FrançAfrique : L’ignoble tromperie des Citoyens ou ” l’Enfer, c’est les autres ! “

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En janvier dernier, lors d’une Ă©mission sur une tĂ©lĂ©vision française [1], le premier ministre français, Manuel Valls, s’est contorsionnĂ© l’esprit pour justifier la dĂ©cision du prĂ©sident de la RĂ©publique française, de dĂ©choir de leur nationalitĂ© les terroristes binationaux.

Quand on a dĂ©cidĂ© de tuer et de mourir, c’est sĂ»r que cela fera la diffĂ©rence. Un invitĂ© humoriste l’a, en tant que citoyen, pris Ă  partie sur l’inefficacitĂ© « technique » d’une telle mesure. Il s’est indignĂ© de l’instrumentalisation politique des morts de Charlie Hebdo, notamment avec Ă  la tĂȘte de la marche pour la libertĂ© d’expression, la prĂ©sence d’Ali Bongo, prĂ©sident du Gabon, selon lui un dictateur soutenu par la France.

Nous ne reviendrons pas sur l’éloge de Mr Valls sur l’élection de notre prĂ©sident, IBK sous le rĂšgne duquel toutes les manifestations qui ne sont pas liĂ©es au culte de sa personne, sont interdites, au prĂ©texte de troubles Ă  l’ordre public.

Monsieur Valls a Ă©galement affirmĂ© que la France serait intervenue au Mali oĂč « il n’y a pas un seul intĂ©rĂȘt Ă©conomique français, pas un seul [
] pour libĂ©rer ce pays qui allait ĂȘtre sous l’emprise des terroristes. On transmettra aux sociĂ©tĂ©s françaises installĂ©es au Mali. Quand l’humoriste lui demande si la France n’est pas allĂ©e au Mali pour dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts dans des pays voisins, Manuel Valls rĂ©pond fiĂšrement avec cette confession Ă©tonnante et dĂ©tonante : « Si, il y a le Niger oĂč il y a un intĂ©rĂȘt fondamental, c’est l’uranium pour nos industries dans le nuclĂ©aire. Il n’y a aucune honte Ă  le dire.», et on parle de la droite dĂ©complexĂ©e ! Ah oui, j’oubliais, comme lui a dit d’Ormesson, le gouvernement s’est droitisĂ©.

Ces Ă©changes ont fait Ă©cho Ă  un article paru dans Le Monde du 26 novembre 2015. Incontestablement et lĂ©gitimement choquĂ©e par les attentats meurtriers qui ont endeuillĂ© la France le 13 novembre dernier, l‘auteur de cet article, NiagalĂ© Bagayoko, y exprime sa « Reconnaissance envers la France [2]  ».

Elle y dĂ©crit une France oĂč ses « parents n’ont pas seulement Ă©tĂ© admis en France Ă  l’issue d’une procĂ©dure politico-administrative gĂ©nĂ©reuse, ils ont aussi Ă©tĂ© intĂ©grĂ©s par l’immense majoritĂ© de ces Français que l’on accuse si souvent et si injustement de racisme », et une Afrique oĂč elle se demande « quelles auraient Ă©tĂ© [leurs] vies si [ils avaient] grandi dans les pays que [leurs] parents ont quittĂ©s car y sĂ©vissaient la mortalitĂ© infantile, la nĂ©cessitĂ© de travailler dĂšs le plus jeune Ăąge et l’indigence des conditions d’existence ? ».

Cette vision caricaturale d’une France paradisiaque et d’une Afrique infernale illustre un inconscient collectif français qui fait fi d’une Histoire et d’une prospĂ©ritĂ© façonnĂ©es en partie sur une violence faite aux Africains Ă  travers l’esclavage et la colonisation. Une violence aux consĂ©quences dramatiques pour ceux qui l’ont subie et continuent de la subir des deux cĂŽtĂ©s de la rive. L’« assimilation » si chĂšre Ă  la France exige un refoulement de cette violence originelle qui lie les victimes et leur descendance Ă  une France schizophrĂšne qui, tout en prĂŽnant les droits de l’homme, n’hĂ©site pas Ă  les lui dĂ©nier au nom de ses intĂ©rĂȘts, y compris par la guerre. Une violence qui se perpĂ©tue aujourd’hui dans une relation France Afrique faite de dĂ©pendances politique, Ă©conomique et culturelle, pourvoyeuses de misĂšre et de guerres, ne laissant aux populations pas d’autre choix que la mort ou la migration, de plus en plus souvent la migration et la mort.

