Macalou Awa Bakoroba Dembélé, conteuse professionnelle : «Je prenais un extrême plaisir à écouter ma grand-mère»

1

Universitaire et écrivaine, Macalou Awa Bakoroba Dembélé alias «Kinty Damba» est une conteuse professionnelle qui fait la fierté de la ville de Kati. Dans l’entretien qui suit, elle nous livre sa passion pour le conte. Lisez !

Macalou Awa Bakoroba Dembélé

Est-ce une tradition dans votre famille de raconter des histoires ?
Depuis toute petite, je prenais un extrême plaisir à écouter ma grand-mère qui, tout en filant le coton, contait ses ‘’histoires’’ que j’appelais alors : «ses mensonges».

J’ai poursuivi mes études, tout en restant à l’école de ma maîtresse, ma source royale, ma bibliothèque vivante, la reine artistique : cette grand-mère maternelle, Kinty Damba, à qui, je dois mon art du conte.

Marquée par ces années de bonheur, je me suis surprise, plus d’une fois, sur ses pas, et à l’écoute de mes aînés, et de mes oncles et tantes…et des écrivains d’ailleurs….

C’est ainsi que par la suite, deux évènements allaient sceller mon choix. Tout d’abord, l’angoisse qui m’a envahie un  soir, en pleine fête de la parole, quand ma grand-mère somnola. Sa tête déclina. Je vis soudain le coton se défaire et la quenouille tombée petit  à petit. Cette finitude d’un moment, balaya en un tour de main, le flot de paroles de grand-mère Kinty …. Je sentis naître en moi, une volonté de suspendre le temps, de protéger ce riche legs…
Ensuite, le second événement ayant aidé à ma prise de conscience de mon devoir de générations a été la demande exprimée par mes neveux installés en France.
Quels sont les héros de contes qui ont marqué votre enfance ?
Les héros de contes qui ont marqué mon enfance sont : Fanani, l’enfant prodige issu d’une sorcière. A travers lui, est ressuscitée une fascinante figure du Pays Bamana. Koriyan, une femme qui, par sa bravoure, a pu mettre son village à l’abri des méfaits d’une diablesse qui terrorisait sa communauté. Le caïman sans queue qui coiffe, tatoue et offre des bijoux en or à une jeune orpheline de mère…

Est-ce que le conte nourrit son homme au Mali ?
Non ! Ceci est loin d’être le cas. Aujourd’hui, le conte se dit dans les écoles, au cours des spectacles tels que les Festivals, les rencontres culturelles, etc. Dans ces cas, la conteuse a droit à un cachet. Seulement, ces propositions sont rares : une ou deux par an. En plus, l’édition des contes pose problème. Sans sponsors, sans commandes, ce n’est guère évident. Du reste, j’essaie de faire autres choses : traduction / sous-titrage de films – personnages de films sur oralité et écriture – communication évènementielle. J’en appelle aux décideurs de nos Etats, aux opérateurs économiques, aux banques, partenaires et bonnes volontés pour nous permettre, nous les Conteurs, d’apporter notre pierre (de qualité) à la construction du Pays et de l’universel.

Avez-vous déjà publié vos contes, ou les avez-vous déjà enregistrés ?
J’ai sorti un recueil de 24  contes : les veillées africaines. J’ai fais éditer quatre contes en publication restreinte : Fanani, l’enfant prodige, le singe devenu tisserand, l’hyène en quête d’épouse, Koriyan et la diablesse par suit Mon livre Nayé et le Phénix (en version Junior et Sénior), retenu par la Bibliothèque    Nationale de Paris, reste lui aussi, dans les limites d’une publication restreinte (environ 2000 exemplaires déjà distribués). J’ai également deux contes scénarisés (pour le théâtre ou les téléfilms) non encore produits, fautes de sponsors.
Seuls deux manuels scolaires, ayant comme vecteur pédagogique, le conte, ont bénéficié d’une publication de masse suite à une commande du Ministère de l’Education Nationale du Mali : Mon Premier Alphabet et Ma Première Lecture.
J’ai aussi fait quelques enregistrements privés dont les premiers à l’intention de mes neveux en France et à Bamako.

