Écoles catholiques de Bamako : Plus de 5000 élèves dans l’incertitude
La dénonciation par le gouvernement de Transition de la convention qui liait depuis plus d’un demi-siècle l’État malien et l’Église catholique vient de produire un choc d’ampleur nationale.

L’archidiocèse de Bamako a annoncé la fermeture, pour toute l’année scolaire à venir, de douze établissements privés catholiques. Parmi eux figurent des références historiques du paysage éducatif malien : le lycée Prosper Kamara, le lycée Notre Dame du Niger et le lycée Pie XII de Koulikoro.
Ces trois établissements, à eux seuls, accueillaient plus de 5000 élèves. Leur transfert vers le système public devient désormais un casse-tête pour un État qui peine déjà à absorber la pression démographique et les déficits structurels de son école.
Pour l’année scolaire 2024-2025, ces trois établissements, rien que pour le bac, ont présenté 1209 candidats sur lesquels près de 60% ont été admis.
Créées pour la plupart dans les premières décennies de l’indépendance, ces écoles catholiques se sont imposées comme des bastions de qualité académique et de rigueur éducative. Leur réputation dépassait largement les cercles chrétiens : des générations entières de cadres de l’administration, de leaders politiques et d’intellectuels maliens ont été formés entre leurs murs. Plus de 80% des enseignants de ces établissements ne sont pas de confession catholique et plus de 90% des élèves ne le sont pas.
En fermant leurs portes, même temporairement, faute d’alternative, l’Église catholique ne tourne pas seulement une page d’histoire. Elle interpelle aussi sur l’avenir d’un partenariat éducatif qui avait, jusqu’ici, montré sa résilience malgré les crises successives traversées par le Mali.
Le ministère de l’Éducation nationale se retrouve avec la responsabilité immédiate de scolariser des milliers d’enfants supplémentaires. Or, les infrastructures publiques sont déjà saturées : classes pléthoriques, déficit d’enseignants qualifiés, manque criant de matériel didactique. L’arrivée soudaine de ces élèves pourrait accentuer l’effritement de la qualité de l’enseignement.
Au-delà du défi logistique, la décision gouvernementale soulève un débat politique et social : fallait-il rompre de manière unilatérale une convention qui, bien qu’ancienne, avait permis une coexistence harmonieuse entre l’État laïc et une institution religieuse investie dans l’éducation ?
L’affaire ne se résume pas à un bras de fer technique. Elle traduit aussi un climat de méfiance grandissant entre les autorités de Transition et certains corps intermédiaires, dont l’Église catholique. Pour de nombreux parents, cette fermeture résonne comme une sanction collective infligée aux familles et aux enfants, pris en otage d’un différend institutionnel.
En toile de fond, c’est la question de la place des acteurs religieux dans l’espace public qui est reposée. Dans un pays où les écoles catholiques complètent l’offre éducative nationale, l’enjeu dépasse le seul cas de Bamako.
Si l’archidiocèse a annoncé une fermeture « pour une année scolaire », les observateurs ne comprennent pas la sortie tardive des syndicats d’enseignants, qui, au lieu de s’en prendre à l’Etat pour sa défaillance, ont, dans un premier temps, tenté de se défausser sur l’Eglise qui, depuis des mois, s’échine à suppléer l’Etat, en payant des salaires sans augmenter les scolarités.
Pour l’État comme pour l’Église, la balle est désormais dans le camp du dialogue. Mais en attendant, ce sont les élèves, leurs parents et les enseignants qui paient le prix fort.
Alexis Kalambry
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