Semaine de l’Intégration Africaine 2019 : Interview le Délégué Général de la Délégation Générale à l’Intégration Africaine Monsieur Mohamed Ag AHMEDOU ‘’Nous allons jouer pleinement toute notre partition afin de faire de la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace CEDEAO une réalité tangible…’’

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Du 25 au 30 Mai dernier, le Mali est l’un des rares pays d’Afrique a organisé la Semaine de l’Intégration Africaine édition 2019 à travers son Ministère de l’Intégration Africaine à l’occasion de la journée commémorative de l’Unité Africaine décrétée par la commission de l’Union Africaine il y’a de cela 25 ans  et de la 44eme anniversaire de la création de la  Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO. Durant cette semaine, le Mali fidèle à son serment à tout mettre en œuvre pour la réalisation de l’Unité africaine et aussi comme le prévoit dans sa Constitution un abandon total ou partiel de sa souveraineté pour la réalisation de l’Unité africaine. C’est dans ce cadre d’intégration africaine que le Délégué Général de la Délégation Générale à l’Intégration Africaine Monsieur Mohamed Ag AHMEDOU, nous a accordé une interview exclusive sur sa structure, aussi de la Politique Nationale du Mali en matière d’intégration africaine et surtout de l’adoption du Protocole sur la libre circulation des personne de la CEDEAO, signé le 29 MAI 1979 qui a 40 ans d’existence et de son Schéma de Libéralisation des Echanges.

Maliweb.net -Pouvez-vous présenter brièvement votre service à nos lecteurs ?

Mohamed Ag AHMEDOU : Avec l’avènement de l’ère démocratique, au début de la décennie 1990, on avait assisté à un regain de volonté politique pour la poursuite de l’idéal panafricain qui s’est notamment manifesté par l’institution d’une Commission Nationale pour l’Intégration Africaine, créée par le Décret n°94-284/P-RM du 15 août 1994. Les prérogatives et missions de cette commission ont été révisées par le Décret n°00-195/P-RM du 19 avril 2000 pour mieux les adapter à l’environnement international et africain.

La Commission Nationale pour l’Intégration Africaine (CNIA) est une instance composée de représentants de tous les départements ministériels, de certaines institutions de la République, des Chambres consulaires, du Barreau, des syndicats et des organisations faîtières de la société civile ainsi que du secteur privé. Son organisation et ses modalités de fonctionnement sont fixées par l’Arrêté n°00-2909/PM-MIA du 27 octobre 2000.  Elle doit être consultée sur toutes les questions relatives à l’élaboration de la politique nationale en matière d’intégration Africaine. Elle peut émettre dans ce cadre des avis et recommandations à l’intention du Gouvernement. En particulier, elle :

-Prépare les mandats des délégations maliennes aux réunions des différentes organisations d’intégration sous-régionale et régionale.  Dans ce cadre, elle définit les positions nationales à adopter sur les questions inscrites à l’ordre du jour des différentes instances desdites organisations ;

-Est informée des conclusions des négociations relatives aux questions d’intégration sous-régionale et régionale ;

-Peut se saisir et peut être saisie de toute question d’intérêt national ayant rapport avec les questions d’intégration sous-régionale et régionale ;

-Organise, en vue de la promotion d’une culture de l’unité africaine, des concertations et manifestations avec les communautés africaines résidant au Mali,

-Assure le suivi et procède à l’évaluation périodique de l’exécution des engagements souscrits par le Mali dans le domaine de l’intégration sous-régionale et régionale et, le cas échéant, identifie les mesures correctives à mettre en œuvre ;

-Propose toutes mesures susceptibles d’accélérer le processus d’intégration africaine. La CNIA est essentiellement animée par un Secrétariat Général dirigé par un Délégué Général et qui comporte cinq départements techniques :

-Questions commerciales, douanières et économiques,

-Questions économiques et financières ;

-Etudes et projets ;

-Affaires juridiques et générales ;

-Questions politiques et de sécurité régionale.

Le Délégué Général et les Chefs de département ont respectivement rang de Secrétaire Général et de conseillers techniques d’un ministère. Le Délégué Général prépare les réunions de la CNIA et en établit les comptes rendus. Il est, en outre, chargé de :

-Veiller à la mise en œuvre de la politique d’intégration économique dans le cadre des organismes d’intégration sous-régionale et régionale ;

-Mettre en œuvre toute mesure susceptible d’accélérer le processus d’intégration africaine ;

-Œuvrer à la promotion d’une culture de l’unité africaine par des actions d’information, de sensibilisation et de formation ;

-Participer à la gestion commune des frontières ;

-Participer à la prévention et au règlement des conflits en Afrique en liaison avec les autres départements ministériels ;

-Organiser les concertations et manifestations avec les communautés africaines résidant au Mali.

