Qui donc sauvera le Mali ? Quelques causes majeures de la Crise malienne

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I. Courtes considérations sur les crises africaines :

Au Mali, deux grands principes s’affrontent : le despotisme oriental, dans sa forme la plus exacerbĂ©e, et le politique comme destin de l’Afrique noire. Ce n’est en rien une guerre de religions, entre les branches de l’Islam ou entre ceux-ci et le Christianisme. En rĂ©alitĂ©, le Mali n’est que le terrain oĂč apparaissent et se dĂ©roulent les premiers actes d’une insidieuse confrontation entre le Moyen Orient et l’Afrique, autour de la question gĂ©ostratĂ©gique du Sahara. Qui contrĂŽlera cet immense dĂ©sert sera l’un des prochains maĂźtres du monde.

Ce conflit suit immĂ©diatement la pĂ©riode de dĂ©sintĂ©gration des souverainetĂ©s africaines et ouvre une Ă©poque nouvelle, dont l’enjeu essentiel est la viabilitĂ© voire l’existence mĂȘme des États en Afrique noire.

Au vrai, le Mali n’est plus un État indĂ©pendant, si ce n’est par l’apparence des attributs. Il ne peut garantir ses frontiĂšres, sa classe politique est anĂ©antie et l’ensemble du corps social est dĂ©semparĂ©. Le Mali n’a plus les moyens de sa propre existence et ne doit sa survie, si l’on en croit ses hommes politiques, qu’Ă  l’intervention de son ancien colonisateur. Aussi affligeant soit-il, ce constat pourrait ĂȘtre Ă©tendu Ă  la quasi-totalitĂ© des États francophones d’Afrique noire. En effet, en matiĂšre de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure et extĂ©rieure, la France porte Ă  bout de bras toutes ses anciennes colonies. Le Mali en est l’exemple le plus cru et le plus Ă©clatant. Cruelle ironie de l’histoire, jamais la FrançAfrique n’a Ă©tĂ© aussi forte.

Au reste, il y a quarante-trois ans, Ă  Paris, Franklin Boukaka chantait ses « lamentations » africaines, avec AyĂ© Africa. Ce titre, sa triste mĂ©lodie et ses paroles restent dans les mĂ©moires, parce qu’ils mettaient dĂ©jĂ  au jour le dĂ©voiement des États africains, dix ans Ă  peine aprĂšs les indĂ©pendances. Les premiĂšres paroles Ă©tablissent un constat sans Ă©quivoque : AyĂ© Ă© Africa, Eh Ă© Ă© Africa, O oh lipando.

Pour les nations, ĂȘtre dans l’histoire, y rester, persister, y tenir une place, c’est s’organiser en État. En un État viable et fiable. Aussi controversĂ© soit-il, le Discours de Dakar ne voulait pas dire autre chose. La Crise malienne rĂ©vĂšle la fragilitĂ© des États africains. Et la communautĂ© des sciences sociales africaines, si prolixe en d’autres occasions, s’est enfermĂ©e dans un assourdissant mutisme, quand on se rappelle de son vent de colĂšre soulevĂ© par le Discours de Dakar. Sous ce rapport, le silence d’Adame Ba KonarĂ© est frappant.

Somme toute, la crise malienne conforte les « lamentations » de Franklin Boukaka et elle juge sévÚrement Amadou et Mariam, dont la belle innocence vante les dimanches de mariage à Bamako.

En tous les cas, avec et aprĂšs la Crise malienne, l’Afrique ne sera plus la mĂȘme. Il s’agit d’un tournant dont on n’entrevoit pas encore la portĂ©e, tournant aussi important et dĂ©cisif que de celui de 1989, qui vit l’Ă©croulement du monde soviĂ©tique. Une nouvelle carte des nations est en cours de distribution. Les États africains impotents ne rĂ©sisteront pas.

II. Quelques causes majeures de la Crise malienne.

Le Mali ? Vaste territoire, en Afrique de l’ouest, Ă  la charniĂšre de deux « mondes », arabe et noir. Ex-colonie française. Un État pauvre et un pauvre État. Les institutions publiques n’y sont plus qu’un amas chaotique ou des structures de vacarme. Pire, l’idĂ©e de l’État y a disparue. Il n’en reste que le squelette, une apparence totalement dĂ©charnĂ©e. Le Mali n’a pas Ă©chappĂ© Ă  une vĂ©ritĂ© universelle : un État qui ne se nourrit pas de « l’idĂ©e de l’État », un État qui donc ne repose pas sur lui-mĂȘme, cet État-lĂ  entre en dĂ©composition, de façon inĂ©luctable. Il n’y a pas de magie, mais des rĂšgles objectives dans l’histoire des peuples et des nations.

S’il n’y a pas d’État, comment pourrait-il y avoir de « Chose publique », de RĂ©-publique ? Tout est privĂ©, ou du moins est conçu et gĂ©rĂ© comme une affaire privĂ©e. Le caprice et l’arbitraire sont maĂźtres au Mali. Lorsque [la] vertu cesse, dit Montesquieu, […] la RĂ©publique est une dĂ©pouille. Le Mali est face Ă  cette vĂ©ritĂ©. Or, s’il n’y a ni État ni RĂ©publique, sur quels fondements solides peut reposer la DĂ©mocratie ? Partout est admis qu’une nation ne se gouverne que par les lois. LĂ -bas, la « chose publique » ne s’appuie pas sur la « vertu » ou sur les « lois », mais tout Ă  l’opposĂ© sur les « grins », qui valent plus que les partis politiques. Qu’est-ce que cela qui, tout en Ă©tant informel, est au-dessus du formel, c’est-Ă -dire des partis politiques et des institutions ?

Le « grin » au Mali, Ă©crit Seydou KeĂŻta, est une habitude sociale de rencontres rĂ©guliĂšres entre amis, Ă  la limite entre le « privé » et le « public » ; ce qui revient Ă  admettre que le grin abolit, de fait, la grande distinction rĂ©publicaine entre le « privé » et le « public ». Ils constituent des espaces importants du tissu social. Une sorte d’arbre Ă  palabres, oĂč l’on rend des combines d’arbitrage, oĂč se font et se dĂ©font les arrangements de complaisance, oĂč se recrutent les dirigeants. La RĂ©publique y est malmenĂ©e. Une telle invention, dont on entrevoit le danger et les effets dĂ©vastateurs, a fini par Ă©roder l’ensemble des institutions publiques.

