Cheick Boucadri Traoré, président du CARE : «Au lieu de créer le Sénat, il faut plutôt une Chambre de sages»

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Le Fils aîné de l’ancien président du Mali, Moussa Traoré, Cheick Boucadri, président de la Convergence Africaine pour le Renouveau (CARE), reste convaincu qu’il faut faire la politique autrement en permettant à l’Afrique de changer de leadership. Dans l’interview qui suit, il revient sur la rentrée politique de son parti à Kurukanfuga et le  1er Congrès à Bamako. Il brosse également les grandes lignes du projet de société de la CARE et les ambitions de son parti pour le Mali. Il donne enfin son point de vue sur les reformes institutionnelles en cours.

Le Prétoire : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Cheick Boucadri Traoré: Je suis malien et je suis né à Kayes, j’ai fait l’école primaire de Plateau, avant de venir à Bamako pour le lycée. Puis,  je suis parti au Canada et aux USA. J’ai un DEUG en administration générale et un Master en gestion et un autre en marketing international. Je suis ingénieur financier de formation. J’ai travaillé pour plusieurs sociétés aux USA, avant de créer TARESCO en 1996. Dans le cadre de la gestion financière et le management consulting, je suis conseillé des grandes sociétés et du Gouvernement. Ma société est dans les mines et tout ce qui touche aux projets d’environnement. Aujourd’hui, j’ai décidé de faire la politique.

Que représente pour vous le CARE?
Le parti CARE est basé sur l’idéologie, c’est un parti de conviction et de valeur. Notre ambition est de changer les politiques de gouvernance au Mali en se basant sur  les composantes de notre culture et  de notre identité sociale. Nous nous sommes dits que depuis l’indépendance jusqu’à nos jours, tout ce que nous avons eu comme politique de gouvernance était du copier-coller de l’Europe. Nous avons vu qu’avec cette politique de gouvernance, nous n’avons fait qu’aliéner notre population au lieu d’aller vers un développement durable et véritable. Or, les politiques de gouvernance en France trouvent leur racine dans la culture française et la politique de gouvernance du japon trouve sa racine dans la culture japonaise… Pourquoi pas alors baser notre gouvernance sur nos valeurs socio-culturelles?

Pour rappel, la politique de la gouvernance a commencé chez nous en 1235 avec la charte de Kurukanfuga. Il faut que nous ayons confiance en nous-mêmes et que nous nous disions que le Mali est une Nation issue des grands empires. Nos leaders politiques refusent de reconnaître cela et vont prendre les politiques de gouvernance ailleurs et les imposer à nos populations. A notre avis, on ne peut pas bâtir une Nation sans les citoyens. C’est pour cette raison que la Convergence Africaine pour le Renouveau (CARE) est en train de s’entretenir avec les Maliens pour savoir leurs préoccupations et leurs inquiétudes, ainsi que les solutions qu’ils proposent eux-mêmes. Nous voulons présenter comme projet de notre société «Mali sambala gnon» (un Mali émergeant). L’idéologie de notre parti donc est basée sur celle de  Soundiata et ses alliés dans la charte de Kurukanfuga  qui demande que les citoyens soient associés aux prises de décisions concernant leur communauté.  Nous ne voulons pas faire de la politique politicienne, mais une politique cohérente, fiable et concrète pour répondre aux aspirations de nos populations.

Vous pouvez d’effectuer votre rentrée politique à Kurukanfuga et votre  1er Congrès à Bamako. Vos objectifs sont-ils atteints?
Avec la rentrée politique, nous avons décidé d’aller à Kurukanfuga pour faire une nouvelle Déclaration. Les Maliens ont vu ce que nous voulons faire pour le Mali et l’Afrique. Un jour après, nous avons commencé les travaux de notre Congrès constitutif qui a été un franc succès par rapport aux objectifs que nous voulions atteindre. C’était d’avoir un Bureau national comme tous les partis, car le jeu démocratique passe forcément. Et les gens essai d’avoir des positions donc on a su faire cela. Donc, nous disons merci à Dieu. Nous allons essayer maintenant de dégager notre stratégie pour les trois mois à venir parce que tout ne peut pas se dire lors du Congrès. On aura un programme de société dans trois mois.

