Assemblée générale-super coupe- nuit du basket : Le basket-ball malien en transport à Ségou Une interview exclusive du président Harouna B. Maïga

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Comme le ferait une Cour d’assises, le basket-ball malien se transporte cette semaine à Ségou, non pas pour répondre de crimes, mais pour cinq jours d’intenses activités statutaires, sportives, de gala et de récompenses. Qu’est-ce qui est prévu dans la capitale des Balanzans ? Pourquoi le choix de Ségou ? Quel bilan à mi-parcours de l’actuel bureau fédéral ? Quid des difficultés qui jonchent le basket-ball malien ? Et les priorités à venir ? A toutes ces questions, répond Harouna Boubacar Maïga, président de la Fédération malienne de basket-ball à la tête d’un bureau, de 19 membres, élu le 26 avril 2018 et dont Info Soir vous offre un Poster géant gratuit en page 4. Exclusif !

 

Info Soir : Ségou s’apprête à être le Quartier Général du basket-ball malien pour une semaine. Quelles sont les activités prévues dans la capitale des Balanzans ?

 

Harouna B. Maïga : Effectivement, du 12 au 15 décembre prochains, le monde basket malien va séjourner à Ségou.

Nous allons commencer par les travaux de relecture des textes conformément aux recommandations du Conseil national. Le Conseil nous avait instruits en avril 2018, à notre arrivée, de revoir les textes afin de les harmoniser avec l’actualité du basket-ball mondial ainsi que les réalités locales. Ce travail a commencé depuis un an et Ségou servira de cadre pour plancher de fond en comble là-dessus pendant les journées des 12 et 13 décembre. Les conclusions seront présentées à l’Assemblée générale le 14 décembre pour adoption. Au cours de cette assemblée, seront présentés aux délégués le rapport d’activités et le rapport financier du bureau fédéral dans le cadre de la transparence dans la gestion des affaires, mais aussi le programme d’activités 2019-2020.

Ensuite, dans la soirée du vendredi 13 décembre, nous allons faire la Nuit du basket-ball ; nous allons fêter les lauréats de la saison 2018-2019.

Enfin, samedi soir, sera jouée la super coupe. C’est une première dans une capitale régionale.

Le choix de délocaliser les activités à Ségou est dû au fait que nous voulons redynamiser les antennes régionales et la discipline dans les régions. Ségou est une grande ville de basket jadis très active. Mais, nous avons constaté ces dernières années un manque d’engouement autour de la discipline. C’est donc pour corriger cette morosité que nous avons pris cette décision.

 

Quelles sont les insuffisances des textes qui régissent le basket-ball malien et qui méritent d’être revus et relus à Ségou ?

D’abord, il faut renforcer le championnat de 1ère division.  Nous voulons créer un play-off à partir des demi-finales pour donner davantage de compétitions aux équipes. Ensuite, il y a les membres du bureau qu’il faut calquer avec la Fiba pour donner plus de visibilité à notre basket-ball.

Il s’agira surtout de se conformer aux textes de Fiba. Certes, nous corrigeons au fil du temps certaines insuffisances, mais il faut maintenant carrément insérer les corrections dans les textes.

Bref, à Ségou, c’est pour harmoniser nos textes avec ceux de Fiba Monde. Le basket malien y gagnerait.

 

Vous êtes à la tête de la Fédération malienne de basket-ball depuis un peu moins de deux ans. Pouvez-vous nous dresser un premier bilan ?

Je n’ose pas y penser déjà. Cependant, je peux rappeler que nous avons remporté quelques trophées au p lan international. Entre autres, en 2017-2018, les U18 filles, les U18 garçons, la compétition 3×3 seniors dames, la compétition 3×3 juniors dames, les Jeux africains de la Jeunesse juniors dames, les Jeux africains de la Jeunesse juniors hommes. En 2018-2019, le trophée des U16 filles, celui de la compétition 3×3 seniors dames, le championnat d’Afrique 3×3 juniors filles, la place de vice-champion à la coupe du monde des U19 garçons, la médaille d’or en filles et garçons aux Jeux africains de la plage.

Ma grande satisfaction, c’est le travail que nous abattons au plan national et impulse tous les résultats internationaux que je viens de lister. Le championnat se tient à bonne date et qui respecte scrupuleusement le calendrier arrêté : octobre-juin.

Nous dotons les équipes de 1ère division avec deux jeux de maillots en début de championnat, plus une subvention de 1 million de FCFA pour chacune.