Pour s’en convaincre, relisons la prĂ©sentation qu’en fait Seydou KeĂŻta : Les grins des jeunes, Ă©crit-il, ne sont pas les seuls Ă  ĂȘtre impliquĂ©s dans les activitĂ©s politiques. Les aĂźnĂ©s ont aussi leurs grins. Ils reposent sur des affinitĂ©s parentales, de promotion, de ressortissants d’un mĂȘme village, des bases ethniques, ou mĂȘme des relations de travail.

C’est en leur sein que sont vĂ©hiculĂ©es les idĂ©ologies politiques. Les diffĂ©rentes stratĂ©gies politiques d’ascension au pouvoir sont Ă©laborĂ©es en leur sein, de mĂȘme que les oppositions et les clivages politiques se retrouvent dans des grins diffĂ©rents. Les recrutements politiques commencent dans les grins. Ils constituent les noyaux des associations et partis politiques.

Il y a une relation asymĂ©trique entre les grins des jeunes et ceux de leurs aĂźnĂ©s. Les premiers sont au service des seconds sur la base du patronage. Les reprĂ©sentations populaires au Mali ne disent-elles pas que le Gouvernement lui-mĂȘme n’est formĂ© essentiellement que des membres d’un mĂȘme grin ? Cela dĂ©note de la prĂ©gnance d’un tel regroupement dans la vie sociale des citĂ©s maliennes.

MalgrĂ© la pertinence de cette prĂ©sentation et tout l’intĂ©rĂȘt de l’analyse, comment ne pas s’Ă©tonner que l’auteur ne songe pas, l’ombre d’un instant, Ă  indiquer les pĂ©rils antirĂ©publicains et les risques anti-dĂ©mocratiques que les grins font peser sur l’ensemble des institutions publiques, jusques y compris la formation des gouvernements ? Ses arguments auraient dĂ» le conduire Ă  dire que, au Mali, les gouvernements ne sont que l’expression des grins. Quel scandale !

Au Mali, la corruption a tout emportĂ©, particuliĂšrement la citoyennetĂ© et le patriotisme qui rendent seules savent rendre vivantes les institutions rĂ©publicaines. C’est le mal qui gangrĂšne tout le corps social. La corruption est plus forte et mieux enracinĂ©e, que partout ailleurs dans la sous-rĂ©gion.

« L’affaire SaĂŻdi » (SICG Mali) est un exemple Ă©loquent. Ce promoteur ivoirien d’origine libanaise, aprĂšs avoir construit les Halles de Bamako et quelques programmes immobiliers, s’est vu spoliĂ© et dĂ©possĂ©dĂ© de ses droits Ă©lĂ©mentaires. « L’affaire SaĂŻdi » suffit Ă  elle seule Ă  illustrer la nature, le degrĂ©, l’Ă©tendue et les mĂ©thodes de la corruption.

Dans cette injustice organisĂ©e, hormis quelques journaux, dont La DĂ©pĂȘche aux titres Ă©vocateurs, tous se sont liĂ©s pour le dĂ©pouiller : et le gouvernement, et l’administration, et les banques, et la Justice qui, dans une ligue d’intrigue, lui ont « pris » 25 milliards de Francs CFA.

Citoyens maliens et amis du Mali, « la patrie est en danger », et pas depuis janvier 2013. Il y a longtemps déjà.

En effet, si la chronologie politique de la dictature militaire (1968 – 1991), avec tout son lot d’arrestations arbitraires, d’abus de pouvoir, de suppressions brutales des libertĂ©s individuelles et publiques, de gabegies, de concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul, si ces pratiques liberticides montrent l’affaissement progressif des institutions, il n’en reste pas moins vrai que le rĂ©gime ATT qui a succĂ©dĂ© Ă  la DeuxiĂšme RĂ©publique, et qui n’eut de rĂ©publique que le nom, n’a rien rĂ©glĂ© des grands problĂšmes du Mali (crise sociale, question Touareg, etc.).

Car, il n’y pas pire mal, pour une nation, que la corruption des mƓurs publiques, auquel rien ne rĂ©siste et qui ravage tout. Rien ne rĂ©siste donc Ă  la corruption, sinon la vertu. Il n’y a nul autre remĂšde. C’est pourquoi, Ă  sa maniĂšre et fort justement, Cabral dira : en Afrique, il suffit seulement d’ĂȘtre honnĂȘte.

C’est cela « l’esprit public », l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Tout le reste coule de source : le repos public, la solidaritĂ©, la croissance, le dĂ©veloppement, l’alternance politique, etc. Un État juste est invincible. Car tous ses membres savent ce qu’ils ont Ă  dĂ©fendre.

Alors, au Mali, que voulait-on qu’il advint ? Le 25 mars 2012, un capitaine-sans-projet et une poignĂ©e de soldats dotĂ©s d’un matĂ©riel militaire d’occasion renversent un rĂ©gime qui, depuis longtemps, ne reposait que sur du « bois pourri ». En une demi-journĂ©e, la dĂ©pouille d’un État, d’une RĂ©publique et d’une DĂ©mocratie a Ă©tĂ© incinĂ©rĂ©e.

C’est que ces trois structures Ă©taient dĂ©jĂ  moribondes, quand elles furent frappĂ©es. Le capitaine-sans-projet, pourrait-on dire, n’y est pour rien. Il n’a fait que rĂ©vĂ©ler Ă  la face du monde stupĂ©fait, et avec une dĂ©concertante facilitĂ©, toute la putrĂ©faction d’un rĂ©gime qui, en deux mandats prĂ©sidentiels, a Ă©puisĂ© et vidĂ© la belle citoyennetĂ© malienne.

Qui ne se souvient, en effet, et avec une Ă©motion sublime, de la vigueur citoyenne qui emporta la dictature militaire de Moussa Traoré ? La jeunesse y prit une part dĂ©terminante. Mais,  oĂč sont-ils ces jeunes citoyens qui s’Ă©taient lĂ©gitimement arrogĂ© le droit Ă  l’insurrection au nom de l’amour de la patrie ?

L’amour de la libertĂ©, Ă©crit Mably, suffit pour donner naissance Ă  une RĂ©publique ; mais l’amour seul pour les lois peut la conserver et la faire fleurir, et c’est l’union de ces deux sentiments que la politique doit faire par consĂ©quent son principal objet. C’est tout le contraire qui a Ă©tĂ© engagĂ©.