Nier le passĂ©, c’est refuser d’apprendre de ses erreurs et se prĂ©parer Ă  affronter des lendemains pour le moins tourmentĂ©s. Or, pour apprendre de ses erreurs, il faut d’abord les reconnaĂźtre. Pour lutter efficacement contre les dĂ©rives terroristes, il faut bien comprendre ce qui a poussĂ© des individus jeunes, qui contrairement Ă  ce que certains voudraient nous faire croire, ne sont pas nĂ©s terroristes, Ă  basculer du cĂŽtĂ© de la « force obscure » en France, mais aussi chez nous, en Afrique.

 

Croire que l’émergence d’un Islam radical et son pouvoir de sĂ©duction sur des jeunes sans avenir, oĂč qu’ils se trouvent, est dĂ©connectĂ©e des rĂ©alitĂ©s historiques, sociales et Ă©conomiques, relĂšve d’un aveuglement coupable. C’est se berner que de penser que le terrorisme ne doit rien Ă  une mondialisation libĂ©rale qui ne libĂšre que la circulation des capitaux, quasiment sans contrĂŽle grĂące aux paradis fiscaux et aux structures de blanchiment d’argent sale. La libre circulation des biens, oui, mais attention, pas dans n’importe quel sens : les matiĂšres premiĂšres brutes trĂšs peu crĂ©atrices de valeur ajoutĂ©e pour le pays producteur et dont les prix sont dĂ©terminĂ©s loin, trĂšs loin de lui, voyagent des pays pauvres vers les pays riches (l’uranium au Niger par exemple dont la protection de la production  justifierait une guerre au Mali).

Quant Ă  la libre circulation des populations, elle est Ă  deux vitesses : les populations jet larguĂ©es et « cosmopolitisĂ©es », heureux happy few qui vont et viennent Ă  leur guise, tirent des plans sur la comĂšte et prĂ©parent la prochaine conquĂȘte de l’espace ; et les autres, adeptes malgrĂ© eux du « carpe diem [3] », condamnĂ©s Ă  un avenir bornĂ© au lendemain pour ceux que la guerre des ressources Ă©pargne, candidats boat people africains qui, eux, n’en finissent pas de voir leur monde s’effondrer sous les coups de butoir d’un Occident rattrapĂ© par son systĂšme expansionniste : migrations, racisme et violences.

Comprendre donc, n’est pas excuser et clamer le contraire conduit Ă  nier une rĂ©alitĂ© historique, Ă©conomique et sociale et Ă  prendre de mauvaises dĂ©cisions.

 

Ces malheureux Français que l’on accuse si souvent et si injustement de racisme

L’injustice commence dĂ©jĂ  par prĂ©senter NiagalĂ© Bagayoko comme « nĂ©e d’une mĂšre française (sous-entendu blanche et chrĂ©tienne) et d’un pĂšre français d’origine malienne » (sous-entendu dans l’ordre, devenu français par naturalisation, noir et musulman).

On pense Ă  Achille MBEMBE qui dans Critique de la raison nĂšgre [4], Ă©crit que « tout en prĂ©tendant que l’universalisme rĂ©publicain est aveugle Ă  la race [5], l’on enferme les non-Blancs dans leurs origines supposĂ©es et on ne cesse de multiplier des catĂ©gories effectivement racialisĂ©es dont la plupart alimentent, au quotidien, l’islamophobie. [
] Elle [la race] est ce qui autorise Ă  placer, au sein de catĂ©gories abstraites, ceux que l’on cherche Ă  stigmatiser, Ă  disqualifier moralement et, Ă©ventuellement, Ă  interner ou Ă  expulser. [
] Afin de mieux pratiquer la discrimination tout en rendant celle-ci conceptuellement impensable, l’on mobilise la « culture » et la « religion » en lieu et place de la « biologie ».

 

Race biologisĂ©e et idĂ©ologisĂ©e au XIXĂšme siĂšcle par le français Gobineau [6], dans le seul but de justifier la colonisation et ses crimes, au nom d’un expansionnisme liĂ© au besoin de trouver des ressources et des dĂ©bouchĂ©s, encore et toujours.

