Situation au centre du Mali : le cri de détresse de Tabital Pulaaku

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Les membres de l’association Tabital Pulaaku s’insurgent contre les assistanats et exactions à l’encontre des Peuls dans le centre du Mali. C’était lors d’un meeting le samedi 26 janvier au Palais de la culture Amadou Hampathé Bah.

Dans une salle Bazoumana Sissoko pleine comme un œuf, les membres de la communauté peule, portant une écharpe rouge, symbole du sang, clament à l’unisson «Trop c’est Trop». Sur des banderoles déployées au  quatre coins de la salle, on pouvait lire : «Non à l’exaction ! Non à l’impunité ! Halte au génocide ! Arrêtez le massacre des Peuls !» ; «Nous ne sommes pas des terroristes !» ; «Le sang des innocents ne doit plus jamais couler !».

Des mots forts qui illustrent l’amertume et l’indignation des organisateurs, selon lesquels l’Etat se doit d’être «responsable et impartial». De la colère et aussi des larmes. La projection d’un film retraçant les atrocités commises au Centre du Mali a fait pleurer plus d’un. «Ça me fait mal. On ne doit pas accepter que les personnes meurent inutilement. Sinon, je ne suis pas Peule», s’indigne une femme d’une cinquantaine d’années, laissant tomber de grosses gouttes de larmes sur ses joues. Émue, la mère de famille portant un voile et chapelet en main a passé beaucoup de minutes avant de se contenir.  

«Dan Na Ambassagou, une milice criminelle et terroriste»

Les massacres et les exactions se multiplient. Abdoul Aziz Diallo, président de l’association Tabital Pulaaku, reconnaît que toutes les communautés maliennes sont victimes de la crise, et toutes méritent conséquemment attention et soutien. «Mais il nous faut admettre que parmi toutes, la communauté peule est la plus martyrisée», précise-t-il.

Les tragédies de Maliemana en 2016, Mamba en 2018 et celle de Kolougon le jour de l’an sont assez illustratives. Selon le président Diallo, la vie des populations est rythmée par l’énumération des exactions, des persécutions, des détentions arbitraires, des assassinats ciblés perpétrés par des groupes terroristes et des milices de chasseurs donsos suscités ou encouragés sinon tolérés par les autorités. Une thèse que réfute le gouvernement. Interpellé par les députés, le Premier ministre a affirmé que l’exécutif n’a aucune responsabilité sur la crise et qu’il ne se reproche rien.

Loin de se résigner, Tabital Pulaako s’élève avec la dernière rigueur contre la tolérance voire contre l’encouragement des milices ethniques par les pouvoirs publics. Par la même occasion, l’association renouvelle sa condamnation de l’amalgame et le délit de facies dont la communauté peule est principalement victime et exige du gouvernement la dissolution de la «milice terroriste et criminelle Dan Na Ambassagou».   

Deux-cents civils tués par des milices ethniques

La crise du centre a provoqué de nombreux déplacements à travers le pays. Selon Studio Tamani,  le nombre de déplacés à Bamako s’élève à plus de soixante mille personnes. Dans un rapport de 129 pages, intitulé «Avant, nous étions des frères : Exactions commises par des groupes d’autodéfense dans le centre du Mali», publié en décembre, Human Rights Watch indique avoir recensé deux-cents civils tués par des milices ethniques. «Les victimes sont principalement des Peuls ciblés par les groupes d’autodéfense Dogon et Bamabara au motif qu’ils soutiendraient des islamistes armés pour la plupart en lien avec Al-Quaida», peut-on lire dans le document.

Il y a plus de cent Dogons tués par les Peuls

Ces «accusations» sont rejetées par le mouvement d’autodéfense Dan Na Ambassagou. Marcelin Guengueré, chef de sa branche politique, affirme ne pas partager le contenu du rapport. «Il y a plus de cent Dogons tués par les Peuls dans le pays dogon», indique-t-il. M. Guenguéré estime qu’il y a plus de Dogons déplacés que de Peuls. «Nous allons faire notre propre rapport pour démontrer par A plus B le nombre de personnes tuées par les Peuls et le nombre de familles déplacées».

Pour clore le meeting, l’imam Mahmoud Dicko, président du Haut conseil islamique du Mali, a appelé à l’apaisement et plaidé pour la paix et le vivre ensemble. «Mon rôle ici c’est de lire la Fatiya, pas de faire un meeting», précise-t-il. Et d’ajouter : «sinon je trouverais les mots justes pour dire tout au gouvernement. Je dois me calmer et je vous demande de vous calmer», a lancé l’imam Dicko.

Il convient de rappeler que plus de trois mille personnes ont répondu à l’appel de Tabital Pulaaku.

Abdrahamane Sissoko

Source : Le Wagadu

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