Qu’a-t-il Ă©tĂ© fait de cette jeunesse malienne, une des plus conscientes du continent noir ? Je la reverrai toujours dĂ©filer dans Bamako Ă  l’annonce de l’assassinat de Cabral, le 20 janvier 1973. OĂč est cet esprit de libertĂ© de l’Association des Ă©lĂšves et Ă©tudiants du Mali de ce juin 1990, qui anima les journĂ©es rĂ©publicaines du 21 au 26 mars 1991, rĂ©primĂ©es dans le sang, et aboutirent Ă  la chute du dictateur ?

OĂč est la force des manifestations estudiantines du 5 avril 1993 ? Et l’Ă©lan de libertĂ© et de justice qui porta les journĂ©es du 3 au 15 fĂ©vrier 1994 ? Et toi Birus, oĂč es-tu donc ? Il me souvient de notre dernier entretien, Ă  Bamako, sur les valeurs qui font vivre la RĂ©publique ?

Et toi l’ami, Anatole SangarĂ©, soldat droit et militaire de devoir, reprĂ©sentant de la communautĂ© catholique du Mali ? Je garde trace de la dĂ©dicace que tu me fis, le 24 dĂ©cembre 2003, Ă  la Gare du Nord, Ă  Paris. Et vous Kafougouna KonĂ©, oiseau du ciel, oĂč sont vos Migs ? Je me revois dans votre ministĂšre, oĂč vous me fĂźtes l’amitiĂ© de me recevoir. Et vous Aminata TraorĂ©, Marianne du Mali, qu’attendez-vous pour tonner, de votre voix forte qui traduit votre Ă©thique des convictions ? Et combien d’autres vaillants Maliens !

C’est pourquoi le spectacle est triste de ne voir aucun sursaut d’orgueil national. Accepterez plus longtemps que la presse politico-anthropologique (Pascale Boniface, Antoine Glaser, Stephen Smith, etc.) et les mĂ©dias du monde diffusent, Ă  longueur de journĂ©e, des tĂ©moignages de Maliens dĂ©semparĂ©s remerciant la France et appelant les pays voisins au secours, comme s’ils avaient perdus toute ardeur au combat pour la liberté ?

Quel affligeant spectacle offert par TiĂ©blĂ© DramĂ©, ex Premier ministre, sur les plateaux de France 2 allant jusqu’Ă  oublier que seul un peuple libre se ibĂšre de son dictateur ou se dĂ©livre de ses envahisseurs. La France ne peut faire la guerre du Mali Ă  la place du Mali. N’aurait-il pas pu, lui, prĂ©senter la France comme l’alliĂ© du Mali ?

L’honneur eut Ă©tĂ© sauf. Mais il ne le peut, parce qu’il ne croit plus en son pays, en son peuple. Le Mali a « prĂȘtĂ© son palabre » Ă  la France. Il est des dĂ©lĂ©gations honteuses.

Aux sombres heures de la France, lorsque les Nazis, aprĂšs avoir percĂ© Maginot, enchaĂźnĂšrent l’État français, il s’est trouvĂ© un homme qui rĂ©apprit Ă  son peuple ce qu’est l’idĂ©e de l’État dont parle Hegel. Aussi, pendant que j’Ă©coutais TiĂ©blĂ© DramĂ©, je revoyais un autre spectacle, plus digne celui-lĂ , La Pepa de Sara Baras, dont le Flamenco retrace l’exploit espagnol face aux troupes napolĂ©oniennes.

C’est qu’un peuple libre est invincible. Un peuple qui a Ă©tĂ© libre une fois, l’est pour toujours. Et lorsqu’il a renversĂ© une dictature, que peut-il craindre ?

Pauvre Etat, car au Mali l’amour de la libertĂ© et l’amour pour les lois ont Ă©tĂ© perdus, sous le rĂ©gime prĂ©cĂ©dent. En 2004, alors qu’Ă  renfort d’oukases et de batteries la presse politico-anthropologique louait le rĂ©gime ATT, j’interrogeais gravement : Le Mali, pour combien de temps encore ?

En effet, tous les prophĂštes de flatteries qui savent si bien prendre demeure dans les cabinets prĂ©sidentiels et les chancelleries, tous les spĂ©cialistes français de l’Afrique qui occupent les mĂ©dias et jusqu’Ă  l’assourdissement de masse entretenue par la presse internationale, tous, vantaient les mĂ©rites du rĂ©gime ATT comme modĂšle Ă  suivre, mais qui dans son fond n’Ă©tait qu’un systĂšme qui vidait de leur substance Ă©thique l’État, la RĂ©publique et la DĂ©mocratie.

Aucun d’eux ne voulut voir ni entendre. Chacun voulait tromper ou, pire, ĂȘtre trompĂ©. Tout le monde le sera. Car enfin, si un capitaine-sans-projet parvient si facilement Ă  renverser un rĂ©gime « modĂšle », mais qui en vĂ©ritĂ© a fini comme il a commencĂ© dans la farce, comment imaginer que les dĂ©bris de ce rĂ©gime et un capitaine-sans-projet puissent rĂ©sister Ă  Aqmi, Ă  Ansar Dine, au Mujao, Ă  Boko Haram, etc., qui, au Sahel, ont formĂ© une dendrite internationale, trĂšs disciplinĂ©e, aguerrie, solidement armĂ©e et surdĂ©terminĂ©e, avec une inouĂŻe volontĂ© d’expansion « religieuse » ?

Personne ne voulut voir la lente et inexorable Ă©rosion des institutions et l’entreprise d’affaiblissement de la citoyennetĂ© et du patriotisme maliens. Les sourds d’hier s’Ă©meuvent aujourd’hui de ne pas entendre L’Etat. Tous feignent d’ignorer et s’Ă©tonnent de l’absence d’une « ArmĂ©e sans armes ».

On est dans quoi-là ?, aiment Ă  dire les Ivoiriens quand l’absurde dicte sa courbe aux Ă©vĂ©nements. Constat de bon sens : il eĂ»t coĂ»tĂ© moins cher au Mali, Ă  la France et au monde aujourd’hui, si l’armĂ©e malienne avait Ă©tĂ© dotĂ©e de matĂ©riel militaire et instruite dans l’art de la guerre.