Et puis nous avons revalorisé les récompenses. Le champion national empoche désormais 3 millions de FCFA au lieu de 1 million, le vice-champion gagne 1,5 million au lieu de 500 000 F ; le vainqueur de la coupe du Mali touche 2 millions contre 500 000 F, le finaliste prend 1 million contre 300 000 F ; le Roi et la Reine ont chacun 250 000 F au lieu de 50 000 F auparavant.

Autre acquis de taille, nous saluons la qualification de l’AS Police hommes parmi les 12 équipes devant prendre part à la Saison régulière de Bâle. Nous avons raté le coche l’année dernière avec notre championne l’USFAS, éliminée sur le fil. Depuis plus de deux décennies, le Mali ne participe pas aux compétitions phares de clubs. Notre objectif maintenant, c’est d’être dans le Tour final. Pour ce faire, nous allons appuyer l’AS Police autant que nous pouvons. J’en profite pour dire mes hommages au président de l’AS Police qui a accepté d’engager le club dans la compétition. Il a aussi suivi mes conseils de renforcer l’équipe malgré tout ce que cela devait coûter. Il est à son premier mandat et à sa première année, mais il a réussi ce qu’aucun président de basket n’a réussi. Chapeau !

Enfin, rappelons que l’ensemble du peuple sportif du Mali, particulièrement le monde du basket-ball, s’est vu honoré par l’élection de notre compatriote Hamane Niang comme président de Fiba Monde. L’homme a déjà fait ses preuves quand il était président de la FMBB, en révolutionnant le basket-malien avec des réformes dont nous bénéficions aujourd’hui, puis comme ministre des sports, et comme président de Fiba Afrique et vice-président de Fiba Monde. Maintenant, c’est à nous de l’honorer, sans attendre quelque chose de lui. Il faut que nous l’aidions à nous aider, en améliorant la dynamique ascendante que connait notre basket. Il nous faut engranger des très bons résultats afin qu’on parle du Mali partout où le basket est sur la table.

 

Est-ce que vous êtes satisfait de ce bilan ?

Oui ! Mais, il reste encore beaucoup à faire. Je me donne come objectif de faire un résultat majeur, c’est-à-dire de remporter un trophée de rang au niveau des seniors en sélections nationales ou en clubs, le Mali ayant suffisamment prouvé dans les catégories d’âge. J’ai confiance. Si nous continuons avec la bonne dynamique actuelle, on n’a même pas besoin de forcer pour y parvenir. Même en 2021, c’est possible pour les dames. Pour les hommes, nous pouvons faire un grand boom dans un délai raisonnable si nos expatriés, souvent victimes d’injustice et autres torts, acceptent de venir avec le Mali. Nous allons nous y atteler pour convaincre le maximum à venir porter le maillot national. Les autorités doivent nous assister et nous appuyer dans ce sens. Tout va bien avec le ministre des sports et si ces bonnes relations sont maintenues, nous pouvons rivaliser avec les meilleures nations de basket d’Afrique chez les hommes comme le Nigéria, le Cameroun et l’Angola. Par contre, je suis très optimiste en ce qui concerne la sélection nationale dames.

 

Avez-vous d’autres priorités pour la suite de votre mandat ?

La priorité de mes priorités, c’est de vulgariser davantage le basket-ball au Mali. Je veux que la famille du basket-ball soit agrandie, à savoir les sportifs mais aussi tous ceux qui gravitent autour de la discipline : les encadreurs, les responsables, les investisseurs et les médias. Nous nous battons aujourd’hui pour que Bamako soit la capitale du mini basket-ball ; il faut amener les enfants à pratiquer le basket ou à s’y intéresser depuis le bas-âge. Par exemple, sur un échantillon de 100 pratiquants, peut-être seulement 20 vont atteindre le haut niveau. Parmi les 80 autres, certains pourraient venir aider le basket-ball soit dans l’administration, soit dans le mécénat ou dans un domaine connexe. L’exemple vivant, c’est moi-même. J’ai fait le mini basket au début des années 1980, j’ai joué en 1ère division avec l’AS Mandé de la Commune IV de Bamako, avant de m’expatrier, pour les études, en Algérie où j’ai évolué avec une équipe de D2. A mon retour, je me suis investi dans le basket-ball jusqu’à arriver là où j’en suis aujourd’hui. J’ai aimé et j’aime la discipline. La basket malien a un bel avenir. Chaque fois que le Mali va pour représenter l’Afrique à une compétition mondiale de basket, nous avons toujours battu des records. Notre mot d’ordre dans n’importe quelle compétition, c’est la coupe. Et nous y parvenons très souvent. Le meilleur est à venir.

 

Les nombreux acquis peuvent-ils occulter les difficultés que connaissent la fédération, et le basket-ball malien ?