Il y’a 40 ans, plus exactement le 29 mai 1979, les racines du panafricanisme militant des pères fondateurs de nos pays se traduisait par l’adoption du Protocole sur la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace CEDEAO. Aujourd’hui quand n’est-il de cette intégration africaine au niveau de la CEDEAO qui est un élément des stratégies de développement des pays ouest-africains tant voulu par tous ? Quel bilan faites-vous de la mise en œuvre de ce Protocole ? 

M M Ag : La CEDEAO regroupe des Etats qui ont hautement conscience de la nécessité d’accélérer leur intégration à tous les niveaux pour pouvoir faire face aux enjeux liés notamment à la mondialisation de l’économie et à la déréglementation du commerce. Elle est souvent citée, à juste titre, en exemple à l’échelle du continent pour la pertinence et l’efficacité de son modèle d’intégration. Ainsi, le processus d’intégration africaine est très avancé dans l’espace CEDEAO à travers notamment de nombreux acquis comme les politiques sectorielles communes, l’entrée en vigueur de l’Union douanière, l’adoption de nombreux textes communautaires pour harmoniser les activités économiques, financières et sociales en son sein. Concernant le cas spécifique de la mise en œuvre des instruments relatifs à la libre circulation des personnes et des biens, il est indéniable que des avancées notables ont été enregistrées. A titre d’exemple, on peut citer :

l’effectivité de la suppression du visa d’entrée aux ressortissants des États membres pour leurs déplacements dans l’espace CEDEAO ;

-l’instauration depuis 2000 d’un Passeport CEDEAO pour remplacer les passeports nationaux ;

-la possibilité offerte aux véhicules de tourisme et à usage commercial immatriculés dans un Etat membre de séjourner dans un autre Etat de la Communauté ;

-l’introduction et le bon fonctionnement d’un régime d’assurance automobile dans une douzaine de pays ;

-le lancement officiel du chèque de voyage de la CEDEAO pour faciliter davantage les paiements intracommunautaires ;

-la mise en œuvre du Schéma de Libéralisation des Echanges afin de promouvoir la liberté de commerce des produits originaires de la communauté.

-Par ailleurs, avec l’institution du Tarif Extérieur Commun, les politiques économiques extérieures sont pratiquement harmonisées et la voix de la Région est de plus en plus audible dans les négociations commerciales multilatérales (Accord de Partenariat Economique entre l’Union Européenne et l’Afrique de l’Ouest, Union Africaine, Organisation Mondiale du Commerce, etc.).

Conformément aux idéaux des pères fondateurs de la République du Mali, le Gouvernement a adopté, le 26 décembre 2018, la Politique Nationale en matière d’Intégration Africaine du Mali (PNIAM). Que peut-on s’attendre de la mise en œuvre de la PNIAM qui a moins de 6 mois d’existence ?

 M M Ag : Effectivement, par Décret N°0901/P-RM du 26 décembre 2018, le Gouvernement a adopté la Politique Nationale en matière d’Intégration Africaine du Mali (PNIAM) et son plan d’action 2018-2022. L’objectif global de la PNIAM est de contribuer à la création d’un ensemble sous régional homogène et cohérent en vue de la réalisation de l’unité africaine. Les avantages escomptés liés à la mise en œuvre de la PNIAM sont :

-la promotion du dialogue politique sur l’Intégration Africaine ;

-la mobilisation des personnes et des biens en Afrique ;

-le développement de l’Afrique et le bien être des peuples ;

-le renforcement des institutions dans la réussite de l’Intégration Africaine ;

-le renforcement du bénéfice pour le Mali des dividendes de l’Intégration Africaine.

En résumé, la PNIAM vise à rentabiliser davantage les effets positifs de l’intégration africaine sur notre pays et à éliminer progressivement les pratiques anormales constatées aux niveaux des différents corridors.

Pour rappel, il est important de noter que nos dirigeants n’ont manqué aucune occasion pour dire leur volonté de voir lever tous les obstacles à la libre circulation des personnes, des services et des capitaux dans notre espace commun comme pour signifier leur détermination à réussir l’intégration de nos Etats. Mais à voir de plus près, la réalité sur le terrain est tout autre, rien qu’à observer ce qu’endurent les transporteurs et les passagers sur les différents corridors reliant les Etats membres de l’espace (CEDEAO) par les bavures et tracasseries routières auprès de nos agents chargés de la gestion des frontières. Qu’est-ce qui a été fait  pour réduire les tracasseries routières de part et d’autre des frontières ?