Et, avec dĂ©lectation, les reportages tĂ©lĂ©visĂ©s français en rajoutent, qui montrent Ă  l’opinion publique europĂ©enne des soldats maliens Ă©bahis Ă  la vue d’un hĂ©licoptĂšre, ou un militaire malien Ă  l’entraĂźnement et feignant de tirer, et qui, faute de minutions, reproduit le bruit des balles.

Ou encore l’ArmĂ©e française qui, aprĂšs avoir  chassĂ© les rebelles de Gao et de Tombouctou par les bombardements aĂ©riens, stoppent net leur avancĂ©e aux portes de ces villes et invite l’armĂ©e malienne Ă  y entrer et Ă  en prendre possession.

Quel spectacle ! On avait connu la drÎle de guerre. Là, nous voyons une guerre drÎle. Pauvre Mali, qui, à la face du monde, joue avec son propre sort !

Nous payons en drames et en vies humaines, en recul de croissance et en expansion de la pauvretĂ©, en foule de rĂ©fugiĂ©s, en famine, en instabilitĂ© politique et en misĂšre mĂ©dicale, ce que les responsables n’ont pas voulu voir. Et si nous n’y prenons garde, peut-ĂȘtre assisterons-nous Ă  la formation du premier État islamiste de l’Afrique dans le Sahel. Alors, prenons garde !

Car les mĂȘmes qui, hier, ne voulurent pas voir les difficultĂ©s maliennes se rĂ©pandent Ă  prĂ©sent en longs discours d’explication et justifient leur erreurs d’analyse et de dĂ©cision par la guerre française au Mali. Aucun d’eux, bien Ă©trangement, ne parle de la SociĂ©tĂ© civile. Mais c’est d’abord d’elle et de l’ArmĂ©e malienne moquĂ©e que viendra ce qui sauve.

III. François Hollande et l’Occasionalisme de Malebranche :

M. François Hollande aurait donc eu raison d’intervenir. Il l’aurait fait Ă  temps. Quelques jours plus tard, dit-on, il n’y aurait plus de Mali. Ainsi, en une semaine un État peut disparaĂźtre. Et tout ce que l’histoire universelle n’enseigne pas (disparition subite des États), nous devrions donc l’accepter et nullement le contester ?

Mais, aussi difficile que soit une situation, aussi grand que soit le pĂ©ril, il n’est aucun argument d’autoritĂ© qui puisse ou ne doive affaiblir l’esprit critique, cet exercice banal de la raison naturelle.

Appelons ici Bossuet, dont l’un des grands enseignements est prĂ©cisĂ©ment ce qu’il appelle la science des temps. Il est, dit-il, du devoir du prince de savoir penser et agir Ă  propos, ni avant ni aprĂšs, mais au bon moment.

Les Grecs anciens nommaient cela le kairos, le temps opportun. La France s’est-elle conformĂ©e Ă  « la science des temps » ? Le prĂ©sident François Hollande a-t-il dĂ©cidĂ© selon le kairos ?

Plus d’un, Ă  droite et Ă  gauche, lui reprochent de n’avoir pas fixĂ© un cap et des objectifs, d’oĂč ses changements continus. A premiĂšre vue, les faits leur donnent raison. En effet, François Hollande n’avait-il pas publiquement affirmĂ© que la France ne s’engagerait pas au Mali, comme en RĂ©publique Centrafricaine, au motif qu’elle n’a plus vocation Ă  ĂȘtre le gendarme de l’Afrique ?

Or, dĂšs la prise de Konna par les Islamistes et la dĂ©sinformation de sa reprise par l’ArmĂ©e malienne, il a d’autoritĂ© constitutionnelle engagĂ© la France, en dĂ©clarant que cette implication ne se limiterait tout au plus Ă  un appui logistique et aĂ©rien, dans le but de stopper l’avancĂ©e des Islamistes qui se dirigeaient vers Bamako oĂč rĂ©side une forte communautĂ© française.

Puis, quelques jours plus tard, contradiction nouvelle, il dĂ©cide d’engager au sol prĂšs de trois bataillons français.

En outre, aprĂšs avoir indiquĂ© que cette intervention serait de courte durĂ©e et localisĂ©e, il affirmera qu’elle durera autant que nĂ©cessaire et sur toute l’Ă©tendue du territoire malien. Toutes ces variations lui ont valu un double reproche : improvisations (imprĂ©paration, organisation sur-le-champ, hĂątive, absence de  vision) et imprĂ©visions (dĂ©faut de prĂ©vision, peu de maĂźtrise des Ă©vĂ©nements).

A premiĂšre vue, ces tĂątonnements semblent indiquer une sĂ©rie d’improvisations doublĂ©e d’une suite d’imprĂ©visions.

Si tel Ă©tait le cas, nous pourrions lĂ©gitimement en ĂȘtre choquĂ©s, parce qu’il n’entre pas dans les usages rĂ©publicains que le Chef de l’État français ne fixe pas de cap ni d’orientation, alors que la Constitution lui confĂšre cette prĂ©rogative quasi monarchique.

Mais, au fond, ne serions-nous pas tout simplement en prĂ©sence d’un PrĂ©sident qui, de façon inconsciente ou non, et contre toute attente, ne ferait que mettre en pratique, au cƓur du champ politique français, l’Occasionnalisme  de Malebranche ?

Selon Nicolas Malebranche, le monde n’est rĂ©git que par des causes occasionnelles que Dieu met savamment Ă  profit, pour agir dans l’histoire. Par consĂ©quent, les causes rĂ©elles des actions individuelles et collectives Ă©chappent aux hommes.

Tout n’est qu’occasion pour Dieu, c’est-Ă -dire moment d’intervention dans le cours du monde. Dans le Tout rĂ©side les « occasions » qui ne sont que des causes pour ainsi dire fictives, des causes qui ne sont pas effectives ; et parce qu’elles sont sans effet, elles ne sont pas vĂ©ritables.

Pour Malebranche, Ă  l’opposĂ© d’Aristote, il ne peut donc exister de causes substantielles (existant par elles-mĂȘmes), puisqu’elles sont toutes « occasionnelles ». L’Occasionalisme est le systĂšme de causes occasionnelles.

A bien observer, François Hollande semble avoir complĂštement laĂŻcisĂ© cette conception malebranchiste, pour l’appliquer au champ politique.

En effet, pour la premiĂšre fois, qui plus est en RĂ©publique française, un Chef d’État dĂ©veloppe, de façon mĂ©thodique, une ligne politique qui se donne Ă  voir comme une suite combinĂ©e d’occasions.