C’est ainsi que Jules Ferry, dans son discours de justification de sa politique coloniale Ă  l’AssemblĂ©e Nationale [7], le 28 juillet 1885, expliqua aux dĂ©putĂ©s que ce sont « les considĂ©rations qui justifient la politique d’expansion coloniale au point de vue de ce besoin de plus en plus impĂ©rieusement senti par les populations industrielles de l’Europe et particuliĂšrement de notre riche et laborieux pays de France, le besoin de dĂ©bouchĂ©s. » . Il poursuivit en affirmant « plus haut et plus vrai » qu’ « il faut dire ouvertement qu’en effet les races supĂ©rieures ont un droit vis-Ă -vis des races infĂ©rieures
 Je rĂ©pĂšte qu’il y a pour les races supĂ©rieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races infĂ©rieures. ».

À quoi mena ce « devoir de civiliser les races infĂ©rieures » ?

À l’assassinat en AlgĂ©rie de tribus entiĂšres : extermination en 1832 de la tribu des Ouffia par le gouvernement du duc de Rovigo ; « enfumade » en 1844 de la tribu des SbĂ©ahs pour obtenir leur reddition par le gĂ©nĂ©ral Cavaignac, qui vient d’inventer l’ancĂȘtre de la « chambre Ă  gaz ».

MĂȘme mĂ©thode utilisĂ©e en 1845 par le colonel PĂ©lissier contre les Ouled Riah sur ordre du gouverneur gĂ©nĂ©ral d’AlgĂ©rie, le marĂ©chal Bugeaud : « Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbeah. Fumez-les Ă  outrance comme des renards ». Quelques semaines plus tard, le colonel de Saint-Arnaud fait procĂ©der Ă  l’emmurement d’autres membres de la tribu des SbĂ©ahs et raconte: « Alors je fais hermĂ©tiquement boucher toutes les issues et je fais un vaste cimetiĂšre. La terre couvrira Ă  jamais les cadavres de ces fanatiques. Personne n’est descendu dans les cavernes ; personne… que moi ne sait qu’il y a lĂ -dessous cinq cents brigands qui n’Ă©gorgeront plus les Français. Un rapport confidentiel a tout dit au marĂ©chal simplement, sans poĂ©sie terrible ni images . [8]  »

 

Froid dans le dos ?

A la mort probable de 10 millions de Congolais entre 1885 et 1908, premier meurtre de masse commis par des EuropĂ©ens [9] sur ordre du roi belge LĂ©opold II, au nom de l’exploitation de l’ivoire et du caoutchouc.

Aux premiers camps de concentration crĂ©Ă©s en Afrique du Sud par les Britanniques pendant la guerre qui les opposa aux colons Boers (1899 – 1902).

A la guerre d’extermination raciale des Herero qui se rĂ©voltĂšrent en 1904. L’ordre d’extermination Ă©tait ainsi rĂ©digĂ© par le gĂ©nĂ©ral allemand Lothar von Trotha : « Les Hereros ne sont dorĂ©navant plus sujets allemands […] Tous les Hereros doivent partir ou mourir. S’ils n’acceptent pas, ils y seront contraints par les armes. Tout Herero aperçu Ă  l’intĂ©rieur des frontiĂšres [namibiennes] avec ou sans arme, sera exĂ©cutĂ©. Femmes et enfants seront reconduits hors d’ici – ou seront fusillĂ©s […] Nous ne ferons pas de prisonnier mĂąle ; ils seront fusillĂ©s ». En quelques semaines les HĂ©rĂ©ros moururent par dizaines de milliers de soif et de faim dans le dĂ©sert. Le chancelier allemand BĂŒlow ordonna d’enfermer les Herero survivants dans des camps de concentration inspirĂ©s de ceux Ă©tablis par les Britanniques en Afrique du Sud pendant la guerre des Boers : plus de la moitiĂ© des prisonniers y moururent. En 1911, 75 Ă  80% des populations Herero et Nama avaient Ă©tĂ© massacrĂ©s. Les Hereros survivants ne revinrent pas sur leur territoire, ils furent dispersĂ©s dans des fermes et contraints de porter au cou un disque de mĂ©tal oĂč figurait leur numĂ©ro de matricule.

 

Cette liste n’est pas exhaustive mais dĂ©jĂ , vous comprenez qu’Hitler n’est pas parti de rien pour penser et exĂ©cuter sa folle entreprise.

Sans oublier la crĂ©ation de l’état d’urgence en AlgĂ©rie en 1955 pour lutter contre les indĂ©pendantistes « terroristes » du FLN. Que faisaient les RĂ©sistants français qui «  bombaient » les occupants allemands ?

