Afrique noire : Quand les autorités de contrôle d’Etat ne servent qu’à amuser la galerie

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En Afrique noire, plus particulièrement en Afrique subsaharienne, à quoi peuvent bien servir les autorités supérieures de contrôle d’Etat mises en place par les princes gouvernants ? La réponse à cette question est connue du monde entier : à faire réaliser de temps en temps, par des fonctionnaires incorruptibles, des audits dans les institutions étatiques afin de lever des lièvres.

Une fois les gestionnaires de deniers publics sérieusement épinglés, les pouvoirs publics les ont désormais à l’œil. De ce fait, ils peuvent mieux les contrôler si un de ces quatre, ils venaient à commettre l’erreur de ne plus soutenir leurs projets de société et leurs programmes de gouvernement. L’important ici n’est pas qu’ils aient été reconnus coupables ou non. Il ne peut y avoir le moindre péril en la demeure !

Dont acte : les princes gouvernants tiennent à s’assurer qu’ils tiennent tous les prévaricateurs de l’économie nationale à l’œil. 24 heures sur 24. Et que ce faisant, même s’ils venaient à passer du côté de leurs adversaires politiques, ils ne peuvent et ne doivent, sous aucun prétexte, tenter d’inquiéter les apparatchiks du régime, au point de les empêcher de gouverner et de détourner également en rond !

SOUS NOS TROPIQUES, LES PRINCES GOUVERNANTS SONT COMME DES DEMI-DIEUX !

Du reste, ces thuriféraires du pouvoir central sont comme des demi-dieux. A cet égard, ils donnent la triste impression d’avoir droit de vie et de mort sur leurs concitoyens qu’ils manipulent à leur guise. Matin. Midi. Et soir. Quand l’envie les prend à n’importe quel moment de la journée d’organiser une conférence de presse, une marche, un meeting ou une cabale en vue de charger les adversaires politiques, les grands moyens de l’Etat sont mis en branle. Ipso facto. Avec la généreuse bénédiction de militants et de sympathisants hargneux prêts à croquer de l’adversaire (souvent assimilé à tort à un ennemi !)

Mais alors, attention, ce qui est valable pour certains manitous proches du pouvoir d’Etat l’est également pour certains ténors de l’opposition démocratique, des organisations patronales, syndicales, estudiantines et scolaires. Blanc bonnet, bonnet blanc ? Idem pour certains leaders d’opinion quasiment intouchables, à cause de leur pugnacité dans la lutte populaire, lutte leur ayant permis d’arracher bien de lauriers et de se faire une place au soleil (au sein de la faune politique notamment).

EN AFRIQUE, LES CONTRÔLEURS D’ÉTAT SONT COMME DES VENTILATEURS : ÇA BRASSE…

Cela se voit et se comprend aisément : les résultats d’audit engrangés par les différentes autorités de contrôle de gestion des ressources publiques ressemblent à s’y méprendre à de simples ventilateurs assourdissants : ça brasse ; ça brasse. Et quoi donc ? De l’air tantôt chaud, tantôt tiède, tantôt froid ! Tout, en fait n’est qu’une question de température du moment ainsi que de la qualité des princes gouvernants qui sont généralement les commanditaires des audits financiers dans les entreprises publiques et parapubliques.

Mais, on s’en doute fort bien, le bas peuple, les auditeurs et les audités le savent très bien. Si fait que très souvent, ils n’ont même pas besoin de recourir aux bons offices de leurs marabouts et de leurs féticheurs pour calmer la tempête. Dans bien des cas, ils sont loin d’avoir tord car ils savent, sur les doigts d’une main, qui peut faire quoi à qui dans ce milieu de calculateurs pourris jusqu’à la moelle sensés lutter contre la pourriture !

Aussi, les délinquants à col blanc restent-ils tranquilles, convaincus comme jamais encore que les pouvoirs publics auront beau les vilipender sur la place publique, rien n’y fera : ils finiront par les laisser tranquilles ! Comme pour pouvoir être tranquilles eux-mêmes ! Avant et après tout, l’argent, les biens meubles et immeubles qu’ils ont dissipés lors de leur passage à la tête des institutions républicaines appartiennent à de pauvres contribuables incapables de leur faire rendre gorge. Pis, ce sont autant de contribuables qui leur tendent régulièrement la main pour solliciter des aides sous diverses formes.

