Azaz Ag Loudagdag, à propos de la non-participation de l’opposition à la CEN : « IBK doit être souple. Il doit s’ouvrir aux autres. C’est lui le chef !»

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L’opposition a refusé de prendre le train de l’entente nationale au départ et n’est pas disposée à embarquer avant sa destination finale
L’opposition a refusé de prendre le train de l’entente nationale au départ et n’est pas disposée à embarquer avant sa destination finale

Coordinateur de nombreuses tribus nomades et touarègues, Azaz Ag Loudagdag est aussi le premier vice-président du Haut Conseil des Collectivités Territoriales. Dans cette interview qu’il nous accorde, il ne comprend pas pourquoi la CMA est hostile aux imaghads. Il pense aussi que l’armée malienne doit être présente à Kidal et appelle le chef de l’Etat à plus de flexibilité envers l’opposition, qui n’a pas pris part aux travaux de la conférence.

 

Le démarrage de la Conférence d’Entente Nationale n’a pas été facile. Quelle appréciation, l’honorable Azaz Ag fait-il de sa tenue ?

Azaz Ag Loudagdag : Il faut reconnaître que les interventions du président de la République et du Président de la commission préparatoire de la Conférence d’Entente Nationale, demandant aux compatriotes qui y étaient réticents de prendre le train à la gare où ils le peuvent, ont apaisé la tension. Et ceux qui n’étaient pas prêts à y embarquer devraient faire une analyse qui leur permettra de prendre le train en marche.

Le président de la République a donné des instructions pour que toutes les propositions soient prises en compte dans les documents qui seront rédigés. C’est ce qui a permis à la CMA de revenir. On est en train de démarcher l’opposition pour qu’elle revienne, elle aussi. Et nous pensons qu’au finish, beaucoup de gens vont rallier la conférence. Cela va porter son fruit.

En ce qui concerne la question de Kidal, c’est encore plus compliqué. Ce sont en effet deux grandes communautés qui ne s’entendent pas. Il s’agit de la communauté imghads et la communauté Ifoghas.

La communauté imghads est celle dont le maire et le député de la circonscription sont issus. Ils sont élus à Kidal, mais ne peuvent pas y mettre les pieds aujourd’hui. Ensuite, le Moc n’est pas en place. Les patrouilles mixtes ne sont pas en place. Les Fama ne sont pas à Kidal. Il faut que les Fama soient à Kidal que ce soit à travers les MOC, les patrouilles mixtes ou à travers l’armée malienne reconstituée.  Tant que l’armée n’y va pas, il n’y a pas d’Etat du Mali à Kidal. Et, pour qu’il y ait le Mali à Kidal, il faut qu’il y ait le drapeau malien à Kidal. Il faut qu’il y ait le gouverneur, il faut les services techniques, parce que c’est ce qui se passe. Il y a un travail à faire qui n’est pas fait. On ne peut pas s’entendre à Bamako ici alors qu’à Kidal on ne l’est pas. Si on le fait, c’est qu’on y a renoncé au profit de ceux qui y sont et qui l’occupent. Je pense qu’il y a des choses à régler, à revoir. Il faut positiver aussi ce que les gens sont en train de faire ici. Ne pas le balayer du revers de la main et dire qu’on n’est pas d’accord. Il faut accepter les choses qui se font ici et prendre ce qui peut s’offrir sur le terrain pour que tout s’arrange. C’est mon opinion là-dessus en tant qu’élu national, en tant que premier vice-président du HCCT et en tant que coordinateur de plus de cent tribus (les imghads et alliés (GATIA).

Vous l’avez-vous-même reconnu, l’accès à la ville de Kidal est impossible pour certains. Qu’en dites-vous ?

En réalité, le gouverneur est quelqu’un de neutre. Il ne s’affiche ni d’un côté ni de l’autre. Mais étant de la communauté imghad comme nous, les Ifoghas se méfient de lui. Ils ne l’acceptent pas à cent pour cent mais après des discussions, ils ont fini par accepter qu’il soit nommé Gouverneur. Ils continuent de se méfier de lui alors qu’il est le plus proche de les écouter. Son seul tort est qu’il veut faire revenir tout le monde dans le Mali, dans la République. C’est quelqu’un qui travaille à ça. Moi, je le connais.

Le gouverneur de Kidal est un très bon cadre malien. Un inspecteur des douanes du Mali. Il était jusqu’à il y a quelques jours secrétaire général du Ministère du commerce du Mali. C’est un cadre malien à cent pour cent. Je pense qu’ils ont intérêt à le laisser travailler car c’est le seul qui soit capable de faire ce travail de rapprochement entre la CMA et la Plateforme.

Et que dire de l’après mise en place des autorités intérimaires ?

Les autorités intérimaires ne sont pas opérationnelles. Leur opérationnalisation ne peut pas se faire dans la réalité que lorsque toutes les forces vives de la nation, c’est-à-dire, les Fama et le MOC (sic). Que le gouverneur soit protégé.

Je déplore la non-participation de l’opposition. Je n’en connais pas les raisons profondes. La non-participation de l’opposition politique malienne ? Je respecte leur point de vue et je pense qu’elle doit accepter de parler avec le gouvernement. S’entendre et revenir avec leurs doléances parce que leurs idées sont extrêmement importantes. Ce que l’opposition pense est extrêmement important. Il faut que ses représentants soient versés dans les commissions. Il faut que le gouvernement fasse tout pour les faire revenir à la table. Le gouvernement ne doit pas être rigide. Il doit être souple. IBK doit être souple. Il doit s’ouvrir aux autres. C’est lui le chef !

Propos recueillis par Boniface Dembélé

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