Bassary Touré de la BOAD: «Il faut désenclaver l’Afrique»

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Bassary Touré de la BOAD: «Il faut désenclaver l’Afrique»
Bassary Touré.
lesrencontreseconomiques.fr

Les rencontres économiques d’Aix-en-Provence, c’est depuis vendredi 4 juillet et jusqu’à ce dimanche. Un rendez-vous annuel où les décideurs et les chercheurs débattent des grandes questions économiques du moment. Le vice-président de la BOAD, la Banque ouest-africaine de développement, le Malien Bassary Touré, était l’une des personnalités invitées pour débattre des investissements dans le secteur des infrastructures. Il vient d’être renouvelé à son poste, l’occasion de faire le point avec lui sur les priorités de la Boad, qui est un peu le bras armé des investissements pour l’Afrique de l’Ouest.

Bassary Touré : La priorité de notre nouveau mandat, le président de la BOAD Christian Adovelande et moi-même, sont les secteurs comme le développement rural bien entendu, les infrastructures, les nouvelles technologies, l’environnement, mais j’insisterai plus particulièrement sur le secteur des infrastructures. Le « new-deal » pour nous, c’est que l’Afrique arrive à avoir des taux de croissance à deux chiffres. Et c’est avec les infrastructures qu’on va les avoir. Sans infrastructures, nous avons des taux de croissance de 5 à 6%. Imaginez un peu ce que ce serait si nous avions les infrastructures qu’il faut.

RFI : Comment fait-on pour accélérer cette croissance ?

La BOAD injecte naturellement des financements et le plus souvent, en relation avec d’autres partenaires au développement et avec les Etats. Donc de cette façon-là, nous pensons pouvoir atteindre nos objectifs. Par exemple, je prends la boucle ferroviaire en Afrique de l’Ouest, je prends les autoroutes en Afrique de l’Ouest : l’aménagement des ports et l’amélioration des transports aériens, toutes choses vont nous permettre vraiment d’atteindre cet objectif.

Qu’est-ce qui est le plus dur, trouver de l’argent pour financer ces infrastructures ou bien monter les projets ?

Personnellement je pense qu’il faut d’abord simplifier les réglementations. C’est peut-être la chose la plus évidente, apparemment la plus facile, mais qui s’avère être la plus compliquée. Une bonne réglementation, c’est déjà un financement.

Un exemple ?

Par exemple, la passation des marchés publics : vous avez la lourdeur de la fiscalité. Le foncier : vous voulez avoir un titre foncier et il faut courir derrière pendant je ne sais pas combien de temps. Et tout cela, c’est de l’argent perdu.

Que voulez-vous dire quand vous dites que l’aide publique au développement, ça ne marche pas et qu’il faut sortir de ce schéma ?

Je ne dirais pas que ça ne marche pas. Je dis que c’est en voie de tarissement. Il n’y en a plus. Les grands pays ont des problèmes, ils n’ont plus beaucoup de ressources à donner. Donc il faut faire autrement.

C’est pour cela qu’il faut avoir un peu d’imagination ?

Absolument. Il faut avoir de la créativité. Il faut trouver de nouveaux schémas. Ça veut dire approfondir déjà le marché financier et sous-régional, les ressources nationales, les ressources domestiques, compter beaucoup sur ça. Mais être innovants. Par exemple, arriver à canaliser les transferts des travailleurs immigrés, c’est quelque chose qui peut être extrêmement important. Et il y a aussi d’autres créneaux comme les ressources des compagnies d’assurance, des compagnies de sécurité sociale, ou encore les fonds de pension, autant d’éléments qui n’ont pas été suffisamment exploités avant. A cela, il faut compter le partenariat avec d’autres partenaires, par exemple les Brics [groupe des 5 pays émergents Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, ndlr] qui sont des nouveaux partenaires qui ont quand même des moyens, et qui nous permettent d’aller de l’avant.

Pensez-vous à la Chine ?

