qui ne savaient même plus où était leur responsabilité dans un passé récent sont devenus tout d’un coup des saints et ont même l’outrecuidance de se poser en recours. Ah pauvre Mali ! Que Dieu ait pitié de ton âme !

D’où la question : si le Mali vaut encore le sacrifice des hommes de bien

Nos aïeux ainsi que nos pères de l’indépendance l’ont cru hier, nous ne pouvons que le croire aujourd’hui car «la patrie est le seul bien de ceux qui n’ont rien.» Mais souvent, nous nous surprenons à demander au bon Dieu qu’est-ce que le peuple malien a fait pour mériter cet aveuglement sur la nature du péril, cette absence de lucidité et de courage, cette cécité volontaire, en un mot que sais-je cette indifférence polie à son égard.

En ce tournant majeur pour notre pays où l’échec n’est pas une option. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, aujourd’hui, le Mali devrait être porté par des hommes, soutenu par la conscience très nette d’appartenir à une élite, non point de pouvoir et d’argent, mais celle des hommes qui jamais ne renoncent, jamais ne baissent la garde et ne se satisfont à aucun prix d’une existence médiocre.

On ne fait pas de politique en dehors des réalités, les hommes politiques doivent comprendre que leur crédibilité en sera fonction de la concordance de leurs projets, de leurs discours et de leurs comportements à l’égard du peuple. Dans nos actions et agissements, nous devons faire un tri et ne retenir que ce qui est fiable, viable et transmissible aux générations du futur.

Mariko Bakary/France

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1 commentaire

  1. Wazekwa Tolo Doe, Maitre Féticheur á Mpetiona, commune rurale de Somasso, cercle de Bla, région de Ségou, Mali, Afrique

    Les leaders POURRIS n’ont jamais le pouvoir de démanteler les établissements
    politiques POURRIS qui les installent.

    Alors la lutte armée DU PEUPLE RESTE L’ UNIQUE ET L’ ULTIME SOLUTION, POUR INSTALLER
    LA DEMOCRATIE DIRECTE POPULAIRE, CELLE DES PEUPLES, PAS CELLE DES “ELITES AUTO-PROCLAME’ES ” ET CORROMPUES.

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