Transition : selon le CESA, le bilan du régime Goïta contraste avec les déclarations officielles

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Depuis le premier coup d’Etat d’Assimi Goïta, le Mali est aux mains de militaires qui continuent de forger leur légitimité sur l’unité nationale autour de leurs personnes et de leurs actions sécuritaires. Deux arguments qui, pour le CESA, sont loin de la réalité.

Dans une étude publiée en avril, le Centre d’études stratégiques pour l’Afrique (CESA), une organisation américaine proche du Pentagone, a dressé un bilan des actions de la junte malienne. Selon cette analyse, les résultats obtenus sur le terrain contrastent fortement avec les discours officiels.

En effet, le rapport indique que le pouvoir malien actuel a, dès ses débuts, bâti sa légitimité sur la nécessité de rétablir la situation sécuritaire, la justice et la démocratie dans ce pays ouest-africain. Or, poursuit-il, ces trois secteurs semblent ne s’être jamais portés aussi mal que depuis le putsch des militaires.

« Depuis sa prise de pouvoir en août 2020, la violence s’est étendue et intensifiée à travers le Mali. Il est révélateur que la violence extrémiste ait été plus élevée au cours de chaque trimestre depuis la prise de pouvoir de la junte qu’au cours de tous les trimestres précédant le coup d’État », indique le CESA.

Depuis le premier coup d’Etat d’Assimi Goïta, il y a deux ans, le nombre d’événements violents au Mali a continué d’augmenter, passant de 530 événements en 2020 à 634 en 2021. D’après le CESA, il devrait augmenter de 70% en 2022, enregistrant déjà 920 évènements sur le premier trimestre.

Pourtant, a contrario de la réalité dépeinte par ces chiffres, le gouvernement malien de transition affirme que la situation sécuritaire s’améliore depuis qu’il est en place. Dans le tableau ci-dessous, le CESA met également en lumière d’autres rhétoriques gouvernementales qui ne correspondraient pas, selon lui, à la réalité.

Ainsi, alors qu’elle déclare bénéficier du soutien de la population malienne, la « junte » au pouvoir serait en réalité contestée par plusieurs partis politiques réunis dans le « Cadre d’échanges des partis et regroupements politiques pour une transition réussie ».

La création d’une brigade de vigilance a même été annoncée par des soutiens au pouvoir en place, afin de « dénoncer » les opposants. Une manœuvre que le CESA considère comme une volonté d’intimidation des dissidents, et une preuve de la division de l’opinion concernant la légitimité de la transition actuelle.

Cette analyse du CESA intervient dans le contexte des tensions qui opposent le Mali, désormais ouvertement soutenu par la Russie, à plusieurs pays occidentaux, la France en particulier. Selon les experts, les intérêts géopolitiques de Paris, de Moscou mais également des États-Unis se confrontent actuellement sur le théâtre malien à travers une guerre d’information, où chaque camp (Mali-Russie d’une part, la France et ses alliés d’autre part) accuse l’autre de manipulation.

Une situation qui n’est peut-être pas sans lien avec la crise qui se déroule actuellement en Ukraine, bien que ses racines soient plus lointaines. Il en résulte un brouillard au sein duquel l’opinion peut avoir du mal à démêler le faux du vrai, particulièrement au Mali.

Quoi qu’il en soit, en repoussant les élections pour plusieurs années encore, Assimi Goïta veut désormais se donner le temps de façonner le Mali à sa vision et reste peu enclin à laisser de sitôt les civils revenir à la tête du pays.

Si le bras de fer avec la CEDEAO et ses partenaires occidentaux l’isole effectivement, le pouvoir en place semble fonder de grands espoirs sur sa coopération avec la Russie qui lui fournit des équipements militaires. Une coopération dont les résultats tardent à se faire véritablement sentir sur le terrain au profit des populations.

Moutiou Adjibi Nourou/ Agence Ecofin

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