Éditorial. Minables et dramatiques manœuvres

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La situation au Mali est inquiétante à plus d’un titre. La crise politique à laquelle on assiste marque bien l’échec de la stratégie mise en place avec le soutien de la France et des pays de la Cédéao, l’organisme régional des pays d’Afrique de l’Ouest. En 2013, lorsque Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) avait été élu, un vent d’espoir avait soufflé sur ce pays en proie au djihadisme et aux dérives séparatistes. Le nouveau président avait promis la restauration du pays, la défense de son intégrité territoriale, une lutte sans merci autant contre les groupes islamistes armés que contre la gabegie financière et la corruption.

Las, sept ans plus tard, le constat est dramatique et le Mali est maintenant engagé dans une spirale qui pourrait provoquer le pire pour des populations qui sombrent toujours plus dans la misère. D’autant que certaines zones agricoles du pays sont maintenant le théâtre des affrontements. Loin d’être éradiqués, les djihadistes regagnent du terrain dans le nord et les groupes indépendantistes militarisés, longtemps soutenus par la France, sont loin d’être désarmés, gardant ainsi toutes leurs potentialités de nuisance. Ce qui marque les limites de l’engagement militaire français.

Une explication à cela : si de véritables réformes sociales et institutionnelles ne sont pas mises sur pied, si les Maliens ne perçoivent aucun signe qui pourrait leur redonner confiance dans le pouvoir central, il est illusoire de croire que seule la force des armes pourra donner un nouvel élan à ce pays. C’est bien ce que disent les milliers de manifestants qui, depuis des semaines maintenant, font valoir leurs revendications d’une vie meilleure et d’un ordre plus juste. Malheureusement, IBK s’enferme dans sa tour d’ivoire. Une attitude renforcée par ses pairs de la Cédéao, voire par Paris, qui, à la revendication populaire de démission, répondent par de minables mais dramatiques manœuvres. Qu’un imam wahhabite, Mahmoud Dicko, soit maintenant à la tête des manifestations, alors que l’opposant laïque numéro 1, Soumaïla Cissé, a été, lui, kidnappé par des groupes armés, ne doit sans doute rien au hasard. Mais l’avenir reste bien sombre pour les Maliens.

Pierre Barbancey 

JOURNAL L’HUMANITÉ (FRANCE) du mardi 4 Août 2020

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