La Chine évidemment. Elle s’investit beaucoup dans le développement du continent africain, mais il y a aussi l’Inde, le Brésil, la Turquie, la Russie et tous les autres pays. Nous pouvons aller de l’avant avec tous ces pays-là.

Est-ce que les partenariats publics-privés sont pour vous une alternative intéressante ? Ils sont de plus en plus critiqués en Europe.

Oui, peut-être. Ce que devrait faire l’Afrique, c’est tirer les bonnes et les mauvaises leçons de ce qui s’est passé en Europe. Mais manifestement, c’est un partage de financement, surtout un partage du risque et c’est une mutualisation du savoir-faire. C’est vraiment une bonne solution, c’est une alternative à la nationalisation. Et on a connu les nationalisations, elles n’ont pas marché, pas beaucoup. Les privatisations à outrance, on a vu un peu ce que ça nous donne. Dans tous les cas, il y a des projets prioritaires où il faut que l’Etat essaie de susciter l’intérêt du secteur privé.

Est-ce que vous avez des exemples ? Y a-t-il des projets en cours ?

Il y a les grandes infrastructures telles que la construction de ponts, en Côte d’Ivoire par exemple. Il y a le grand aéroport Blaise-Diagne qu’on est en train de faire au Sénégal. On a créé spécialement une direction, la Banque ouest-africaine de développement pour s’occuper de cela.

Quel est aujourd’hui le projet qui vous tient le plus à cœur ?

Si je parle avec mes tripes, je vous dirais qu’il vous faut faire une Transsaharienne ou une Transsahélienne, qu’il faut faire une boucle ferroviaire depuis Dakar jusqu’à Lagos, il faut faire un corridor qui va du Caire au Cap. Et je ne suis pas un idéaliste parce que la Transsibérienne (9 297 kilomètres), la Transcontinentale en Amérique, qui relie les deux océans (2 826 kilomètres), je n’invente rien. Je ne dis pas que c’est facile. Il faut complètement intégrer l’Afrique, désenclaver l’Afrique. C’est le prix pour que nous rattrapions les autres et que nous soyons totalement au même niveau que les autres.

Dominique Baillard

Par rfi.fr

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14 COMMENTAIRES

  1. Bassary Toure’ sait la realite’! Il n’est pas con, il sait le marche’ mondiale dans lequel nous operons. Il connait la distribution des roles!
    QUAND VOUS N’ETES PAS INDEPENDANTS FINANCIEREMENT ET VOUS DEPENDEZ DES AUTRES POUR BOUCLER VOS DEFICITS BUDGETAIRES, VOUS ETES OBLIGE’S DE FAIRE CE QU’ILS VEULENT!
    NOUS POUVONS CONTINUER A’ REPETER LES GROS MOTS ET APRES?
    VOUS POUVEZ PRENDRE DES DETTES COLOSSALES POUR CONSTRUIRE DES INSFRASTRUCTURES QUE VOUS DONNEREZ AUX AUTRES QUI VOUS LES LOUERONT ET/OU QUI VOUS FERONT PAYER LE PRIX FORT POUR LES UTILISER!
    QUI EST PROPRIETAIRE DU CHEMIN DE FER DAKAR-BAMAKO? QUI GERE SENOU? VOULEZ-VOUS QUE JE PARLE DES 1000 AUTRES GRANDES COMPAGNIES QUE VOUS AVEZ SAUVAGEMENT VENDUES SOUS L’ANGLE DES PRIVATISATIONS SAUVAGES. MEMES NOS MEILLEURES TERRES AGRICOLES SONT ENTRAIN D’ETRE VENDUES!
    BASSARI DOIT NOUS LAISSER RESPIRER! FIRST THINGS FIRST!
    SI ON VA PRENDRE DES MILLIARDS DE DOLLARS DE DETTES POUR CONSTRUIRE DES INFRASTRUCTURES, PERSONNE NE DOIT LES VENDRE!