M M Ag : Il y’a certes des avancées notoires en matière de libre circulation des personnes et des biens. Toutefois, comme vous venez de le dire, il y’a des cas de tracasseries et autres pratiques anormales que nous dénonçons et condamnons avec la dernière rigueur. Pour les réduire progressivement et les supprimer à long terme, nous avons intensifié ces derniers temps des activités d’information, de formation et de sensibilisation déjà retenues dans la PNIAM. En plus de cela, le Ministre en charge de l’Intégration Africaine a entrepris des tournées dans les zones frontalières pour s’adresser in situ à nos agents de sécurité sur les orientations des autorités de l’espace CEDEAO en matière de respect du Protocole sur la libre circulation des personnes et des biens. Ces missions au niveau des zones frontalières sont bien appréciées par l’ensemble de nos partenaires (agents de sécurité, transporteurs, commerçants, industriels, commissionnaires agréés en douane, etc.). Je rappelle aussi qu’une TASK FORCE a été instituée par nos Chefs d’Etat avec pour principal mandat de relever et démanteler toutes les entraves qui persistent. Elle a déjà effectué une première évaluation dans notre pays qui a abouti à de nombreuses recommandations dont nous suivons la mise en œuvre complète et diligente par les entités nationales concernées.

Vu tous les obstacles qui entravent la libre circulation des personnes et de leurs biens, est-ce qu’on peut s’attendre à une réelle intégration entre les Etats africains comme le disait Feu Kwamé N’Krumah, Premier Président du Ghana « l’Afrique doit s’unir ou périr ! ».

M M Ag : Je réponds par l’affirmative. L’intégration est un long processus. Sous d’autres cieux, elle a pris des décennies avant qu’elle puisse réellement prendre forme. Je pense réellement que l’espace CEDEAO est sur la bonne voie. Les obstacles auxquels vous faites allusion vont progressivement être éliminés à travers notamment la synergie d’actions de l’ensemble des acteurs impliqués notamment les autorités communautaires et les administrations nationales des différents Etats membres.

L’actualité oblige, il y a eu beaucoup de commentaires sur la création d’un Ministère dédié exclusivement à l’Intégration Africaine ? Qu’en pensez-vous ? Avez-vous de la matière dans ce Département ?

Réponse M M Ag : Nous accueillons très favorablement la création de ce Ministère. Pour nous, il ne s’agit là que d’une traduction concrète de la vision panafricaniste de nos plus Hautes Autorités.

A titre de rappel, le Mali est l’un des rares pays d’Afrique sinon le seul qui :

-Prévoit dans sa Constitution un abandon total ou partiel de sa souveraineté pour la réalisation de l’Unité africaine ;

-Renforce la formule du Serment du Président de la République par un « engagement sur l’honneur » à tout mettre en œuvre pour la réalisation de l’Unité africaine ;

-Met à l’honneur l’Afrique au même titre que le Mali dans son Hymne national ;

-Possède un Ministère exclusivement dédié à l’Intégration Africaine ;

-Dispose d’une Politique nationale en matière d’intégration africaine.

C’est peut-être compte tenu de tous ces facteurs que le Ministre de l’Intégration Africaine est à la 8ème position dans la préséance des membres du Gouvernement. Ce qui est un honneur pour les cadres de notre Département. En qui concerne votre question sur la matière, elle ne manque pas du tout au niveau de l’intégration africaine, en témoignent la pluralité des domaines couverts et des espaces sous-régionaux et régionaux sans oublier les agences spécialisées (UA, CEDEAO, CEN-SAD, UEMOA, LIPTAKO-GOURMA, OMVS, NEPAD, etc.). En outre, nous avons la Politique Nationale en matière d’Intégration Africaine du Mali (PNIAM) et son plan d’action à mettre en œuvre pendant cinq ans.

Monsieur le Délégué Général, avez-vous un appel à lancer ?

 

M M Ag : Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à toutes nos Hautes Autorités et en particulier à Monsieur le Ministre de l’Intégration Africaine pour leurs appuis constants en faveur de la promotion de l’intégration africaine. Je lance un appel pressant à l’ensemble des parties prenantes à la mise en œuvre des textes communautaires, notamment ceux sur la libre circulation des personnes et des biens, à veiller à leur respect et leur application effective sur le terrain pour le plus grand bonheur des Peuples de la Région ouest africaine. D’ores et déjà, la Vision post 2020 de la CEDEAO, actuellement en chantier, s’efforcera de prendre en charge toutes les attentes et desideratas de nos braves populations. En tout état de cause, au Mali et particulièrement au Ministère de l’Intégration Africaine, nous allons jouer pleinement toute notre partition afin de faire de la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace CEDEAO une réalité tangible, conformément à la forte volonté maintes fois réaffirmée des plus Hauts Dirigeants de notre Communauté.

Propos Recueillis par

Bokoum Abdoul Momini/Maliweb.net

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