Dans quelle langue contez-vous ?
Je conte en Français, ma langue de travail, en Bamanan kan, ma langue maternelle et en plusieurs autres langues du Mali.

Est-ce que la langue a son importance ?
La langue joue un grand rôle dans le conte. Il est bon de préciser qu’on peut conter dans toutes les langues.
Seulement, chaque langue a sa particularité. On ne peut s’empêcher d’utiliser certains idéophones ou onomatopées dans la langue qui nous est familière pour donner du plaisir à écouter. Polyglotte, j’ai une connaissance acceptable de certaines langues : Bamanan kan, Peulh, Sonrhaï, Khassonké, Français, Anglais, Russe.

Etes-vous régulièrement en contact avec des conteuses africaines vivant en Afrique ou ailleurs ?
Je suis en contact permanent avec un certain nombre de Conteuses africaines rencontrées lors des Festivals. D’autres aussi m’ont connue à travers les médias et elles m’ont adressé des messages de félicitations et d’encouragements.
A la suite de ces nombreuses rencontres, une Sénégalaise nommée Diéynaba Guèye dite Diéo, m’a hébergée à Dakar pendant le Festival Mondial des Arts Nègres. Auteure, écrivaine prolifique comme moi, elle a, à son actif, plusieurs ouvrages sur la poésie et les beaux contes de la Terranga. Ensuite, une comédienne-conteuse Guadeloupéenne, du nom de Yan Mareine, de passage à Bamako, m’a rendu visite, suite à plusieurs échanges de messages E-mail. Elle réside en France. Je corresponds également sur Internet, avec certaines conteuses telles que la Guinéenne-Conakry, Aïcha Magassouba, l’Ivoirienne Thérèse, la Béninoise Charelle Hounvo, la Togolaise Akofa et Rachelle Boundy du Burkina Faso, pour ne citer que celles-ci…

Est-ce que vous participez,  parfois, à des festivals de contes ?
J’ai participé au Festival International de contes  ˝Yeleen˝ de Bobodioulasso (Burkina Faso), du 19 Décembre 2009 au 03janvier 2010 ;  au Festival Mondial des Arts Nègres de Dakar (Sénégal), du 10 Décembre 2010 au 1er Janvier 2011, au Festival International de Littérature de Jeunesse ˝Kalan Kadi˝ de Bamako, du 10 au 12 Mars 2011 et à la Rencontre Internationale de Littérature Orale Africaine, tenue du 07 au 11 Juillet 2011 à Sikasso.
Quel est le conte qui vous a le plus marqué ?
«Nayé et le Phénix». Un récit saisissant sur l’amour et l’ignominie dans lequel, j’évoque l’histoire époustouflante de deux jeunes âmes au contact de la Société (travers et qualité). Le conte montre que la réussite est au bout de l’effort. Nayé  est une fille d’Afrique, nourrie aux sources des valeurs profondes du continent. Le Phénix, le symbole de l’espérance dans l’imaginaire du monde occidental. Je voudrais, par cette originale symbiose de culture, cette démarche innovante, ouvrir une nouvelle perspective aux jeunes citoyens et décideurs de demain.

Réalisée par Aliou BS SISSOKO

Commentaires via Facebook :

1 commentaire

  1. Nous tenons là l’une de nos cultures les plus importantes sans lesquelles notre avenir ira vers un vide.A mon âge ( 23 ans dépassé) je serai ravi d’écouter des contes à la place de tous ces films occidentaux dans lesquels je ne me retrouve pas.Je ne peux vous aider actuellement que moralement, mais je encourage maman Macalou Awa Bakoroba DEMBELE de ne jamais abandonné cette science.Je vous laisse mon contact [email protected]….Je serai très heureux de vous rencontrer.Vous tenez là une science qui vaut de l’or.

Comments are closed.