L’adoption de la charte de la Transition au Mali : Tout dépendre de la suite

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Annoncées quelques jours plutôt en grande fanfare et étendues sur trois jours, les 10, 11 et 12 septembre 2020, les journées de concertation nationale sur la transition au Mali se sont effectivement tenues aux dates prévues. Et sous la présidence du Colonel Hassimi Goita, Président du Conseil National de Salut du Peuple(CNSP)! C’était au Centre International de Conférences de Bamako(CICB) vers lequel de nombreux Maliens et hôtes du Mali ont convergé, avec grand enthousiasme, dans un grand élan de patriotisme!

 

Elan aussitôt brisé par une barrière sécuritaire plantée là, juste à l’entrée de la salle où se tenait la cérémonie d’ouverture des travaux. C’est que les consignes en provenance de la force militaire armée sont aussi claires que fermes: pas d’accès à la salle sans carton d’invitation; lequel devait être en amont retiré à Kati où siègent les Colonels du CNSP. Ordre que le M5-RFP a senti dans toute sa rigueur. L’organisation séditieuse qui s’est trop tôt prise pour “le partenaire stratégique” de l’organe militaire a, selon Issa Kaou Djim, reçu cinquante cartons d’invitation dont deux sont revenus à la CMAS de l’imam Mahmoud Dicko. Et d’en tirer une conclusion: ” le M5-RFP est mort de sa belle mort”.

Près d’un mois après le départ tragique de ce dernier, notre pays est loin d’être sorti de l’ornière. En ce jeudi, 10 septembre 2020, tous les participants en ont conscience; du moins, sauf une certaine jeunesse M5-RFP qui y fait un monstrueux tapage, si nuisible au bon déroulement des travaux.

Mais la décision des militaires est prise: pas de temps à perdre, pas même avec les alliés “stratégiques” de naguère.

Place donc aux invités triés au volet!

Derrière les masques de protection contre la Covid-19, on peine à retrouver des visages, familiers, de l’arène. Soudain, l’ancien Premier Ministre, SEM Modibo Sidibé se fait repérer par son imposante taille. A côté de lui se tient l’imam Mahmoud Dicko, Non loin de là, madame Sy Kadiatou connue pour sa haine trentenaire d’IBK et fidèle amie de Soumaila Cissé. A côté de ces figures de proue du M5-RFP, se tenaient bien d’autres appartenant au corps politique comme le Député déchu de la Commune IV, l’ancien Premier ministre, SEM Moussa MARA, le brillant Zahaby Ould Sidi Ahmed, ancien ministre et acteur majeur de l’Accord de Paix issu du Processus d’Alger ainsi que de nombreux représentants des Organisations de la Société Civile. Bien sûr, avec une forte présence des militaires et l’absence remarquée du Chérif Ousmane Madani HAIDARA, Président du Haut Conseil Islamique du Mali dont le fils, Seid Cheick Ahmad Tidiani était cependant présent.

Autre absence remarquée, c’est celle de la CMA, signataire de l’Accord de Paix issu du Processus d’Alger à laquelle la junte avait d’ailleurs fait un clin d’œil. En revanche, d’autres acteurs majeurs de l’Accord de Paix issu du Processus d’Alger, comme ceux du GATIA dont Fahad Ag Mamoudi, grand républicain dans l’âme étaient au rendez-vous.

Les travaux peuvent alors commencer!

Non, pas si vite! Le Président du CNSP, le Colonel Hassimi GOITA n’étant pas encore là pour présider les travaux. Au bout de quelques minutes de patience, le nouvel homme fort de Kati avance au milieu d’un impressionnant convoi sécuritaire qui le conduit en salle  où   il est accueilli avec respect: la salle se lève. Et le jeune audacieux éveille toutes les curiosités.

 

L’heure est à l’hymne national que les participants entonnent avec difficulté.

Le patriote-en-Chef, Mahmoud Dicko remue à peine les lèvres. Ignorance de l’hymne national ou mépris d’un homme trop satisfait de lui-même?

Le Colonel a siflé le “rompez”, il est vrai sans le mot! Chacun regagne sa position initiale. La gêne est perceptible. Les forces armées sont partout dans la salle.

Le maître de cérémonie est coincé entre deux de ces étonnants personnages aussi armés que masqués.

Fort heureusement, l’inimitable Ibrahim Diombélé ne manque pas de bravoure. Il se lance, dans une  intervention ponctuée de puissantes bénédictions pour le Mali.

La bonne foi de l’émérite journaliste est contagieuse. Le Colonel Hassimi aussi termine son discours de bénédictions pour notre pays; non sans avoir nourri le vœu d’une “analyse sans complaisance de la situation” de notre pays. Et de déclarer ouverts les travaux des “journées de concertation nationale”!

