Économie malienne : Quelles perspectives économiques pour les régions du nord du Mali ?

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La ville de Ménaka, dans le nord du Mali. © Wikimedia Commons / Animali
La ville de Ménaka, dans le nord du Mali. © Wikimedia Commons / Animali

Quels sont les potentiels sur lesquels le Mali et son septentrion pourraient construire une stratégie inclusive de développement à long terme ? C’est l’une des principales questions à laquelle tente de répondre le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, CSAO. Bien vrai qu’il n’y a pas de Développement sans Paix et faisant, volontairement, abstraction des conséquences de la crise sécuritaire que connait le pays depuis 2012 et des enjeux de stabilisation, le CSAO fait une analyse des perspectives économiques pour les régions nord du Mali qui sont Tombouctou, Gao, Kidal, Ménaka et Taoudénit. 

 Pour cette plateforme, en décroissance depuis l’indépendance, la part du septentrion dans l’économie nationale est de l’ordre de 5 %, selon les statistiques de 2015. Cette tendance ne devrait pas s’inverser, car les potentiels de croissance sont plus importants dans la partie sud du pays.  Le Club indique qu’au niveau national, le septentrion n’est pas particulièrement désavantagé en termes de pauvreté et autres indicateurs sociaux, à l’exception de l’éducation et de l’accès à l’eau potable. Les crises alimentaires ne se limitent pas aux seules régions du nord, toutefois les populations de ces dernières sont très vulnérables aux conséquences de mauvaises récoltes et de déficits fourragers. Le commerce transsaharien, hors économie criminelle,  est une activité économique majeure qui témoigne de la vivacité de la vocation commerciale transsaharienne du septentrion alors que l’agriculture ne représente que 1,2 % des surfaces cultivées et 4,3 % de la production céréalière du Mali. Concentrée dans la région de Tombouctou, son avenir réside dans la maîtrise de l’eau. La construction du barrage de Taoussa pourrait en partie changer la donne. Dans la région de Tombouctou est également concentré l’essentiel des activités de pêche dont l’essor se heurte aux contraintes de l’enclavement.

Pour ce Rapport, le potentiel économique considérable de l’élevage est très mal valorisé.  Avec 45 % du cheptel ovin et caprin et 20 % du cheptel bovin du Mali, le septentrion ne compte que pour 1 à 2 % des abattages officiels dans le pays, alors que la demande ne cesse de croître. La filière cuirs et peaux et la filière  lait, sont sous-développées. L’élevage transhumant est le plus pratiqué. Donc, il est nécessaire de lui accorder une attention particulière. Outre son intérêt économique, il constitue une ligne de défense essentielle contre l’insécurité par l’occupation de l’espace. Le tourisme a joué un rôle significatif dans l’économie du nord. Il a aujourd’hui disparu du fait de la crise sécuritaire. Cependant, l’insécurité n’est que l’un des nombreux problèmes posés à un développement durable de ce secteur qui devra remédier à ses faiblesses structurelles, parmi lesquelles figure la faible qualité des infrastructures d’hébergement et des axes de transport.

Perspectives

Sur cet aspect, le Club du Sahel et de l’Afrique de l’ouest invite à accorder une attention particulière au fleuve Niger et à sa vallée. Lieu de vie et d’activité de l’immense majorité de la population, ce fleuve devrait faire l’objet d’un schéma intégré d’aménagement, de préservation et de développement de la boucle du Niger. Ce qui pourrait changer simultanément le désenclavement, la construction du barrage le désensablement, l’aménagement urbain, les services sociaux, l’agriculture, l’élevage, la pêche et autres.

Comment valoriser le potentiel commercial du septentrion malien ?

«Pourrait-on envisager que le commerce transsaharien retrouve la place et le rôle qui ont longtemps été les siens ? Qu’il redevienne un espace dynamique d’échanges vertueux entre l’Afrique de l’Ouest et le Maghreb ? »se pose-t-on comme question. Le CSAO trouve que cette hypothèse mérite de faire l’objet d’une réflexion prospective sur les potentiels de coopération économique entre l’Algérie et le Mali.

Une coopération transfrontalière dans le triangle

Ce Rapport note que Agadez, Gao, Tamanrasset pourraient constituer la «tête de pont» d’une coopération régionale plus poussée, en exploitant les ressources minières dans une optique d’intégration nationale et régionale.  Le calcaire et le phosphate du septentrion ont des débouchés potentiels importants sur le marché malien et africain. En se développant, ces deux filières semblent parées de toutes les vertus, à savoir, celle de créer de l’emploi et des revenus localement et celle de contribuer au développement du Mali et à son rayonnement économique en Afrique.

Derrière ces hypothèses se profilent deux convictions. D’abord, il est nécessaire que le septentrion redevienne un espace central et partagé qui n’est pas seulement le nord du Mali avec, au-dessus, le sud de l’Algérie, mais aussi le centre d’un ensemble macro régional allant de la méditerranée à l’atlantique. Ceci suppose un projet à long terme générationnel de coopération politique, économique et sécuritaire soutenue entre les deux rives du Sahara. Ensuite, il lui faut par conséquent devenir un espace connecté et fluide, intégré dans le Mali. Cette intégration territoriale est la condition première de son intégration sociale et économique.

Il importe de retenir enfin que le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) est une plateforme internationale de dialogue politique et d’analyses dédiée aux enjeux régionaux en Afrique de l’Ouest. Sa mission est d’accroître l’efficacité des politiques régionales et du soutien des partenaires dans l’espace commun et interdépendant constitué par les 17 pays de la CEDEAO, de l’UEMOA et du CILSS. Créé en 1976, il s’agit de la seule entité internationale exclusivement dédiée aux enjeux régionaux en Afrique de l’Ouest.

Dieudonné Tembely

tembely@journalinfosept.com

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