  2. Lasstuss, nfp et Madou, j’ai eu la chance de sillonner des annees maintenant les capitales africaines et de participer a des multiples reunions regionales/continentales de l’UA et sommets DEVOS-Africa, Afrique-BRICS, Afrique-Bresil, Afrique-Chine ou Afrique-Inde etc. aussi au Commonwealth et sommets ACP-UE et ma conclusion est que Toure a raison si nous ne desenclavons pas notre Afrique nous n’allons pas nous developpes. Pour nfp le cafe que je bois le matin doit quitter la CI pour la Belgique pour etre conditionne et m’etre vendu sur place a Kinshasa. Si tu as les infos, tu sauras que la Chine au dernier sommet sur le developpement de l’Afrique tenu a Abuja a dit etre prete d’aider l’Afrique avec un TGV pour relier Dakar, Bko, Ouaga, Abidjan, Accra, Lome, Cotonou, Abuja, Yaounde, Libreville, Brazza, Kinshasa, Luanda, Lusaka, Gaberone, etc. Cape Town. L’Afrique produit beaucoup a nous de les transformer ici-meme, de creer un marche interieur africain et faire circuler nos biens,

    • Oui la disponibilité de la Chine est à saluer. Simplement, soyons conscients que produire plus ne se solde pas mécaniquement par l’amélioration des conditions de vie de tous. Réfléchissons sérieusement à ce qui se passe sous nos yeux, dans le Nigeria actuel. Tirons, sans complaisance, tous les enseignements. Il paraît que l’économie nigériane dépasse désormais celle de l’Afrique du Sud. Et au même moment la violence, au Nigeria, atteind des sommets jamais égalés.

      Et si le Nigeria d’aujourd’hui nous renvoyait simplement l’image de demain de la plupart des pays africains. Peut être qu’il n’est pas trop tard pour mieux réfléchir à notre futur commun. Il vaut mieux prévenir que guérir.

  3. flûte alors …
    j’habite à moins de 15 km d’aix-en-provence et j’ai raté ça …

    plus sérieusement, deux problèmes :
    un : les brics sont en train de ralentir assez sérieusement, en tout cas de manière assez inquiétante

    deux : dans la ville ou j’habite on a un campus universitaire avec pas mal d’étudiants étranger … dont des étudiants africains (tous très sympa) … le problème est qu’ils sont en général pas très chaud pour retourner en afrique après leurs études …

    … big big big problème

    • Frangin c’est parcequ’ils ont tous à l’esprit qu’ils doivent être des bureaucrates. On doit cultiver l’auto entrprenariat à grande échelle en Afrique……. La jeunesse doit savoir qu’il y a une mine d’opportunités dans ce continent vierge …………

      • Pas necessairement! Plusieurs causes existent!
        J’ai beneficie’ d’une bourse americaine pour faire des etudes superieures et revenir servir l’Afrique.
        IBK a fait plus de 20 ans en France. Alpha Conde’ a fait pres de 40 ans au pays de coco. POURQUOI? IL faut probablement chercher les raisons de nos comportement dans le manque des opportunite’s, le non respect des droits de l’Homme, l’oppression politique, l’existence des opportunite’s dans le pays adoptif et une bonne adaptation a’ notre nouveau milieu!
        Nous voulons aider nos pays et nous ne les oublions jamais.
        Donnez des opportunite’s aux cadres africains de la diaspora. Je suis sure qu’ils sont prets a’ revenir pour aider au developpement de leurs pays.
        Just think about this: UN IDIOT QUI NE CONNAIT RIEN SE TROUVE AU SOMMET. TU AS MILLE DIPLOMES PROFESSIONNELS POUR AIDER PLUS QUE L’EXPERT ETRANGER! L’IDIOT DU SOMMET NE VOIT JAMAIS CE QUE TU PEUX FAIRE. POUR LUI SI TU TRAVAILLES, C’EST UNE FAVEUR QU’IL TE FAIT! JUST THINK ABOUT IT!!!