 Idéologisation du racisme, colonisation et Shoah

Le XIXĂšme siĂšcle a Ă©tĂ© celui d’une colonisation africaine massivement meurtriĂšre, prĂ©lude Ă  la Shoah.

C’est Ă  partir de ces thĂ©ories racialistes du XIXe siĂšcle qu’Hitler a « crĂ©Ă© » la race aryenne « supĂ©rieure » et la race juive « infĂ©rieure ». Puisque d’aprĂšs Gobineau, « la chute des civilisations est due Ă  une dĂ©gĂ©nĂ©rescence de la race, ce pourrissement Ă©tant causĂ© par un sang mĂȘlĂ©. Cela implique que dans tout mĂ©lange la race infĂ©rieure est dominante », il fallait empĂȘcher qu’une seule goutte du sang des juifs ne souille le sang des aryens. Pour ĂȘtre sĂ»r de reconnaĂźtre le Juif europĂ©en qui avait le malheur d’ĂȘtre blanc, il a Ă©tĂ© marquĂ©, non pas d’un disque de mĂ©tal comme le Herero, mais d’une Ă©toile jaune. Une fois identifiĂ©s, pas d’autre solution que finale pour exterminer les Juifs, les Ă©radiquer du sol allemand et europĂ©en, avec la collaboration plus ou moins active des pays occidentaux, dont la France.

 Pourquoi donc cette indulgence coupable de la part des pays occidentaux ?

Pour les mĂȘmes raisons qui ont motivĂ© la colonisation : au nom du capitalisme.

À l’époque, il s’agissait de lutter contre son grand ennemi, le communisme. Et si pour lutter contre le communisme, l’Allemagne nazie devait au passage exterminer une population pogromisĂ©e depuis des siĂšcles, soit, c’était le prix Ă  payer. N’est-ce pas Churchill [10] qui Ă©crivait en 1920 qu’« il n’y a pas de raison d’exagĂ©rer la part jouĂ©e dans la crĂ©ation du Bolchevisme et l’apport rĂ©el Ă  la RĂ©volution Russe par ces Juifs internationaux et pour la plupart, athĂ©es. Elle est certainement trĂšs grande ; elle dĂ©passe probablement en importance toutes les autres. À l’exception notable de LĂ©nine, la majoritĂ© des personnages dirigeants sont des Juifs. Plus encore, l’inspiration principale et le pouvoir dirigeant viennent des dirigeants juifs. ».

 

Pour dĂ©tourner les masses populaires du communisme qui « menaçait » le systĂšme capitaliste dans une Allemagne humiliĂ©e par le TraitĂ© de Versailles de 1918, saignĂ©e par les rĂ©parations qu’elle devait payer Ă  la France (qui les a reçues jusqu’en 2010), rongĂ©e par le chĂŽmage et la crise, Hitler, autrichien fraĂźchement naturalisĂ© allemand en 1932, est appelĂ© en janvier 1933 pour former un gouvernement de coalition de droite, soutenu par la classe dirigeante allemande.

La machine infernale est officiellement lancée.

Si Hitler Ă©tait nĂ© allemand, l’Histoire de l’Allemagne aurait-elle diffĂ©rente ?

Quelle que soit la rĂ©ponse que l’on ne connaĂźtra jamais, ce qui est certain, c’est qu’Hitler, le monstre, n’a inventĂ© ni le gĂ©nocide, ni le totalitarisme, qu’il a reproduit en Allemagne en les perfectionnant les mĂ©thodes utilisĂ©es dans les colonies pour soumettre les populations rebelles Ă  la colonisation.

 

Ainsi que le souligna Hanna Arendt [11], « les possessions coloniales africaines offraient le sol le plus fertile Ă  l’épanouissement de ce qui devait devenir l’élite nazie. Les dirigeants nazis avaient vu lĂ , de leurs propres yeux, comment un peuple pouvait ĂȘtre transformĂ© en race et comment, Ă  la seule condition de prendre l’initiative du processus, chacun pouvait Ă©lever son propre peuple au rang de race maĂźtresse [12] ».

Pas Ă©tonnant que publiĂ© aux États-Unis en 1951, son livre ne soit paru en France qu’en 1972.