Cette politique, qui laisse circonspect, peut se dĂ©finir, d’une part, comme le rapport entre les occasions, et, d’autre part, la gestion mĂȘme de ce rapport. On comprend mieux pourquoi le Premier ministre de son gouvernement apparaĂźt autant en dĂ©phasage.

Car lĂ  oĂč François Hollande attend les occasions, Nicolas Sarkozy, lui, recherchait ardemment des « dossiers » ou des « cas » voire mĂȘme les suscitaient.

Ainsi, l’affaire de l’Arche de ZoĂ© n’Ă©tait pour Nicolas Sarkozy qu’un « cas », un casus, un Ă©vĂ©nement, dans lequel retentissait l’ancien cadere qui signifie « tomber ». Tout « tombe », pour Nicolas Sarkozy. Aussi conçoit-il les « cas » comme des faits « accidentels » qui ne peuvent ĂȘtre relevĂ©s que par une technĂš, un savoir-faire technique portĂ© par une Ă©nergie personnelle qui porte aux excĂšs, quand François Hollande ne saisit que les occasions, et ce en autant d’Ă©vĂ©nements « nĂ©cessaires » (qui s’imposent par eux-mĂȘmes) auxquels il doit simplement s’ajuster.

Une telle diffĂ©rence concerne le fond, c’est-Ă -dire la maniĂšre d’ĂȘtre, et n’est pas seulement la forme ou le style, comme les politologues s’efforcent de nous le faire croire. Pour ces derniers, cette conception occasionnaliste est incomprĂ©hensible, parce qu’ils leur manque les fondamentaux de la pensĂ©e.

Il y a chez François Hollande une fiance affirmĂ©e dans les occasions et les causes occasionnelles. Sa longue « absence » politique aprĂšs sa victoire Ă  la prĂ©sidentielle, et qui a tant inquiĂ©tĂ©, n’a durĂ© que le temps que surgisse une occasion.

Ainsi a-t-il apprĂ©hendĂ© la crise du Mali comme une cause occasionnelle, et l’on ne saurait expliquer autrement le caractĂšre individuel et solitaire de sa dĂ©cision d’agir, tout comme la promptitude de son engagement militaire et l’Ă©tonnement que ces deux faits ont suscitĂ©.

Car l’occasion se suffit Ă  elle. Elle est Ă©rigĂ©e en « principe de raison ». Florange, par exemple, ne surgit pas comme une occasion, mais plutĂŽt comme un « cas », ce qui ne peut vraiment l’intĂ©resser. C’est le domaine du Premier ministre. Il suffirait que ce « cas » se transforme en cause occasionnelle, pour qu’il s’en empare aussitĂŽt et s’y implique.

Quant au « mariage pour tous », il n’est ni une cause occasionnelle ni un « cas », d’oĂč les atermoiements de François Hollande qui en confie la responsabilitĂ© Ă  la reprĂ©sentation nationale.

En revanche, l’affaire Dominique Strauss Khan fut pour lui une cause occasionnelle, dont il a su si bien tirer parti.

Au fond, il ne semble pas croire en la grĂące, en la prĂ©destination Ă  la maniĂšre du protestantisme. Tout n’est pour lui qu’occasion, comme l’affaire Florence Cassez ou le controversĂ© impĂŽt Ă  75% spontanĂ©ment sorti d’une occasion.

Les exemples d’occasions et de causes occasionnelles pourraient de la sorte ĂȘtre multipliĂ©s, pour de montrer comment ils jalonnent et structurent sa carriĂšre politique. Cette problĂ©matique est la matiĂšre d’un essai en cours de rĂ©daction, Hollande et l’Occasionalisme de Malebranche.

Mais on aurait tort de croire que ce trait personnel est totalement dĂ©connectĂ© de la rĂ©alitĂ© nationale. Outre le fait qu’il prend racine dans une tradition thĂ©ologico-philosophique française, celle de Malebranche, cette inclination correspond Ă  une caractĂ©ristique culturelle bien française. En effet, comme le prĂ©tend Bruno Pinchard Les Français sont des occasionnalistes. Mais le savent-ils toujours ?

IV. RĂ©percussions libyennes.

Reprenons le fil de nos propos sur le Mali, en opĂ©rant une courte digression sur la Libye. L’aveuglement libyen de Nicolas Sarkozy, qui ne voulut pas voir les liens organiques entre la Jamahiriya libyenne et ses États voisins, en particulier le Mali, est lourd de trop de consĂ©quences.

Outre qu’elle partage une longue frontiĂšre avec le Mali, la Libye avait Ă©tĂ© une terre de refuge pour les Touaregs maliens, aprĂšs 1980, oĂč nombre d’entre eux furent enrĂŽlĂ©s dans les armĂ©es de la Jamahiriya. Et nous savions le rĂŽle de mĂ©diateur que le Colonel Kadhafi tenait dans la vieille crise entre Bamako et l’Azawad.

Fallait-il ĂȘtre grand clerc pour imaginer qu’une dĂ©structuration de la Jamahiriya aurait mĂ©caniquement une rĂ©percussion sur le Mali, dĂ©jĂ  fragile ? Qui ignorait la prĂ©sence de Djihadistes dans les Sahel ? Mais il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, surtout s’il est entourĂ© de conseillers muets. Ainsi, la confusion organisĂ©e en Libye, dont nous n’avons pas fini de payer le prix, a gagnĂ© le Mali en y produisant des dĂ©tonations bien  plus fortes.

A prĂ©sent, au Mali, mĂ©langĂ©, tout est mĂ©langĂ©, pour reprendre le mot d’une caricature ivoirienne. M. Nicolas Sarkozy et les Nations Unies ont tapĂ© dans la Jamahiriya comme on frappe du pied une fourmiliĂšre. Il y avait d’autres options.

Ainsi ont-ils indûment armé les opposants et accepté la mobilisation de Djihadistes qui avaient en horreur le Livre Vert, dont la ligne politique est socialiste et la vocation affichée était de se substituer à la Sunna. Que croyons-nous qui devait arriver ? Car le colonel Kadhafi, bien informé des équilibres de la sous-région, avait averti.