Parlez-nous des grandes lignes de votre programme de société

Tout d’abord, par rapport à la santé, nous insistons sur l’amélioration des conditions de vie et de travail des agents et l’équipement  des Centres de santé. Nous pensons aussi à une réorganisation et une remise de niveau à l’école. Il n’est un secret pour personne que  l’école est aujourd’hui politisée dans ce pays. C’est ça la véritable plaie de notre système éducatif depuis plus de 20 ans. Il est temps qu’on ait le courage de dépolitiser cette école et de passer à l’action. C’est aussi simple, il y a rien d’extraordinaire. Il faut revenir à la privatisation de l’école parce qu’aujourd’hui, le fils du pauvre n’a pas la même chance, les mêmes opportunités  que le fils du riche. C’est donc un devoir, une obligation pour une Nation en voie de développement de s’investir dans l’éducation. En outre, la reforme de l’éducation doit être basée non seulement sur les niveaux primaire et secondaire, mais aussi sur le renforcement des capacités et l’amélioration des performances. Nous insistons sur le renforcement des capacités des Centres de formation professionnelle.

Par rapport à la relance de notre économie nationale, il faut mettre un accent particulier sur les petites et moyennes entreprises. Il faut également reformer notre justice, notre diplomatie, nos gestions des crises internes, nos institutions…en nous référant à la Charte de Kurukanfuga.
 
Vous avez parlez de gouvernance, quelle analyse faites-vous de l’impunité grandissante dans notre pays ?

Quand nous avons commencé à parler aux Maliens, on nous a attaqués pour dire que voilà, c’est un Traoré qui s’attaque à la justice malienne, parce que son père a été jugé au Mali. Mais, ironie du sort, c’est 1984 que j’ai fait mon stage au Tribunal de première instance de Bamako. Nous avons parlé depuis le début de reforme judiciaire, parce que ce qui se passe aujourd’hui est inacceptable. Si demain quelqu’un décide de prendre les terres des pauvres dames qui vivent à Badiangara et qui cultivent l’oignon pour nourrir leurs familles et payer leurs impôts, elles l’amèneront devant le juge.  Certainement qu’on va condamner ces femmes sur du faux. Ceci est anormal. Donc, nous disons qu’il faut améliorer les conditions de travail des Magistrats, parce que quand un juge est corrompu, c’est la chose la plus dangereuse pour un pays. On ne trouvera de solutions qu’à travers des formations. Mieux, il faut donner l’exemple en sévissant quand on prend quelqu’un la main dans le sac. C’est pourquoi j’insiste que le Bureau du Vérificateur Général doit servir au peuple Malien de garant et il faut obligatoire le renforcer par des Procureurs valables. La corruption, c’est la plaie qui nous ronge. Aujourd’hui, ce sont les fonctionnaires maliens qui sont devenus les grands hommes politiques qui n’ont pas honte de  dévoiler qu’ils ont investi des milliards dans des campagnes électorales, alors que les populations galèrent.
 
Que pensez-vous du régime Moussa Traoré qui est votre père?
Si je commence à parler du régime de Moussa Traoré, ça va enflammer les uns et les autres. Moussa Traoré est un homme comme tous les grands hommes de la vie. Ils viennent au pouvoir avec des convictions fermes et partent. Moi, j’ai toujours dis que je laisserai les historiens faire les éloges de Moussa Traoré. Et nous avons dis dit qu’il y a toujours des insuffisances depuis 1960 jusqu’à nos jours. Nous allons essayer de les corriger. Et sachez après tout, qu’il est temps que l’Afrique marche vers l’indépendance totale et les cas de la Côte d’Ivoire de la Lybie doivent nous servir d’exemple.

Nous venons de Kurukanfuga et, pour la première fois, des alliés venus du Mandé, de la Gambie jusqu’au  Lac Tchad, se sont mis ensemble pour dégager des politiques de gouvernance. Nous disons aux Africains qu’il n’y a pas de développement sans culture, soyons donc fiers de nous-mêmes. A travers cela, nous devons utiliser les composants de notre société pour éduquer nos enfants. Il faut travailler pour l’emploi aux jeunes tout en renforçant leurs capacités.
                                                            
 Il est temps que l’Afrique change de leadership. C’est la vision que nous avons au parti CARE.

Quel regard portez-vous sur les reformes institutionnelles engagées par le président de la République ?
Ce projet de reformes institutionnelles n’est pas mal en soi. Il est important de souligner que s’il y a lieu de faire des reformes, c’est à notre génération de faire le travail. Au lieu de créer une seconde Chambre comme le Sénat, il faut plutôt une Chambre de sages.  
                                                                                                                  
Propos recueillis par Nouhoum DICKO                     

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