AprĂšs elle, AimĂ© CĂ©saire [13] Ă©crira que ce que l’Europe n’a pas pardonnĂ© Ă  Hitler, « ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliquĂ© Ă  l’Europe des procĂ©dĂ©s colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’AlgĂ©rie, les coolies de l’Inde et les nĂšgres d’Afrique », car avant d’ĂȘtre victimes du nazisme « on a fermĂ© l’Ɠil lĂ -dessus, on l’a lĂ©gitimĂ©, parce que, jusque-lĂ , il ne s’Ă©tait appliquĂ© qu’Ă  des peuples non europĂ©ens».

En 2005, dans son livre consacrĂ© Ă  la colonisation de l’AlgĂ©rie, l’historien Olivier Le Cour Grandmaison [14] a confirmĂ© les liens entre violences coloniales, violences sociopolitiques europĂ©ennes et violences totalitaires nazies, notamment par l’usage de procĂ©dĂ©s dĂ©shumanisants pour dominer des peuples diffĂ©rents.

Aujourd’hui, il est question de « constitutionnaliser » la dĂ©chĂ©ance de la nationalitĂ© et l’état d’urgence, tous deux issus de la colonisation, et non du nazisme ou de Vichy.

Le passĂ© n’est pas mort, il trace l’origine. Renier cette origine ravage notre prĂ©sent et obstrue notre avenir.

 

Une France amnésique, non comptable de son passé

Le « gĂ©nocide » (le mot est officialisĂ© avec la Shoah mais l’acte lui est bien antĂ©rieur) des Juifs a Ă©tĂ© reconnu et a fait l’objet de rĂ©parations, mĂȘme s’il est impossible de « rĂ©parer » une telle horreur.

La France, elle, a pris son temps pour reconnaĂźtre sa collaboration active dans la Shoah.

Le 12 septembre 1994, en Ă©voquant l’implication de l’État français dans la solution finale, le prĂ©sident François Mitterrand dĂ©clarait : « La RĂ©publique n’a rien Ă  voir avec cela et j’estime, moi, en mon Ăąme et conscience, que la France non plus n’en est pas responsable ; que ce sont des minoritĂ©s activistes, qui ont saisi l’occasion de la dĂ©faite pour s’emparer du pouvoir, qui sont comptables de ces crimes-lĂ . Pas la RĂ©publique, pas la France ! Donc, je ne ferai pas d’excuses au nom de la France. »

L’historien amĂ©ricain Tony Judt avouait alors son trouble devant « la guerre agitĂ©e que la France mĂšne avec son passĂ© ».

Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac, prĂ©sident de la RĂ©publique, bousculera un demi-siĂšcle d’amnĂ©sie française en reconnaissant enfin que «  la folie criminelle de l’occupant a Ă©tĂ©, chacun le sait, secondĂ©e par des Français, secondĂ©e par l’État français. Manquant Ă  sa parole, la France livrait ses protĂ©gĂ©s Ă  leurs bourreaux. Nous conservons [Ă  l’Ă©gard des dĂ©portĂ©s juifs de France] une dette imprescriptible. »

Mais la France refuse toujours de reconnaßtre les crimes commis pendant la colonisation, crimes qui ont pourtant servi de référence à Hitler.

Dans son fameux discours de Dakar de juillet 2007, le prĂ©sident Nicolas Sarkozy n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  affirmer que « nul ne peut demander aux gĂ©nĂ©rations d’aujourd’hui d’expier ce crime perpĂ©trĂ© par les gĂ©nĂ©rations passĂ©es. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pĂšres.».

 

Ce n’est pas l’avis du prĂ©sident allemand, Joachim Gauck, qui, en mars 2014, lors de sa visite du village grec martyr de Liguiades, a trĂšs officiellement demandĂ© « pardon » aux familles des victimes pour le massacre le 3 octobre 1943 par les nazis de 92 habitants du village dont 34 enfants.

Ni celui des banques amĂ©ricaines JP Morgan Chase et Bank of America, qui proposent dĂ©sormais des bourses d’études aux jeunes des ghettos de Chicago, en rĂ©paration de leur implication active dans l’esclavagisme dont les consĂ©quences se rĂ©percutent encore aujourd’hui.

Reconnaissance et rĂ©parations qui, en regard des crimes commis ne peuvent qu’ĂȘtre symboliques, sont un prĂ©alable indispensable Ă  un avenir pacifiĂ©, Ă  une fabrication d’identitĂ©.

