Lettre à grand-père

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Cher grand-père…

A un moment donné de la vie d’un homme ou d’une femme, il faut poser le bilan de sa vie, un vrai diagnostic sans passion ni émotion. Un diagnostic où tous les organes de réflexion de son corps participent. Le cœur, le cerveau et le mental. Il faut poser des vraies questions sur ce qui a marché, ce qui n’a pas marché. Pourquoi et comment ? Faut-il continuer ou s’arrêter ? Un débat franc avec soi. De soi en soi et vers soi. Un débat entre le passé, le présent et le futur. D’où viens-tu, où en es-tu et où vas-tu ? Chaque homme ou femme doit avoir ce grand dialogue à un moment donné de sa vie. Un pays aussi !

Oui ! Cher grand-père ! Chaque pays à un certain niveau de secousse, il faut avoir le courage de se regarder dans la glace et s’affronter soi-même. Aujourd’hui le Mali a besoin de ce bilan. Un bilan total du passé et du présent. Un réel bilan pour le futur. Il faut tout le temps nécessaire pour relire le passé afin de redéfinir le futur. Voilà en quoi, tout doit porter notre présent. Une véritable concertation sans “Kotéba” ni  “Mariba Yassa”. Et “que ceux qui doivent piler le mil ne se cachent pas les aisselles pour qu’on ait de la bonne pâte”, dans la confiance totale, l’harmonie et la fraternité. Avec le Mali au-dessus de tout.

Quant à moi, comme vous le savez, mon diagnostic est très amer et sévère mais très vrai. Il ne lit pas le Mali à travers Bamako et Kati, mais Kidal et Kayes. Je ne lis pas le Mali par les formalités institutionnelles mises en place mais le vrai fonctionnement de nos structures. Je ne lis pas non plus par les têtes qui ne cessent de changer au sommet de l’Etat pour dire que les choses ont changé, mais l’avenir de ce petit enfant de Bandiagara, Koro, Bankass ou Labézanga. Je lis par ces mines qui explosent au Centre et au Nord. Ces crimes qui n’épargnent ni femmes ni enfants et non ces véhicules Prado qui longent Kati et les grandes routes de Bamako.

Cher grand-père, mon bilan est qu’il ne nous reste qu’une armée faible comme un lion mourant qui s’accroche à la dernière biche de la forêt pour sucer son sang. Une armée à bout de souffle et menacée par tout et de tout. Et un Malien qui ne respecte rien, aucune loi, aucun principe ni même la Constitution. Un Malien qui n’a peur que des armes du militaire. Qui ne craint qu’une junte. Une junte qui fait la loi et la défait et dont le respect n’émane que de son fusil. Même si d’autres continuent de chercher désespérément une régularité dans cette toute irrégularité anarchique. Voilà le bilan ! Voilà ma 78ème lettre. A un autre mardi ! Inch’Allah !

Lettre de Koureichy

 

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