UNE JUSTICE AUX ORDRES ET CORROMPUE…

D’ailleurs, comment le petit peuple, peut-il obtenir qu’à la suite d’audits professionnels ayant fait ressortir de graves manquements dans la gestion de X ou Y, la justice – qui est elle-même corrompue ou démunie – puisse élucider un quelconque dossier ? Lorsqu’avec courage et abnégation, cette justice dit souvent le droit dans une affaire impliquant un gros bonnet, que ne voit-on pas généralement, peu de temps après le verdict ? Les “en-haut-de-en-haut” ne parviennent-ils pas à se soustraire à cette justice en récupérant le plus souvent les cautions jadis versées entre les mains de nos greffiers ?

Lorsque, par un habile revirement de situation, un ancien gestionnaire d’Etat ayant dissipé des centaines et des centaines de millions de nos francs, parvient à s’enrôler dans la grande famille du parti au pouvoir, qui peut oser le poursuivre de manière normale, le juger, le condamner et lui faire rembourser tout ou partie de l’argent volé ?

Lorsqu’un juge teigneux parvient à le faire, la peine encourue par le gestionnaire fautif, a-t-elle seulement la moindre chance d’être appliquée ? A l’instar du contrôleur d’Etat ayant fait consciencieusement son travail, ne finit-il pas lui-même par être la risée des délinquants à col blanc et de leurs mentors tapis dans l’ombre ?

Ironie du sort, tout pouvoir politique se croit obligé de mettre en place des autorités de contrôles de gestion des deniers publics. Des institutions budgétivores qui gagneraient à être très renforcées ou purement et simplement supprimées !

POUR OU CONTRE LA SUPPRESSION PURE ET SIMPLE DES INSTITUTIONS DE CONTRÔLE ?

Ces institutions de contrôle se ressemblent comme des gouttes d’eau : elles n’ont aucun pouvoir contraignant. Elles exercent de simples contrôles de gestion et transmettent les résultats de leurs travaux aux hommes politiques au pouvoir. Une fois les résultats des audits transmis aux gouvernants africains, des tris politiciens sont opérés. Une partie des audits est transmise à la justice pour suite à donner. L’autre partie est estampillée “Top Secret.”

Tant que les mis en cause ne commettront pas des imprudences susceptibles de gêner le pouvoir central, ils peuvent être sûrs, à 100%, qu’ils ne seront jamais inquiétés, encore moins sommés de rembourser l’argent du pauvre contribuable. A contrario, si, non contents d’avoir commis des impairs dans leur gestion, certains fonctionnaires et chefs de projet venaient à se comporter hors normes, ils pourraient faire l’objet de poursuites judiciaires et de harcèlements de tous genres.

En la matière, la grosse machine étatique se mettra en marche, s’acharnant de manière cruelle sur eux, avec pour objectif final de les humilier, de les écraser, de les réduire à néant, en leur imputant des détournements de deniers publics qui ne sont en réalité que de petites erreurs de gestion. En tout cas, en attendant que sous nos tropiques nous changions de mentalité et de comportement, c’est généralement ce qu’il nous est donné de vivre dans nos administrations publiques et parapubliques.

LE PEUPLE D’AFRIQUE SAIT TOUT MAIS RESTE IMPUISSANT…

Fort heureusement, le petit peuple d’Afrique n’a que trop compris : il s’agit d’un gros deal à la fois comique et sinistre entre hommes politiques (tous bords et obédiences confondus). Sinon, dans le fond, aucun de ces animateurs de la scène politique n’a intérêt à ce qu’un détourneur de deniers publics soit appréhendé, jugé, condamné dans les règles de l’art à rembourser au contribuable ce qu’il lui a volé ! Pour la bonne et simple raison que ça augure des lendemains très sombres pour les futurs gouvernants qui rêvent eux aussi, de piller les ressources publiques quand ils arriveront au pouvoir !

Et la vie dans tout ça ? Bien, elle continue… Cahi. Cahan ! Parce qu’un peu partout en Afrique, la loi du plus fort est toujours la meilleure !

Afrique tribune

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