Pas du tout ! Nous rencontrons beaucoup de difficultés, au premier rang desquelles figurent l’épineux problème du financement du basket-ball. Dieu merci, nous avons au moins un sponsor officiel, Orange-Mali, qui nous aide tant bien que mal sur le plan national. Mais, pour ce qui est des compétitions internationales, c’est l’Etat qui intervient.

Le basket est différent du football. Chez nous, ce sont les dirigeants, notamment certains membres du bureau fédéral, qui mettent la main à la poche pour financer les compétitions. Nous le faisons parce que pour attirer les investisseurs, il faut prouver qu’on est compétitif, il faut savoir se vendre.

La deuxième difficulté et non la moindre, c’est le problème d’infrastructures. Nous n’avons qu’une seule salle opérationnelle, celle du Palais des Sports Salamata Maïga. La mythique salle du Pavillon du Stade omnisports Modibo Kéïta est hors usage depuis longtemps. Et la salle du Stade du 26 mars est un véritable gâchis qui n’a quasiment pas été utilisée mais hors service. Le ministre des Sports a promis de remettre ces salles en état d’usage et je constate avec bonheur qu’il a entrepris dans ce sens des démarches dans un cadre de coopération avec les Turques, les Qataris. C’est dire que nous n’avons qu’une seule salle pour toutes les compétitions de basket. Plus grave, cette arène est régulièrement utilisée à des fins extra sportives, nous amenant à déprogrammer nos matches en plaine compétition. Là aussi, je salue le bon sens du ministre des Sports qui a pris des dispositions pour mettre fin à cette pratique.

 

Quelle est votre plus grande satisfaction depuis vous êtes à la tête de la fédération ?

Sans hésitation, c’est la 2è place mondiale de notre équipe nationale U19 garçons. C’est une première dans l’histoire du basket-ball africain ; le continent n’a jamais fourni une équipe sur le podium dans une compétition mondiale. Notre regret est cette équipe pouvait gagner la finale contre les Etats-Unis, d’où leurs chaudes larmes à la fin du match. Nous avons mis l’Afrique sur le podium mondial. Partout où nous passons, les gens en parlent.

 

Quelles sont vos rapports avec les autres instances sportives au Mali ?

Nous nous entendons très bien avec toutes les faitières. Le ministère de tutelle nous accompagne dans toutes les compétitions internationales. Chapeau au Comité olympique qui nous appuie dans beaucoup de compétitions qui ne sont pas prises en charge par l’Etat. Il nous aide aussi à rentrer en possession des fonds du mouvement solidaire donnés par le Comité international olympique. Aussi, au plan administratif, le Comité olympique renforce nos capacités en la matière.

Enfin, nous n’avons aucun problème particulier avec les fédérations sœurs. Nous nous côtoyons régulièrement dans les différentes activités sportives.

 

Un appel à l’endroit des plus hautes autorités ?

C’est d’abord de les remercier pour leur soutien qui ne nous fait point défaut. Ensuite, leur demander de penser à réhabiliter nos salles de compétition au Stade du 26 mars et au Stade Modibo Kéïta.

 

Un aspect que nous aurions oublié et sur lequel vous souhaiteriez vous prononcer ?

Oui, Femmes & Sports ! Le basket vient en tête des disciplines où il y a plus de femmes à travers le monde. Le Mali ne déroge pas à la règle. Mais, nous voulons davantage faire la promotion du genre. A commencer par le bureau fédéral qui comprend 4 femmes, c’est une première dans la basket-ball malien.

Ensuite, nous avons nommé des coaches dames comme second entraîneur dans toutes les sélections nationales féminines. Que ce soit au niveau des seniors avec Aminata Sininta que chez les juniors avec Kadia Touré et les cadettes avec Astou N’Diaye. Nous sommes en train de faire leur promotion et de les préparer pour l’avenir.

Nous sommes également en train d’ouvrir un chantier au niveau de l’arbitrage féminin pour aider les femmes à persévérer dans ce domaine au haut niveau africain et mondial. Présentément, nous n’avons pas d’arbitre internationale féminine.

Nous faisons aussi des efforts au niveau des Commissaires délégués. Nous en avons deux dames commissaires internationales sur trois. Il s’agit de Fatoumata Maïga, une ancienne arbitre internationale et Mme Dembélé Maman Minian Boré, une ancienne joueuse internationale.

Récemment, nous avons organisé des formations de grade pour les entraîneurs et nous y avons fait participer, aux frais de la fédération, tous les anciens basketteurs internationaux, en mettant l’accent sur les dames même celles qui n’ont pas été internationales. La formation a été dispensée par un expert international. C’est pour faire la promotion du genre dans le basket-ball malien.

Réalisée par Sékou TAMBOURA

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