Mais, les prophĂštes des flatteries, la cohorte des spĂ©cialistes de l’Afrique et un philosophe fatiguĂ© dirent en chƓur leur exodos : ” regardez, peuples de la terre, comment un dictateur n’est qu’un menteur et de quelle maniĂšre il est puni ”. Bossuet a raison de dire que tout prince doit se dĂ©fier de ses conseillers qui donnent des conseils pour eux-mĂȘmes.

Par exemple, trĂšs fatiguĂ©, Bernard Henry Levy conseillait Nicolas Sarkozy pour lui-mĂȘme, comme le montre si bien les Guignols de l’Info. Aujourd’hui, s’agissant du Mali, tous ces conseillers ont « trouvé » une nouvelle cause explicative : la question Touareg. Mais au Mali, le problĂšme premier et le seul, c’est le Mali.

V. Les cinq crises maliennes.

La Crise malienne est une dialectique de cinq grandes crises, qui ont formĂ© un Ă©cheveau difficile Ă  dĂ©mĂȘler. ÉnumĂ©rons ces crises :

Tout d’abord, une « crise politique » sans prĂ©cĂ©dent, dont nous avons rappelĂ© les grandes lignes (faillite de l’État, dĂ©pouillement de la RĂ©publique et extinction de la DĂ©mocratie), qui dĂ©bute avec le coup d’Ă©tat militaire du 19 novembre 1968 ;

Ensuite, une « crise sociale » marquĂ©e par le sous emploi et la prĂ©carisation constante des populations et la formation d’une diaspora de travail ;

Puis, une « crise de la religion » qui, d’un cĂŽtĂ©, voit s’affronter l’Islam africain (laĂŻc et tolĂ©rant) et l’Islamisme d’origine moyen-orientale (salafisme djihadiste), et, de l’autre, fait peser une menace sur la petite communautĂ© chrĂ©tienne.

En outre, une « crise ”raciale” » ou plus exactement phĂ©notypique entre Arabes et Noirs, sur le modĂšle du Soudan, dans laquelle prĂ©vaut l’argumentation ethniciste qui peut ĂȘtre conçue Ă  bon escient, comme le fait Ed. Bernus lorsqu’il affirme que le pays Touareg […] constitue un pont entre le Maghreb et l’Afrique noire, ou alors pour susciter de stupides conflits ethniques, en agitant les diffĂ©rences phĂ©notypiques comme autant de facteurs essentielles.

Enfin, la « crise du transit des narcotiques » mis au jour par la ”stupĂ©fiante” aventure du « Boeing 727 de la coke », et qui vise Ă  faire du Sahara (donc depuis l’intĂ©rieur du continent) le point d’escale le plus court pour l’Ă©coulement de la cocaĂŻne vers l’Europe, avec l’abandon des voies maritimes plus longues et mieux surveillĂ©es.

La dialectique de ces cinq crises (influence réciproque des causes, interaction des facteurs,  relance des effets, des contradictions et les évolutions inhérentes à ce processus) donne à la Crise malienne une dimension spécifique, lui confÚre son caractÚre particulier et détermine sa force de propagation sous-régionale voire au-delà.

C’est cette dialectique, oĂč la corruption est le ferment et le facteur dĂ©terminant, qui a fait s’effondrer le Mali, aprĂšs la GuinĂ©e-Bissau. Dans les mĂȘmes circonstances, des causes identiques produisent les mĂȘmes effets.

Par suite, si rien n’est entrepris, comme rien n’a Ă©tĂ© fait en GuinĂ©e-Bissau, un troisiĂšme pays de la sous-rĂ©gion s’Ă©croulera.

Tout comme la GuinĂ©e-Bissau qui, Ă  force d’ajustements structurels, de gabegie, d’une armĂ©e dĂ©voyĂ©e, de tensions interethniques et de politiques publiques inadaptĂ©es, a Ă©tĂ© livrĂ©e au narcotrafic, le Mali est en passe d’ĂȘtre abandonnĂ© au narcotrafic et aux Islamistes. L’ouest africain en sera dĂ©stabilisĂ©.

Aqmi croĂźt dans le terreau de cette quintuple crise. Et toute l’Afrique de l’ouest, qui constitue un vaste ensemble gĂ©ographique, historique et anthropologique est directement concernĂ©e.

Tous les pays, tous les Etats y ont un lien organique et structurel. Tel est « l’effet papillon » : un Ă©vĂ©nement dans l’un de ces pays affecte tous les autres.

La Crise ivoirienne l’a bien montrĂ©. Si « la planĂšte est un village », l’Afrique de l’ouest est un quartier, dans lequel se dĂ©roule des batailles qui ne sont que des Ă©pisodes de la grande guerre ouest-africaine.

La CĂŽte d’Ivoire, grand Ă©lĂ©phant de verre, signale dĂ©jĂ  dans sa rĂ©gion nord la prĂ©sence d’Ă©lĂ©ments djihadistes.

A titre prĂ©ventif, elle devrait s’instruire de la Crise malienne et faire son unitĂ© nationale. En effet, si le Mali n’avait pas laissĂ© croĂźtre la « Question Touareg », Aqmi n’eut pas Ă©tĂ© aussi fort. Toute division nationale et les guerres civiles qui en dĂ©coulent sont des brĂšches profondes.

Qui peut croire que la CĂŽte d’Ivoire, poumon Ă©conomique de la Cedeao, n’est pas ou ne sera pas Ă  court terme une cible ?

Le Burkina Faso, quelque peu affaibli, lui est historiquement liĂ©, tout comme le LibĂ©ria, qui se remet difficilement d’une odieuse guerre civile, et le Ghana, le frĂšre rival, qui forme un tout avec le vacillant Togo et le BĂ©nin qui demeure un point d’appui, « mais, pour combien de temps encore ? ».

La CĂŽte d’Ivoire est Ă©galement rattachĂ©e Ă  la GuinĂ©e-Conakry, pays en Ă©quilibre prĂ©caire, qui forme un sous-ensemble avec la Sierra LĂ©one en situation dĂ©licate.

Le SĂ©nĂ©gal, vitrine dĂ©mocratique, est Ă  quelques encablures du Mali, avec lequel il fut liĂ© fĂ©dĂ©ralement dans un passĂ© rĂ©cent. Qui tient Bamako, menace directement Dakar. Qui dirige Bissau peut provoquer Dakar (crise de la Casamance) et inquiĂ©ter Banjul (Gambie) ou vice-versa, car ces trois capitales appartenaient Ă  l’ancien empire du Cayor.

