Misogynie: l’Assemblée viole sa propre loi

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L’Assemblée nationale a mis en place son bureau au grand dam de la loi sur le genre. Sur les 23 membres de cette nouvelle équipe, seulement 6 sont des femmes. Ce qui ne représente que 26 %, un peu en déca des 30 % exigés. Idem pour des commissions. Cela constitue ainsi une violation de la loi sur le genre par l’Assemblée nationale qui a elle-même voté ledit texte. Une Assemblée nationale épinglée par sa propre initiative.

En 2015, l’Assemblée nationale a adopté la loi sur le genre visant à promouvoir plus de représentativité des femmes dans certains postes de responsabilité. Cette loi validée par l’Assemblée nationale avait la bénédiction du président de la République Ibrahim Boubacar KEITA. Aussi, elle est le résultat de plusieurs années de combat collectif et/ou individuel des femmes de plusieurs générations.

Cette loi comprenant plusieurs articles marque une avancée dans le combat de la représentativité des femmes dans les postes électifs et de nominatifs. En la matière, deux des articles de cette loi sont sans équivoques. Ainsi, l’article 1 stipule : « A l’occasion des nominations dans les Institutions de la République ou dans les différentes catégories de services publics au Mali, par décret, arrêté ou décision, la proportion de personnes de l’un ou de l’autre sexe ne doit pas être inférieure à 30 % ».

L’article 2 va encore plus loin en précisant : « à l’occasion de l’élection des députés à l’Assemblée nationale, des membres du Haut conseil des collectivités ou des conseillers des collectivités territoriales, aucune liste d’au moins trois personnes, présentée par un parti politique, groupement de partis politiques ou regroupement de candidats indépendants, n’est recevable si elle présente plus de 60 % de femmes ou d’hommes ».

Grâce à l’application de cette loi lors du processus du renouvèlement de l’hémicycle cette année, le nombre de femmes députées a plus que doublé. De 14, elles sont 41 élues de la nation à pouvoir siéger à l’AN. Donc, cette loi sur le genre marque un tournant important dans l’histoire politique et de l’épanouissement de la femme malienne. En somme, elle marque un grand pas pour améliorer la représentativité des femmes dans les instances de prise de décisions.

Cependant, ce texte arraché suit à de longues luttes n’est pas respecté par les élus de nation. Ceux-là mêmes qui sont chargés de voter les lois et d’assurer leur application. En effet, le jeudi dernier, les élus de la 6e législature lors de leur plénière délocalisée au Centre international de conférence de Bamako ont mis en place leur bureau de 23 membres.

Le choix des membres de cette 1re équipe de la 6e législature est le résultat d’un accord entre les différents groupes parlementaires. Si à ce niveau, les élus de la nation ont réussi à prévaloir le dialogue, toutefois ce compromis va au détriment de la loi sur le genre. En effet, sur les 23 membres, on n’en compte que 6 femmes. Ce qui représente 26 % de femme dans le bureau de l’AN, un chiffre un peu en deçà des 30 % exigés par la loi. Aussi, il n’y a qu’une femme parmi les 10 vice-présidents de l’Assemblée nationale. A part le poste de la questure où il y a parité, dans la plupart des cas, la loi a été allègrement violée par les députés. En clair : 2 femmes sur 9 sont représentées à la Haute Cour de Justice, soit 22,22 %. Et, aucune femme n’est présidente de commission, d’une manière générale. Également, au niveau des postes de rapporteur, 3 femmes sur 12 sont rapporteuses de commission générale, soit 25 %. En revanche, à la Haute Cour de justice, 3 femmes sur 9 sont suppléantes, soit 33,33 %.

Ce qui s’est passé est gravissime. Les députés de la majorité présidentielle et leurs complices de l’URD ont mis à nu leur gloutonnerie soutenue par un mépris poussé pour les lois de République par eux votées, dont celle du 18 décembre 2015, instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives et son décret d’application 2016 -0909 P- RM du 06 décembre 2016, déterminant les fonctions nominatives et électives, en son chapitre 2, articles 4 et 5.

 

Par Sikou BAH

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