MNLA et d’Ansar Eddine dans l’engrenage de la négociation : Le chassé croisé diplomatique entre Alger et Ouagadougou à Bamako

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Au moment où la logique d’une intervention militaire  au nord du Mali ne fait l’ombre d’aucun doute et où le président français, François Hollande,  exhorte le  Conseil de sécurité à aller dans ce sens, les deux  groupes armés à l’origine même de la situation de fait du pays, le MNLA et Ansar Eddine, veulent casser la cadence. Cela avec la bénédiction de l’Algérie qui vole au secours de son protégé Iyad Ag Ghaly et du Burkina Faso aux basques duquel se sont accrochés depuis les indépendantistes touaregs. L’un a envoyé son ministre délégué aux affaires africaines et magrébines, l’autre son ministre en charge des affaires étrangères et de la coopération internationale.

Djibril Bassolé

Avant que ces délégations ne prennent la direction de Bamako, beaucoup d’eau a coulé sous le pont.

Une délégation des islamistes d’Ansar Eddine d’Iyad Ag Ghaly a été reçue en début du mois d’octobre à Alger à l’insu des autorités maliennes. Ce qui en dit long sur les relations troubles qu’Alger entretiendrait avec le renégat Iyad Ag Ghaly considéré comme un de ses hommes de main. Le premier ministre malien Cheick Modibo Diarra avait d’ailleurs vu d’un mauvais œil ce genre de rencontres qui se font dans le dos du Mali. Il avait  dit à juste titre dans une certaine presse ” Nous ne reconnaissons pas ce type de rencontre informelle. Le Mali compte exclusivement sur une résolution des Nations unies pour envoyer les 3300 hommes de la Cédéao qui se tiennent prêts. L’Algérie cherche à protéger ses hommes, quitte à sacrifier la population malienne. Elle ne doit pas se sentir obligée de s’impliquer dans une opération militaire, le Mali ne lui demande rien“.

Le ministre algérien aux Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel

Pour tenter de sauver les meubles, l’Algérie envoie son ministre Abdelkader Messahel pour rencontrer lundi 8 octobre le Premier ministre Cheick Modibo Diarra et le président Dioncounda Traoré pour évoquer la situation dans le nord du pays. Pour résoudre la crise au Mali, le dialogue est envisageable avec ceux qui prennent leur distance avec le crime organisé, mais ” il n’y a pas de négociation possible avec des terroristes ” a-t-il déclaré.

Nous savons que depuis 1990, l’Algérie a eu un rôle d’intermédiaire incontournable dans toutes les crises entre rebelles touaregs et gouvernement malien. Cela a été notamment le cas en 1990, 1994, 2007 et 2008. Les derniers accords entre les Touaregs et les autorités de Bamako, qui étaient en vigueur jusqu’à la reprise des affrontements l’hiver dernier, ont d’ailleurs été signés à Alger en 2006.

Par ailleurs, le dirigeant touareg d’Ansar Eddine, Iyad Ag Ghali est considéré comme “l’homme des Algériens”, en particulier par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Les Algériens le soutiendraient financièrement et militairement. Le MNLA le dit piloté par le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS), qui fait la pluie et le beau temps en Algérie.

Que  dire du MNLA, l’ancien allié des djihadistes, chassé par ses ex-compagnons comme un malpropre. Ce mouvement a trouvé refuge au Burkina Faso et semble de plus en plus se rapprocher du médiateur principal de la crise malienne Blaise Compaoré. Ses combattants sont responsables de la mort de plusieurs soldats maliens. Ils sont aussi auteurs des pires exactions perpétrées au nord du Mali sur des civils. Lors des affrontements de Gao entre djihadistes et combattants du MNLA, le Secrétaire général de cette organisation criminelle, Bilal Ag Chérif, doit sa survie à un hélicoptère burkinabé sauvé des griffes des islamistes. Une délégation du Mouvement de libération de l’Azawad (MNLA) s’est entretenue  dimanche 7 octobre  à Ouagadougou avec le président du Faso où le mouvement criminel dit renoncer à la partition mais reste accroché au principe d’une autodétermination. Auparavant, c’est une ONG suisse qui finance une rencontre sécrète du MNLA dans la capitale du Burkina Faso. Autant de rencontres et de ratés de la diplomatie burkinabé qui fâchent aujourd’hui à Bamako.

A Bamako comme dans la plupart  des grandes villes malienne, l’option militaire a pignon sur rue. Les initiatives de l’Algérie et du Burkina Faso (chacun se battant pour ses petits protégés) ne sont guère fort appréciées sur les berges du Djoliba.

Abdoulaye Diarra

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