Tribune : Notre crise collective

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Chers compatriotes, je voudrais partager avec vous un extrait d’un livre “Les vertus de l’échec- Allary Éditions, 2016”. L’auteur, Charles Pépin, Ecrivain et Philosophe Français, dans ce passage, s’adresse à l’Europe occidentale en général et à la France en particulier. Le tableau qu’il dépeint ressemble fort curieusement à celui de notre Mali Ba d’aujourd’hui.

Un poète Allemand du nom de Hölderlin a dit ceci : “Dans le péril, croît aussi ce qui sauve”. Méditer ce ver de Hölderlin peut être utile en ce temps de crise politique, sociale, économique, et surtout “d’identité” que traverse notre pays. Notre système de représentation ne fonctionne plus : nous ne parvenons plus à nous représenter ce qu’est le Mali, nous n’avons plus confiance en nos représentants.

Chaque Président de la République bat le record d’impopularité de son prédécesseur et les partis politiques sont désertés par les militants. Bien souvent, il faut que nous soyons à l’étranger pour retrouver le sentiment d’être Malien. Même lorsque nous sommes victimes d’une attaque terroriste, nous ne sommes capables d’une véritable unité nationale que quelques jours.

Les crises collectives sont elles aussi des fenêtres qui s’ouvrent. Comme le suggère le ver de Hölderlin, elles dévoilent en même temps “le péril” et “ce qui sauve”. Voir le moment difficile que nous traversons simplement comme la fin de notre grandeur revient à méconnaitre cette vérité ambiguë de toute crise. Aveuglés par notre inquiétude, nous risquons d’oublier qu’une crise n’est davantage une fin qu’un commencement. Elle est toujours un basculement. Tourner nos yeux vers le passé en répétant “c’était mieux avant” nous empêche d’ausculter le cœur du péril et d’y voir surgir ce qui pourrait sauver.

Il nous faut, pour y parvenir, être pleinement attentif, ne surtout pas fuir la complexité du présent en se réfugiant dans un passé fantasmé, dans le ressassement ou le ressentiment. Si nous entendions vraiment le ver de Hölderlin, nous vivrions autrement cette crise : elle éveillerait notre curiosité au lieu d’encourager notre morosité. Nous irions à la fenêtre, inquiets face au péril, mais plein de la passion d’y découvrir la promesse d’une aube.

Se laisser amoindrir par la crispation identitaire en sombrant dans la peur, la déploration ou le repli, c’est se laisser contaminer par la tristesse. Tous ceux qui ne font que regretter notre puissance déchue et pleurer notre déclin sans fin voudraient nous emporter dans leurs passions tristes. Rien n’agace plus un esprit chagrin qu’une âme remplie d’espoir.

Comprendre qu’il puisse y avoir en même temps fin et début, défaite et promesse, tristesse et joie, n’est pas chose facile. Le propre d’une authentique politique est, pour Hannah Arendt, “d’ouvrir un temps nouveau”. Autrement, elle se confond avec une simple gestion des affaires courantes. Selon l’auteur de La Crise de la culture, la vertu politique par essence est la “vertu du commencement”.

Affrontons donc notre crise collective en osant demander : Qu’est ce qui commence ? Plus précisément : Qu’est ce qui commence d’intéressant ? Céder à la crispation réactionnaire, c’est fuir cette belle question, proprement politique, dans l’obsession d’une autre question : qu’est ce qui est perdu ? Cette dernière est peut-être, à l’origine, légitime. Elle cesse de l’être lorsqu’elle devient la seule question. La laisser effacer toutes les autres, c’est méconnaître en même temps la vertu de la crise et la beauté de la politique.

Mouroucoro Niaré

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