Ce qu’écrivait Benjamin Stora dans un article paru dans Le Monde [15] en 2012, au sujet de la guerre d’AlgĂ©rie est plus que jamais d’actualitĂ© : « les jeunes gĂ©nĂ©rations Ă©prouvent le besoin de s’inscrire dans une gĂ©nĂ©alogie, une filiation, de savoir quelle a Ă©tĂ© l’attitude du pĂšre ou du grand-pĂšre dans cette guerre. Cette situation-lĂ  s’observe dans la jeunesse française avec les enfants d’appelĂ©s, d’immigrĂ©s ou de harkis qui publient des livres de tĂ©moignages, d’interrogations. La visite de l’histoire, et des guerres de dĂ©colonisation, apparaĂźt alors comme une activitĂ© de fabrication d’identitĂ©.».

La dĂ©chĂ©ance de la nationalitĂ© de binationaux revient Ă  dĂ©finir deux catĂ©gories de citoyens, Ă  faire subir aux enfants le traumatisme d’une Histoire non soldĂ©e et dont ils ne sont pas responsables, Ă  leur faire payer une naissance dont, pas plus que le Corse ou le Malien, ils ne sont responsables. Ce n’est dĂ©jĂ  pas simple pour eux de construire leur identitĂ© dans un environnement hostile, que se passera-t’il demain, avec Le Pen aux portes du pouvoir dans une France en crise ? RĂ©surgence du fantasme d’une France pure qu’il faudra, Ă  son tour, nettoyer du sang impur qui la menace pour Ă©viter la chute de la civilisation française « due Ă  une dĂ©gĂ©nĂ©rescence de la race, ce pourrissement Ă©tant causĂ© par un sang mĂȘlĂ© » ?

 

Un président de la République française qui succÚde à un franco-hongrois, un président de la République française qui a nommé un premier ministre Espagnol naturalisé français, Manuel Valls, qui, plus royaliste que le roi, veut constitutionnaliser une citoyenneté française à deux vitesses.

Nous remarquons que le seul fait d’ĂȘtre blanc condamne les responsables politiques pas plus français de naissance que NiagalĂ© Bagayoko, Ă  un dĂ©ni d« origine », sans doute parce que contrairement aux autres français, eux sont issus de la cuisse de Jupiter et viennent de nulle part.

L’accusation « ennemi de l’intĂ©rieur » vise aujourd’hui des citoyens non blancs et musulmans, dont le faciĂšs, Ă©toile jaune naturelle, indique leur appartenance Ă  une « minoritĂ© ethnique ».

Avant elle, c’est la « race juive » minoritaire qui Ă©tait questionnĂ©e sur son appartenance Ă  la nation française car suspectĂ©e de « couver » des sionistes qui entreraient forcĂ©ment en guerre contre la France pour dĂ©fendre l’État d’IsraĂ«l. Cette peur de l’autre qui conduit au refus de la part en lui qui est diffĂ©rente n’est pas nouvelle. Elle montre les limites de la politique d’assimilation Ă  la française qui se rĂ©vĂšle ĂȘtre, en somme, la nĂ©gation de la part d’humanitĂ© en l’autre qui s’exprime diffĂ©remment, le contraire de la tolĂ©rance. Elle conduit Ă  la “bouc Ă©missairisation” d’une partie de la communautĂ© nationale, symbole sacrificiel d’une Nation en crise.

Zemmour, Finkelkraut et feu Glucksman, entre autres, qui n’hĂ©sitent pas Ă  dĂ©noncer l’antisĂ©mitisme en France, ont-ils reniĂ© leur part de judaĂŻtĂ© pour s’assimiler Ă  une France catholique ?

Eux qui reprennent des thĂšses dĂ©lirantes, qui nient vigoureusement le poids de l’Histoire qui pĂšse sur ces enfants d’immigrĂ©s venus des anciennes colonies françaises, ghettoĂŻsĂ©s dans des bidonvilles, puis dans des foyers, pour finir en famille dans des barres HLM expulsĂ©es aux frontiĂšres de la rĂ©publique, le chĂŽmage et la prison qui leur font les yeux plus doux qu’aux autres, la dĂ©chirure de ne plus ĂȘtre de lĂ -bas et pas tout Ă  fait de France, dans la radicalisation d’une certaine jeunesse, pas que « d’origine » d’ailleurs, interdite de rĂȘver Ă  un avenir en France. Qu’ils soient aujourd’hui les chantres d’une civilisation française menacĂ©e par l’Islam est assez « perplexant ». Qu’ils transposent en France, Ă  leur tour, une guerre qui se joue ailleurs, n’est pas digne des souffrances que leur peuple a endurĂ©es au cours de l’Histoire.