Une ouverture que salue un tonnerre d’applaudissements. Issa Kaou Djim bondit de son siège. Il cache à peine la colère qui le dévore. Mais, le Colonel n’est pas de ceux qui gèrent les états d’âme, il avance vers la sortie, saluant au poing les uns et les autres, y compris Mahmoud Dicko; lequel termine ce salut, la main sur le cœur. Geste d’affection ou réflexe de survie  d’un gentleman au cœur dur? Le temps nous édifiera davantage!

En attendant, en cette première journée de “concertation nationale” s’affairent déjà autour de la transition. Les attentes sont trop fortes. Une seule certitude pour tout le monde: il faut un autre Mali passant forcément par une transition.

Mais quelle transition pour quel Mali?

C’est à cette grave question que les participants aux trois journées historiques de concertation  ont tenté de répondre. Et au sortir de ces journées houleuses, faites de tensions, de frayeur,  d’angoisse mais aussi d’espoir l’on en sait un peu plus. Du moins, par la charte qui vient d’être “de facto adoptée par acclamation”.

Une charte, selon certains, qui a consisté en un savant “copier-coller” de la Charte Burkinabè de transition. Mais, relève ce participant, le Burkina-Faso n’est pas le Mali. Il va donc falloir preuve de beaucoup d’imaginations et de créativité, à défaut d’être original.

Le défi est de taille et le temps presse. D’autant que la CEDEAO a lancé un ultimatum qui prend fin le 15 septembre. Date butoir à laquelle la junte doit avoir restitué le pouvoir à un Président et à un Premier ministre civils devant diriger la Transition.

Sur la question, le Chef de la Communauté Internationale, Antonio Guterrez reste intraitable: “Un coup d’Etat est toujours inacceptable, question de principe”. Et la transition doit s’étendre sur 12 mois, ordonne l’Organisation sous-régionale, la CEDEAO dont le Mali est membre fondateur et acteur majeur de la rédaction et de l’adoption des principes dont certains voudraient aujourd’hui refuser l’application. Et au nom d’un certain nationalisme ou souverainisme ne disant pas leur nom!

Mais, faut-il trop  rêver?

Le Mali, pays aussi pauvre qu’endetté et inorganisé, supporte encore le fardeau des sanctions régionales et internationales. A cet égard, même l’imam Dicko ne se fait pas d’illusion:

« Si la communauté internationale, y compris la CEDEAO, pense que la présidence de cette Transition doit  revenir à des civils, qu’on donne ça à des civils ! Il faut se conformer, pour ne pas nous exposer à des sanctions, pas seulement de la CEDEAO, de toute la communauté internationale, de tous les partenaires. (…) Nous avons besoin aujourd’hui de cette assistance, de ce soutien. (…) Notre armée a besoin du soutien des autres. Si on se met à dos la communauté internationale, ça ne me paraît pas intelligent. ».

Retournement de veste spectaculaire qui laisse de marbre une frange importante du M5 connue sous le nom de Malikoura (le nouveau Mali) que conduit le jeune Tahirou Ba, poulain du Dr Oumar Mariko.

Il s’exprime au nom d’une “jeunesse” réclamant une direction militaire pour la transition, histoire de “continuer” à arbitrer, entre plusieurs forces concurrentes. Le M4 est de cet avis. Cette nouvelle tendance politicienne affirme son soutien à la junte et passe aussitôt à l’action par l’organisation d’un meeting géant à la place de l’indépendance, le 8 septembre 2020. Forte mobilisation intervenue à deux jours des “journées de concertation nationale” alors prévues pour les 10, 11 et 12 septembre 2020 , histoire d’influer sur ses décisions.

Et fort de ce soutien aux allures populaires, le Chef de la junte, Hassimi GOITA, le Colonel martèle: “il faut respecter la volonté du peuple”. Introuvable peuple au nom duquel tous les crimes sont perpétrés au Mali. Et dans l’impunité la plus totale, comme si notre pays n’avait plus ni procureur ni poursuivant! Autant dire que la chienlit s’offrira encore de beaux jours dans notre pays où chacun n’en fait qu’à sa seule tête.

A commencer par les soutiens intellectuels de la junte qui voudraient déjà étendre la transition sur 18 mois, soit “le maximum” voulu par l’imam Dicko, lui-même s’inspirant de la transition de 1991-92.

Quant au statut civil ou militaire des dirigeants de la transition, triomphal, le M5-RFP s’écrie: “Journées Nationale sur la Transition au CICB: Les maliens ont opté pour une transition civile!”. Faux, s’insurge un participant, Mohamed G Soumounou qui affirme sans ambage: “J’étais au CICB il y a 5 salles dans tous les salles 65 % veulent les militaires au pouvoir et les restes disent civils c’est les partis politiques qui veulent un civile à la tête de la transition”.

L’issue des travaux semble conforter sa thèse, puisque c’est désormais au CNSP de désigner les membres du comité devant choisir le Président de la Transition; lequel devra à son tour choisir le Premier ministre.

Les deux pouvant être des civils ou des militaires.