  4. C’est extraordinaire. Aucune proposition sur les conditions environnementales et sociales de cette croissance. Oui M. Touré est un banquier! À force de continuer à séparer les principales composantes d’une même réalité ces genres de raisonnements risquent de contribuer à accentuer les maux actuels : exclusions, inégalités croissantes, violences, etc.
    Tenez, on s’intéresse par exemple à l’argent des émigrés mais pas aux émigrés. C’est extraordinaire.

    L’article est loin d’être suffisant. M. Touré pourra-t-il nous éclairer un peu plus en nous présentant un texte mieux équilibré ?

    Ne confondons pas croissance et développement.

    • Je pense pas qu’il y a confusion entre croissance et developpement et ce dont vous parlez est un developpement inclusif qui prend en compte tous les elements importants pour un developpement durable, un ideal que Toure n’ecarte pas du tout dans son propos, mais ce qui est clair c’est que si l’Afrique veut se developper elle doit etre desenclavee c’est le seul moyen de creer la veritable voie vers le developpement car c’est le seul moyen de faire circuler les biens. prosperer les echanges commerciaux interafricains et pouvoir fixer les prix d’achat de nos produits et sortir du cadre de producteurs de produits prremiers. Il faut que l’Afrique s’integre economiquement afin de sortir du sous-developpement et le meilleur moyen d’aboutir a ce reve c’est de sortir des echanges traditionnels Sud-Nord-Sud en poussant pour des echanges inter-africains pour sortir les africains de la pauvrete. C’est en creant un marche interne que la Chine, l’Afrique du Sud, le Bresil et l’Inde ont emerge.

      • Kinguiranke

        “C’est en creant un marche interne que la Chine, l’Afrique du Sud, le Bresil et l’Inde ont emerge”

        Oui, mais tous ces pays-là PRODUISAIENT et donc, pouvaient se le permettre (ce qui n’enlève rien à leur mérite!)

        Les pays d’afrique ne produisant quasiment aucun produit fini, avec quoi créer “un marché interne”? Pour satisfaire la consommation, nous sommes bien obligés d’IMPORTER des produits finis fabriqués hors d’afrique; Alors “faire prospérer les échanges commerciaux interafricains” moi je ne demande pas mieux, mais les échanges DE QUOI?

        • Ok…. mais dans un autre sens, le développement des infrastructures participe à la création d’un environnement économique favorable aux investissements privés, et donc à la privés et donc à la production………. ca fait partie du coctail!!!!!!!!!

          • Lasstuss

            “le développement des infrastructures participe à la création d’un environnement économique favorable aux investissements privés, et donc à la privés et donc à la production………”

            C’est vrai aussi!…

      • King et Madou, s’il faut aller en profondeur sur le theme croissance et developpement, on écrira tout un bouquin. Bassary a juste parler de l’impact que peut avoir le développement des infrastructures sur la croissance économique d’une part et de la mobilisation des ressources nationales d’autre part……..il n’est pas allé plus loin…….si vous souhaitez qu’il réponde à vos préoccupations accordez lui un entretien d’une journée!!!!!!!!!!

      • Kinguiranke,

        La nécessité du désenclavement n’est pas discutable. Ce qui me préoccupe c’est la course effrénée, à la méthode FMI, pour la croissance et au détriment de la majorité. Quels sont à mon avis les principaux maux africains qui méritent d’être prioritairement guéris : la détérioration de l’école dans de nombreux pays africains, l’inefficacité de la lutte contre la corruption, la multiplication du nombre des enfants de la rue, l’inégalité croissante, la montée des violences, le faible fonctionnement de l’Etat de droit, la déforestation. La liste n’est pas exhaustive. Si ces problèmes ne sont pas suffisamment pris en compte, je pense que la croissance recherchée à travers les désenclavements peut facilement se traduire aussi par la forte croissance des maux auxquels je fais allusion.
        Soyons lucides, réfléchissons davantage au modèle de société que les générations actuelles veulent léguer aux générations futures.

        Évitons le pilotage à vue et le mimétisme.

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