Pour mĂ©moire, nous leur rappellerons simplement que le Code Noir – Ă©dit sur la police des esclaves promulguĂ© en 1685 puis dans sa deuxiĂšme version en 1724 – dans son article 1 commence par enjoindre Ă  tous les officiers du roi « de chasser de nos dites Ăźles tous les juifs qui y ont Ă©tabli leur rĂ©sidence, auxquels, comme aux ennemis dĂ©clarĂ©s du nom chrĂ©tien, nous commandons d’en sortir dans trois mois Ă  compter du jour de la publication des prĂ©sentes, Ă  peine de confiscation de corps et de biens ». A l’époque, la France mise sur une hĂ©gĂ©monie sucriĂšre en Europe et atteindre ce but passe par la marchandisation de l’esclave puis sa chosification en tant qu’outil de production, mais aussi par la christianisation forcĂ©e des esclaves et l’expulsion des Juifs, puisque non chrĂ©tiens.

Dans un monde en crise qui cherche partout un responsable, sauf en lui-mĂȘme, il est commode aujourd’hui de dĂ©signer un mĂȘme ennemi commun bouc Ă©missaire, le Musulman terroriste qui remplace aujourd’hui le Juif errant qui, il n’y a pas si longtemps, Ă©tait accusĂ© de tous les malheurs du monde. Hanna Arendt Ă©crivait dĂ©jĂ  en 1952 que « Le danger mortel pour la civilisation n’est plus dĂ©sormais un danger qui viendrait de l’extĂ©rieur. La nature a Ă©tĂ© maĂźtrisĂ©e et il n’est plus de barbares pour tenter de dĂ©truire ce qu’ils ne peuvent comprendre, comme les Mongols menacĂšrent l’Europe pendant des siĂšcles. MĂȘme l’apparition des gouvernements totalitaires est un phĂ©nomĂšne situĂ© Ă  l’intĂ©rieur, et non Ă  l’extĂ©rieur, de notre civilisation. Le danger est qu’une civilisation globale, coordonnĂ©e Ă  l’échelle universelle, se mette un jour Ă  produire des barbares nĂ©s de son propre sein, Ă  force d’avoir imposĂ© Ă  des millions de gens des conditions de vie qui en dĂ©pit des apparences, sont les conditions de vie de sauvages [16] ».

Nous y sommes.

Attendu que de reconnaissance de ses crimes commis en Afrique par la France, il ne faut pas attendre ;

Attendu que la Constitution française sera opportunĂ©ment rĂ©visĂ©e (et l’on crie au crime de lĂšse dĂ©mocratie quand nos Bananias tropicaux rĂ©visent tout aussi opportunĂ©ment leur Constitution copiĂ©e collĂ©e, Ă  leur avantage exclusif ) pour y inclure la dĂ©chĂ©ance de la nationalitĂ© et l’État d’urgence ;

Est-il question de profiter de cette rĂ©vision pour retirer de l’Article 1 le mot « race » ? Je ne maĂźtrise sans doute pas trĂšs bien la langue française, mais il me semble qu’aujourd’hui, le mot « origine » renvoie de facto Ă  la « race » et Ă  tout ce qui, dans l’entendement des uns et des autres rendraient le maintien du mot « race » vidĂ© de sa substance scientifique nĂ©cessaire Ă  la hiĂ©rarchisation des individus au sein d’une mĂȘme espĂšce humaine.

 

Oui Madame Bagayoko, les Français sont racistes parce que, comme vous, ils ont appris Ă  l’ĂȘtre Ă  l’école : les bons blancs partis civiliser les sauvages de nĂšgres, de bougnoules, de niakouĂ©s, les bienfaits de la colonisation, les horreurs de la guerre d’AlgĂ©rie perpĂ©trĂ©s par les AlgĂ©riens Ă©videmment, etc. Comme vous, ils ne voient que des tapeurs de ballons, des chanteurs, ou des balayeurs. Comme vous, ils ne voient du pays de leurs pĂšres dans leurs mĂ©dia que des images de misĂšre, de guerre dont jamais on ne vous explique l’origine. Que les Français veuillent vivre dans le mythe d’une France blanche et chrĂ©tienne et continuent Ă  nier une histoire qu’ils ont eux-mĂȘmes Ă©crite, soit. Mais obliger les enfants d’immigrĂ©s Ă  porter un regard dĂ©gradant sur leurs parents et leur pays d’origine ne peut que contribuer Ă  alimenter la haine de soi et donc de l‘autre.