Si la Charte de la Transition reconnaît la Constitution, elle primera sur celle-ci en cas de conflit entre les deux textes.

En outre, la charte donne des pleins pouvoirs au Vice-Président qui sera chargé des questions de défense et de sécurité ainsi que de la Refondation de l’Etat. Sans oublier que le Président du CNSP n’est plus seulement le Chef de l’Etat mais aussi, il devra jouer la fonction de Chef de l’Etat. Holà: “pléthore d’institutions”, relève SEM Moussa MARA! A madame Sy Kadiatou de crier au “coup d’Etat”.

Ce qui laisse de marbre le citoyen Fousseni Diarra: ” L’intention des vautours du M5- RFP sont connus maintenant, ils pensent que les militaires ont fait le coup d’État pour eux. Barré. ….La plus plupart luttent pour leurs propres intérêts et non celui du peuple. Si jamais les maliens ne font pas attention, on risque de tomber dans un autre trou plus grave qu’au temps d’IBK”.

En termes d’organes de la transition, il y aura un Gouvernement de 25 membres ainsi qu’un Conseil National de Transition, organe législatif de 121 membres.

A côté de vraies questions existentielles de notre nation auxquelles la concertation malienne-malienne ne pourra en soixante-douze heures trouver réponse, bien d’autres, fausses, reviennent sous formes de poèmes litaniques. C’est notamment le cas pour le rôle et la place des dignitaires du régime d’IBK.

Question d’autant fausse que la junte vient de renforcer le rôle des Secrétaires Généraux; lesquels font office de vice-ministres. Il en va de même de l’essentiel des têtes pensantes du M5, à commencer par Mahmoud Dicko lui-même. En réalité, au Mali, l’on ne sait jamais trop où commence un régime, où finit un régime.

Telle personnalité politique, civile ou militaire connue pour être au cœur d’un précédent régime s’affiche avec son successeur et en devient le pivot.

Tel parti est dans l’opposition mais compose avec le parti majoritaire pour se faire élire aux législatives ou aux municipales. Et au moment du bilan, il n’y a personne pour l’assumer. C’est ainsi que le parti majoritaire d’antan,  l’ADEMA-PASJ s’est retrouvé envahi de dignitaires de l’UDPM, parti alors voué aux hégémonies. A l’accession d’ATT au pouvoir, les partis politiques classiques n’ont pas tardé à engrosser le Mouvement Citoyen faisant alors office de parti majoritaire. Les mêmes se sont retrouvés avec le Capitaine national, Amadou Aya Sanogo ainsi qu’avec le Pr Dioncounda Traoré et le Président IBK. Le CNSP  ne fait pas exception à la règle; déjà leur mentor d’antan tire sur la sonnette d’alarme: “ils sont envahis”.

Mais le parrain se rassure, le CNSP sait très bien ce qu’il fait; puisqu’il ose jusqu’à prendre ses distances avec le M5 qui l’a salué pour avoir “parachevé l’œuvre”, son œuvre

C’est le début du commencement, observe-t-on à Bamako, théâtre de toutes les manœuvres basses du M5-RFP et d’autres associations d’opportunistes sans foi ni loi qui minent tant l’avenir de notre pays.

Mais, là où il y a des tombeaux, il y a forcément résurrection! Et le Peuple malien est croyant à plus de 90%.

Pour autant,  le ” PEUPLE malien” a opté depuis 1991 pour un Mali républicain, démocratique et laïc. A cet égard, dans son titre II traitant ” de l’Etat et de la Souveraineté”, la Constitution de notre pays en son article 25 est très claire: ” Le Mali est une République indépendante, souveraine, indivisible,  démocratique, laïque et sociale.

Son principe est le gouvernement du Peuple, par le Peuple et pour le Peuple…”. Et le M5 n’est pas “le Peuple” dont il est ici question: “La souveraineté nationale appartient au peuple tout entier qui l’exerce par ses représentants ou par voie de référendum.

Aucune fraction du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice”, édicte l’article 26 de la Constitution du 25 février 1992.

Qu’à cela ne tienne, notre Constitution, dès  son préambule, souligne tout l’engagement du  “Le PEUPLE Souverain du Mali… à rester fidèle aux idéaux des victimes de la répression et des martyrs tombés sur le champ d’honneur pour l’avènement d’un Etat de droit et de démocratie pluraliste”, tout en affirmant ” sa volonté de préserver et de renforcer les acquis démocratiques de la Révolution du 26 Mars 1991″ ainsi qu’il ” s’engage solennellement à défendre la forme républicaine et la laïcité de l’Etat”. Candidats au djihad galvaudé et autres apprentis sorciers, le Peuple malien veille. Et sous la Souveraine  Protection de notre Seigneur, le Seigneur du Prophète de la Miséricorde (Paix et Salut sur lui et sa famille élue) qui “Embrasse de Sa Science toute chose”!

Hawa DIALLO

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