Cheick El Moctar Koné, un recteur aux étudiants maliens : “Laissez tomber l’ascenseur, empruntez l’escalier”

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Oubliez les sentiers battus, n’hésitez pas à prendre des nouvelles voies inexplorées.

Préférez la sueur du front à la sueur des fesses.

Apprenez souvent dans la douleur car la récompense sera le réconfort.

“Si vous empruntez le chemin de je m’en fous, vous vous retrouverez sûrement dans le village de si je savais”.

Ce que vous refusez d’apprendre dans le calme, vous tirerez les leçons de cette ignorance dans la douleur et le désarroi.

Assez souvent (au moins 90 %), les ruraux réussissent mieux leurs études que les citadins et cela reste valable pour leur carrière socioprofessionnelle.

Qu’est-ce qui explique cela selon vous ?

D’autant plus que 90 % des personnes estiment que : le plus important n’est pas ce qu’on connait mais qui on connait signifiant que sans piston les chances d’obtenir un emploi sous nos cieux s’amenuisent comme neige au soleil… Ce qui n’est pas toujours justifié d’ailleurs.

Cet après-midi du jeudi 26 mai 2022, j’ai été très ému de recevoir le message suivant d’une de mes anciennes étudiantes : “Bonjour monsieur Koné demain Inch ‘Allah je pars au Danemark puis en France pour une mission du boulot que j’ai eu grâce à vous merci beaucoup. Bonne journée”.

Pourtant, ce boulot de prime abord ne semblait pas reluisant, en effet, il y a deux ans un homme se présenta dans notre Institut à la recherche d’un stagiaire pour une ONG qui a fait de la lutte contre l’esclavage par ascendance dans la région de Kayes son cheval de bataille. Il leur fallait un gestionnaire, quel que soit le profil, mais le critère le plus pertinent, c’est que la personne parle soninké. Seules deux personnes répondaient au profil recherché.

Le premier, un Soninké bon teint ne s’intéressait pas du tout à cette problématique mais la dame qui finira par être retenue et qui faisait marketing & techniques de vente, était hésitante car ne voyait aucun lien entre sa formation et le travail dans une ONG qui de surcroit lutte contre l’esclavage au Mali. Par ailleurs, l’allure du recruteur de l’ONG était atypique et détonnait dans le paysage, car il n’était jamais en costume cravate comme à l’accoutumée dans pareil cas mais semblait sûr de son coup.

Bien que l’ONG soit située à Bamako, l’essentiel du travail se passe dans des villages à plus de 400 km de Bamako, la capitale malienne. Pour une citadine habituée au confort voire au luxe, le job était très harassant et était tout sauf une sinécure mais notre jeune dame accepta ce sacrifice sans broncher : exemple se laver à l’eau du puit, dormir sur un lit sans matelas, passer trois jours en tongs et pagne noué autour de la taille… Mais, c’est en forgeant qu’on devient forgeron, “Dôni dôni bi nô bô kobai la” la persévérance vient à bout de toute tâche. Voilà pourquoi, il y a trois mois, je croisais une Toyota 4×4 V8 rutilante au niveau de l’hôtel Olympe de Bamako, qui je vois assise à la place ministérielle… celle qui accepta de devenir petit avant de croitre.

La chose la plus logique car cela correspond à un cycle de vie normal, me diriez-vous!

Oui ! Mais c’est ce que la plupart de nos jeunes refusent en ce moment.

Quel est le rôle des parents dans tout ça ?

Quel est le rôle des éducateurs dans ce chagrin national ?

Quel est le rôle de l’Etat souverain dans tout ce chamboulement susceptible de saborder les fondements de toute nation ?

“L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde”, dixit Nelson Mandela si tel est le cas pourquoi pratiquer l’éducation de nos progénitures par procuration ? Laisser un tel secteur de souveraineté sans un regard inquisiteur pose un énorme problème à mon avis.

Cette problématique doit être débattue, sans tabou, à toutes échelles et les résultats publiés partout où besoin est car il fut un temps où les bailleurs de fonds ont tenté d’imposer leur point de vue en enseignant aux enfants maliens certaines normes des sociétés occidentales qui sont considérées ici comme hors norme.

A ce sujet, je me souviens avoir demandé à un conseiller technique du ministère de l’Education nationale, pourquoi continuer à enseigner l’allemand comme LV2 dans les lycées maliens alors que le besoin n’est pas là tandis que cette discipline s’autorise à faire échouer des milliers de jeunes au baccalauréat de TLL, pourquoi ne pas le remplacer par l’espagnol, voire le mandarin plus pertinent pour un pays qui aspire à l’émergence. Voici sa réponse : “Nous ne pouvons pas cracher sur l’aide bilatérale allemande dans le département”.

Donc nous nous sacrifions au plus offrant?

Cela suppose que si jamais l’Ouzbékistan mettait sur la table des milliards de dollars, nous contraindrions nos enfants à apprendre l’ouzbek ?

Par ailleurs, comment pouvez me convaincre qu’un jeune Africain débloque 4 millions de francs CFA pour offrir à des passeurs en vue de traverser la mer Méditerranée, par pirogue au risque de perdre sa vie. Quelle absurdité !

Une fois en Espagne, notre candidat à l’immigration se voit débarquer dans un champ de tomates pour se taper des jobs à la “Kunta Kinté” de 8 h à 18 h. Pourtant, avec un peu de créativité ce montant astronomique pouvait lui ouvrir la porte de son “paradis sur terre” par la voie royale de l’entrepreneuriat.

Tout le monde veut réussir et tout de suite.

Tout le monde veut être riche et tout de suite.  Tout le monde veut créer le buzz sur les réseaux sociaux d’une société sans fondement.

C’est cette bizarrerie qui pousse parfois notre jeunesse à commettre l’irréparable.

90 % de nos étudiants maliens veulent travailler à Orange-Mali ou dans des banques multinationales à l’image d’UBA, Banque Atlantique… car ces structures symbolisent pour eux l’AFB (Aisance-Fortune-Bonheur). Mais ce bonheur n’est jamais statique et c’est à chacun de nous de construire le sien sans fioritures tout en préservant sa dignité.

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