Le Sénégal doit faire sa concorde nationale mise à mal par les derniÚres présidentielles. La Guinée-Bissau, elle, est déjà paralysée. La Gambie, petite enclave, ne résistera pas aux secousses.

La Mauritanie, instable, liée au Sénégal,  doit craindre sa « malisation », en raison des tensions entre Noirs et Arabophones.

Le Niger, outre la famine, ne supportera pas le basculement du Mali. Le Cap Vert est Ă  part, protĂ©gĂ©e par la mer et une classe politique responsable. Le NigĂ©ria, gĂ©ant de la sous-rĂ©gion, n’a pas vaincu Boko Haram. Que peut-il au Mali, le plus fragile de tous les États ?

Plus au nord, d’aprĂšs le bornage rectiligne du 8 mai 1983, l’AlgĂ©rie partage 1400 kms de frontiĂšres avec le Mali. Mais pourquoi s’engagerait-elle Ă  l’extĂ©rieur de ses frontiĂšres, de façon directe dans un conflit qu’elle a externalisĂ© et dont elle est Ă  peine sortie ?

Sous ce rapport, comment ne pas se demander si la surprenante prise d’otages sur le site gazier de Tiguentourine, prĂšs d’In Amenas, ne vaut pas comme un avertissement direct adressĂ© Ă  l’AlgĂ©rie, pour qu’elle reste neutre dans les conflits qui sont en cours au Sahara, au risque de devoir subir la paralysie de son principal secteur d’activité ?

Pour l’AlgĂ©rie, la crise malienne vaut-elle la mise en jeu de son moteur de sa croissance ? Et si cette Ă©pineuse question Ă©tait celle que pose Aqmi Ă  l’AlgĂ©rie ? Il semble que ce soit probablement lĂ  l’enjeu de cette prise d’otages, sinon comment l’expliquer ?

A l’avertissement djihadiste, les autoritĂ©s algĂ©riennes ont rĂ©pondu par une brutalitĂ© inouĂŻe. DĂšs lors, les modalitĂ©s d’intervention de l’armĂ©e algĂ©rienne, le choix du matĂ©riel militaire (armes lourdes, chars de combat, hĂ©licoptĂšres, etc.) et la nature du rĂ©sultat de cette opĂ©ration (plus de morts d’Ă©trangers que de terroristes) indique pour toute rĂ©ponse un Ă©quilibre de la terreur.

Le statu quo serait une intention doublement partagĂ©e. Notons donc que l’AlgĂ©rie et tout comme la Mauritanie sont sur des lignes de prudence.

La moitiĂ© du continent africain est directement concernĂ© par  la crise malienne, avec l’implication massive du Tchad (2.000 soldats) et du Burundi, l’Afrique centrale est engagĂ©e. Par le jeu des menaces et des alliances cette crise nous amĂšne Ă  la premiĂšre guerre continentale africaine, qui ne laissera pas indiffĂ©rent le Moyen Orient et l’Occident.

VI. Que peut la France ?

Que peut la France ? Cent guerres et cinq cent batailles, en deux mille ans d’histoire. Une incontestable tradition militaire faite de victoires Ă©clatantes et de lourdes dĂ©faites. Que peut-elle, dans une guerre sans bataille ? Bien peu et beaucoup Ă  la fois.

La guerre du Mali, qui n’en est qu’Ă  des dĂ©buts, tend Ă  ĂȘtre longue et difficile, en raison mĂȘme de sa nature. Elle prolonge la crise libyenne avec laquelle elle entretient des rapports complexes.

En outre, le coĂ»t quotidien de l’engagement militaire français est plus important qu’on ne le dit. Il est Ă  minima de deux millions euros/jour, selon les experts que nous avons consultĂ©s, ce qui le rend insupportable au regard des contraintes budgĂ©taires.

Une annĂ©e de guerre au Mali absorberait la totalitĂ© du budget des OpĂ©rations ExtĂ©rieures (Opex), soit huit cents millions d’euros. En outre, le risque d’enlisement est rĂ©el, si le Tchad ne prend pas la relĂšve. Et dĂšs lors que les Djihadistes passeront Ă  la guerre de guĂ©rilla (retraits des villes et bourgs, harcĂšlements des casernes, attentats suicides, etc.), le rapport de forces pourrait s’Ă©quilibrer.

Or, la France s’est mise en premiĂšre ligne, sans qu’elle ne sache comment se retirer. Sun Tzu enseigne que l’on entre dans une guerre, quand on sait d’avance comment en sortir. Mais, pour envisager une fin, encore faut-il que l’action conduite ait une finalitĂ©.

La difficultĂ© ici tient dans le fait que la « situation d’urgence » invoquĂ©e pour justifier la rapide et soudaine implication française au Mali n’est pas la cause occasionnelle ni ne peut ĂȘtre un but.

En tous les cas, s’il faut fĂ©liciter la France d’avoir arrĂȘtĂ© l’avancĂ©e des troupes djihadistes,  et si nous ne sommes qu’au dĂ©but d’une des guerres ouest-africaines, la question reste entiĂšre de savoir qui sauvera le Mali, si l’on admet qu’aucun peuple n’a jamais Ă©tĂ© libĂ©rĂ© par un autre ?

C’est aux Maliens qu’il revient de sauvegarder le Mali, avec le concours d’alliĂ©s.

Pour lors toutes les institutions publiques maliennes sont « tombĂ©es » et restent dans un Ă©tat de dĂ©labrement. Seuls l’ardeur citoyenne et les combats rĂ©publicains pourront les redresser. L’amour de la patrie, dit Montesquieu, corrige tout.

Rien, en matiĂšre historique, n’est dĂ©sespĂ©rant. Aucune nuit n’arrĂȘte l’aube. Le crĂ©puscule du matin est une conquĂȘte toujours recommencĂ©e. LĂ  oĂč naĂźt le danger, croĂźt aussi ce qui sauve. Rien n’est impossible Ă  un peuple libre ou qui combat pour sa libertĂ©, parce que libre. Nul joug ne rĂ©siste au souffle puissant d’une nation qui combat pour ĂȘtre.

