Edito : Compaoré cède, Wade persiste

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A Ouaga, Compaoré a eu  la main lourde contre les mutins en radiant plus d’un demi-millier d’hommes en tenue. Mais il aura eu la sagesse, en tout cas pour l’instant, de ne faire sauter le verrou constitutionnel limitant le nombre de mandats présidentiels.

Ce qui veut dire qu’il quittera le pouvoir dans quatre ans.  Dans le même temps, à Dakar, Wade a reconnu avoir sous-estimé sa rue qui a failli mettre le feu au pays, le 23 juin dernier, protestant contre ce qu’elle a perçu comme l’arrogance de trop. Mais le président octogénaire n’a pas cédé à la revendication de dire clairement qu’il n’est pas candidat en 2012. Au contraire, il en réclame le droit tout comme celui que la constitution lui confère d’organiser des élections anticipées. Surenchère plutôt que menace ?  Probablement.

Car, il faut vraiment aimer le poker pour prédire une victoire de Wade s’il convoque les électeurs demain ou les jours à venir. Mais les scrutins africains restent ce qu’ils sont : incertains. Deux certitudes cependant : qu’il rempile ou qu’il parte, Wade,  aujourd’hui obligé de canaliser la révolte ne pourra plus être que l’ombre de cet autre Wade, opposant historique et  iconique porteur d’espérance  triomphalement élu en 2000. Il n’a plus donc presque plus rien à gagner.  Au contraire, il pourrait tout perdre. 

Ensuite, l’Afrique que veut la jeunesse désemparée du continent, c’est aujourd’hui plus Ouaga où l’humilité a prévalu que Dakar où la démesure continue. Triste paradoxe car le président sénégalais, du haut de sa légitimité d’antan, fut un redoutable pourfendeur  de la démocratie kaki. Et étonnante leçon du jour: en 2011, Compaoré arrivé au pouvoir par un putsch tend plus l’oreille et respecte plus la constitution que Wade venu par les urnes mais faisant depuis, du texte fondamental de son pays, un manuscrit personnel retouché une dizaine de fois.
Adam Thiam

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