Rapport 2017-2018 d’Amnesty international : Les efforts de lutte contre l’impunité ont perdu de leur vigueur au Mali

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L’Amnesty international a présenté son rapport 2017-2018 à la presse malienne, le jeudi passé, à la Maison de la presse. Cette présentation était présidée par le Directeur régional d’Amnesty international, en présence de Mme Ramata GUISSE, Directrice exécutive d’Amnesty-Mali ; de Drissa FOMBA, président de la section Mali d’Amnesty International et de plusieurs défenseurs des droits humains. Ledit rapport rend compte de la situation des droits humains dans le monde en 2017.

Les études au cas par cas de la situation dans 159 pays et territoires mettent en lumière le combat que livrent de très nombreuses personnes pour reconquérir leurs droits, ainsi que les manquements des gouvernements en matière de respect, de protection et de mise en œuvre des droits fondamentaux. Le présent rapport donne aussi un aperçu de certaines avancées obtenues par de haute lutte, montrant que la défense des droits humains permet véritablement d’améliorer la situation. Il rend hommage aux femmes et aux hommes qui défendent les droits fondamentaux et continuent de se battre pour faire changer les choses, parfois au péril de leur vie.

Selon le rapport, tout au long de l’année 2017, des millions d’hommes et de femmes à travers la planète ont pu goûter aux fruits amers de politiques de diabolisation de plus en plus virulentes. Les conséquences extrêmes de ce type de politique ont éclaté au grand jour lors de la terrible campagne militaire de nettoyage ethnique menée contre les Rohingyas du Myanmar, qui a entraîné l’exode de quelque 655 000 personnes vers le Bangladesh voisin en l’espace de quelques semaines et s’est ainsi traduite par la crise des réfugiés la plus fulgurante de 2017. À la fin de l’année, les perspectives d’avenir des Rohingyas demeuraient très incertaines et l’incapacité durable des dirigeants de la planète à offrir de réelles solutions aux réfugiés n’incitait guère à l’optimisme.

Au Mali les prisons demeuraient surpeuplées et les conditions de détention…

A l’en croire, la liberté d’expression était menacée à l’approche d’un référendum sur la révision de la Constitution. « En juin, des affrontements entre des personnes manifestant contre la révision et des policiers, qui ont utilisé du gaz lacrymogène et des matraques, ont fait au moins huit blessés. Des menaces physiques et verbales visant des opposants au référendum ont été signalées en juillet. Le même mois, Mohamed Youssouf Bathily (dit Ras Bath), journaliste sur Maliba FM, a été condamné à un an d’emprisonnement pour « incitation à la désobéissance des troupes » parce qu’il avait critiqué l’armée en 2016. Il a été relaxé en novembre par la cour d’appel de Bamako », a-t-il relaté.

De plus, le rapport nous édifie que les prisons demeuraient surpeuplées et les conditions de détention étaient mauvaises. « À la fin de l’année, la Maison centrale d’arrêt de Bamako, d’une capacité de 400 détenus, en accueillait 1 947, dont 581 avaient été déclarés coupables et 1 366 étaient dans l’attente de leur procès. Les personnes détenues depuis 2013 sur la base d’accusations de terrorisme n’étaient pas menacées d’attaquer de nombreux établissements scolaires, notamment à Niono, Macina et Ténenkou, s’ils ne fermaient pas ou n’acceptaient pas de dispenser un enseignement islamique. En mai, un groupe armé a incendié une école de Mopti, menaçant aussi d’autres établissements non coraniques. Bien que l’article 39 de l’accord de paix engage tous les signataires à porter une attention particulière à l’éducation pour tous, des groupes armés ont continué à occuper des écoles », a-t-il précisé.

Il a évoqué que la CPI a condamné Ahmad Al Faqi Al Mahdi à verser 2,7 millions d’euros au titre de réparations individuelles et collectives. Cet homme avait été déclaré coupable de crime de guerre et condamné à neuf ans d’emprisonnement en 2016 pour avoir dirigé intentionnellement des attaques contre des bâtiments religieux et historiques de Tombouctou, a-t-il rappelé. Et d’ajouter qu’à la fin de l’année, la CPI enquêtait sur des crimes de guerre qui auraient été commis au Mali depuis janvier 2012.

Selon le rapport, les attaques se sont multipliées dans les régions centrales de Mopti et de Ségou. « La présence accrue de groupes armés et l’intensification du recrutement local ont aggravé les tensions entre différentes ethnies. En février, des inconnus ont attaqué des Peuls, faisant 20 morts et 18 blessés. Ces violences ont fait suite à l’homicide d’un célèbre opposant d’influence extrémiste dans la région de Ségou. Entre janvier et septembre, la MINUSMA a dénombré au moins 155 attaques contre ses forces de maintien de la paix, les forces de sécurité maliennes et les militaires français de l’opération Barkhane. Pendant l’année, plus de 30 personnes travaillant pour la MINUSMA, y compris des civils et des contractuels, ont été tuées par des groupes armés… », a-t-il estimé.

Les efforts de lutte contre l’impunité ont perdu de leur vigueur, dans la mesure…

Par rapport à l’impunité, le rapport a souligné que les efforts de lutte contre l’impunité ont perdu de leur vigueur, dans la mesure où plusieurs procès médiatiques concernant des violences perpétrées dans le nord du pays pendant l’occupation de 2012-2013 n’ont pas véritablement progressé. L’accord de paix de 2015, qui recommandait la création d’une commission d’enquête internationale chargée de faire la lumière sur les crimes de droit international, y compris les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les atteintes aux droits humains, n’avait pas été mis en œuvre à la fin de l’année. En août, l’ancien chef de l’unité de police du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), Aliou Mahamane Touré, a été déclaré coupable d’« atteinte à la sécurité intérieure, de possession illégale d’armes de guerre, d’association de malfaiteurs et de violences graves » et condamné à 10 ans d’emprisonnement par la Cour d’assises de Bamako. Le procès du général Amadou Haya Sanogo pour l’enlèvement et le meurtre de 21 militaires, commis en avril 2012, n’avait pas repris ; il avait été ajourné en décembre 2016. Ce report est intervenu à la suite d’une décision selon laquelle des tests ADN n’étaient pas recevables en raison d’un vice de procédure.

Le droit à l’éducation de plus de 150 000 enfants était ainsi bafoué

Sur la question de droit à l’éducation au Mali, le rapport a signalé que l’expert indépendant sur la situation des droits de l’homme au Mali s’est déclaré préoccupé par le grand nombre d’écoles fermées en raison de l’insécurité dans le centre et le nord du pays ; le droit à l’éducation de plus de 150 000 enfants était ainsi bafoué. Plus de 500 écoles de Gao, Kidal, Ségou, Mopti et Tombouctou ont gardé porte close toute l’année. Des groupes armés ont menacé d’attaquer de nombreux établissements scolaires, notamment à Niono, Macina et Ténenkou, s’ils ne fermaient pas ou n’acceptaient pas de dispenser un enseignement islamique. En mai, un groupe armé a incendié une école de Mopti, menaçant aussi d’autres établissements non coraniques. Bien que l’article 39 de l’accord de paix engage tous les signataires à porter une attention particulière à l’éducation pour tous, des groupes armés ont continué à occuper des écoles.

M.L. KONE

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