 

Je vous invite Ă  venir dĂ©couvrir le pays de votre pĂšre autrement qu’à travers le regard de la France. Vous y rencontrerez des ĂȘtres aussi humains que vous et avec un peu de chance, vous comprendrez d’oĂč vous venez et vous pourrez construire votre propre identitĂ© sans mĂ©priser une partie de vous.

 

AĂŻda DIAGNE

aidah.diagne@

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4 COMMENTAIRES

  1. TrĂšs bel article et qui on ne peut plus claire et en plus documentĂ© ! Bravo ma soeur … aprĂšs plus de 50 ans d’indĂ©pendance il est temps que les relations entre l’ Afrique et le reste du monde soientbeaucoup plus respectueuses que dans le passĂ©. Et cela passe nĂ©cessairement par le dĂ©veloppement de notre esprit critique dans nos relations avec la France, l’ Europe et tout le reste. N’en dĂ©plaise Ă  certains..Si dire que cet article est intĂ©ressant est con alors je me dĂ©lecte allĂšgrement dans la connerie.

  2. ” le premier ministre français, Manuel Valls, s’est contorsionnĂ© l’esprit pour justifier la dĂ©cision du prĂ©sident de la RĂ©publique française, de dĂ©choir de leur nationalitĂ© les terroristes binationaux. Quand on a dĂ©cidĂ© de tuer et de mourir, c’est sĂ»r que cela fera la diffĂ©rence. Un invitĂ© humoriste l’a, en tant que citoyen, pris Ă  partie sur l’inefficacitĂ© « technique » d’une telle mesure.”

    J’ignore qui est cette Aida sortie tout droit de nulle part, mais ce dont je suis sĂ»r, c’est que son degrĂ© de d’imbĂ©cilitĂ© et de manipulation atteint des sommets! 😯 😯 😯 🙄 🙄 (et vu le nombre faramineux de cons que nous avons (hĂ©las!) en circulation, je suis d’ores et dĂ©jĂ  CERTAIN que son baratin dĂ©magogue va faire un triomphe!!!!! :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: )

    Etant moi-mĂȘme en France oĂč ce dĂ©bat sur la dĂ©chĂ©ance de nationalitĂ© fait rage, je peux attester que cette idiote dĂ©magogue est en train de manipuler les esprits simples: UN, Valls ne s’est jamais “contorsionnĂ© l’esprit” pour expliquer cette mesure, et DEUX, il n’a jamais Ă©tĂ© question pour le gouvernement Français d’en attendre la moindre “efficacitĂ© technique”, puisque ce mĂȘme Valls s’est tuĂ© Ă  rĂ©pĂ©ter sur les tons qu’il s’agissait lĂ  d’une mesure…………….PUREMENT SYMBOLIQUE! 🙄 🙄 🙄 🙄 🙄

    Et tous les Maliens vivant comme moi en France peuvent en attester! 8) 8) 8) 8) 8) 8) 8)

    Bref, des tas et des tas de conneries accumulĂ©es dans un mĂȘme article kilomĂ©trique, juste pour “exprimer” cette vieille haine primaire et viscĂ©rale”anti France”, si chĂšre Ă  nos simples d’esprit! :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:

    Sister Diagne, publies-nous plutĂŽt la recette du thiĂšp ou du yassa, tu seras peut-ĂȘtre moins nulle, qui sait? 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆

    PS: Par ailleurs, tu n’impressionneras plus personne sur ce forum en nous infligeant un papier plus long que la bible et le coran rĂ©unis! 😆 😆 😆 Pour ça NOUS AVONS DEJA NOTRE KOUMBA SACKO NATIONALE! 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆

    Houbien? 😛

    • TourĂ© A
      “Bel article” 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆

      J’en Ă©tais sĂ»r! 😆 😆 😆 😆

      Je l’avais bien dit un peu plus haut! 😆 😆 😆

      Ce type de papier doit fatalement et forcĂ©ment faire un triomphe… AUPRES DES CONS de ce forum! :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:

      Et en matiĂšre de CONS sur ce forum, je t’ai dĂ©jĂ  dit plusieurs fois, mon cher TourĂ© A, que tu figurais sans aucun doute parmi parmi le TOP 10! 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆

      Et pourtant, Dieu sait qu’en matiĂšre de connerie, la concurrence est rude sur Maliweb! 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆

      Houbien? 😛

      I TourĂ©. 😀 😆

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