VII. Quatre propositions pour une sortie de la Crise malienne.

NapolĂ©on, qui sut ce qu’est vaincre des peuples, mais aussi ce qu’est ĂȘtre vaincu par des peuples, fixa dans son testament politique, au terme de sa folle course impĂ©riale, une pensĂ©e : l’histoire est la seule philosophie. En nous gardant de donner des leçons de patriotisme aux Maliens, qu’il nous soit cependant permis de faire quatre suggestions politiques :

1°) la mise en place d’un ComitĂ© de Salut public qui, pour une courte pĂ©riode, concentrera tout le pouvoir exĂ©cutif, supprimant ainsi l’actuelle diarchie politico-militaire au sommet de l’État, entre un prĂ©sident « provisoire » et tolĂ©rĂ©, dont le Premier ministre est nommĂ© par un capitaine-sans-projet.

L’une des missions essentielles de ce ComitĂ© de Salut public serait de procĂ©der Ă  une levĂ©e en masse de soldats maliens, d’organiser et de diriger l’armĂ©e dont la tĂąche essentielle sera de sĂ©curiser les frontiĂšres actuelles ;

2°) instituer un changement politique, par la proclamation d’un rĂ©gime parlementaire (sur l’exemple du Cap Vert), qui donne toute sa lĂ©gitimitĂ© Ă  un Premier ministre fort.

L’Ă©lection du PrĂ©sident de la RĂ©publique, au suffrage universel indirect (par les dĂ©putĂ©s), et qui ne peut ĂȘtre que d’origine Touareg, pour les deux mandants suivants. Car il faut savoir mettre un terme aux courses prĂ©sidentielles sur fond ethnique ;

3°) sur la base d’une stricte sĂ©paration des pouvoirs, la reprĂ©sentation nationale malienne devra reprendre l’initiative des lois, autant que durera le ComitĂ© de Salut public. En outre, la Justice et le quatriĂšme pouvoir devront ĂȘtre rĂ©ellement indĂ©pendants.

Sans cette mesure, qui fonde l’objectivitĂ© des institutions, il sera impossible d’Ă©radiquer la corruption qui est le mal le plus profond.

Cette vaste rĂ©forme institutionnelle, conjointement impulsĂ©e par le ComitĂ© de Salut Public et la Justice (l’esprit de modĂ©ration), permettra de poser les fondements de l’idĂ©e de l’État, d’enraciner les deux grandes valeurs de la RĂ©publique, la vertu et la frugalitĂ©.

Il n’y a que la mise en Ɠuvre simultanĂ©e de l’idĂ©e de l’État, du sentiment de vertu et de la volontĂ© de frugalitĂ© qui puisse faire de la DĂ©mocratie une coutume par laquelle pourront ĂȘtre organisĂ©es des Ă©lections libres et le rĂšglement de la question Touareg ;

4°) sous la double initiative de l’Union Africaine et de l’Union EuropĂ©enne, il sera nĂ©cessaire de procĂ©der Ă  la suppression immĂ©diate de toutes les dettes publiques externes et Ă  la suspension de tout ajustement structurel.

Sans cette rĂ©forme de justice sociale, non seulement il ne peut y avoir d’État viable au Mali, mais le Mali ne saura conduire de lutte efficace contre les Narcotrafiquants et Aqmi.

VIII. Conclusion.

Le dĂ©sert croĂźt, disait Nietzsche. Cette parole rĂ©sonne autrement aujourd’hui, en Afrique, pour se laisser entendre comme la dĂ©croissance de L’État. Le Sahara, une fois de plus, surgit comme un destin.

Telles sont les considĂ©rations d’ensemble que suscite la Crise malienne. Celle-ci marque un tournant dĂ©cisif, dont le risque majeur est de voir les États africains s’effondrer.

Et devant le grand pĂ©ril, la pensĂ©e est le plus grand recours, qui prĂ©cĂšde le courage, cet exercice de la volontĂ©. Penser la Crise malienne, c’est revenir Ă  ce qu’est l’essence de l’État qui est trop peu mĂ©ditĂ©e par les intellectuels africains. Hegel a consacrĂ© maintes recherches sur ce qu’est L’État.

Peut-ĂȘtre les Africains gagneraient-ils, enfin, Ă  questionner le plus puissant philosophe de son temps, lorsque, dans les Leçons qu’il lui a consacrĂ©es, il a prĂ©sentĂ© L’État comme la Raison. Écoutons, ce qu’il dit de son ouvrage :

Ainsi, dans la mesure oĂč il contient la science de l’État, ce traitĂ© ne doit ĂȘtre rien d’autre qu’un essai en vue de concevoir et de dĂ©crire l’État comme quelque chose de rationnel en soi […]

Si ce traitĂ© contient un enseignement, il ne se propose pas toutefois d’apprendre Ă  l’État comment il doit ĂȘtre, mais bien plutĂŽt de montrer comment l’ Etat, cet univers Ă©thique, doit ĂȘtre connu.

L’État ne se laisse connaĂźtre que comme idĂ©e, mais une « idĂ©e » effective qui mĂšne le monde. Comble de guigne, il n’y a pas de culture d’État ou d’idĂ©alisme de l’État en Afrique. Aussi peut-ĂȘtre mĂȘme est-ce dans cette « crise de la connaissance » que la Crise africaine demeure dans toute son ampleur. Le Mali le montre. Mais ce pays, qui n’est plus un pays-État, voudra-t-il s’Ă©lever Ă  cette idĂ©e ? Et s’il le veut, le saura-t-il ?

Mably a donnĂ© la clé de cet idĂ©alisme politique : l’union de « l’amour de la liberté » et de « l’amour des lois », qui doit devenir le principal  objet de la politique. Mettre en pratique politique cette union, c’est surmonter le destin qui prĂ©occupait tant mon vieil ami, Jean-Pierre Ndiaye, dont je salue la mĂ©moire.

Dr Pierre Franklin Tavares (ubiznews.com)

Paris, le 1 février 2013

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35 COMMENTAIRES

  1. Hi coco; effectiviment c’est ma reaction, mais je ne deborde pas. Je ne comprenais pas ou’ il voulait en venir et en outre, je pensais qu’il critiquait implicitement la France d’etre venue sauver le mali. Le mali a vecu dix mois d’enfer, donc, la France a tres bien fait de faire sortir le mali de l’enfer et le mali lui sera reconnaissant toute sa vie. Il fallait vivre a tombouctou, kidal ou Gao pour comprendre de quoi je parle. Je ne nie pas que la corruption et l’incompetence et l’amateurisme ont atteind un niveau eleve’ au mali et je le denonce toujours sans crainte. Par contre, je trouve que tu es succeptible et tu t’emportes pour peu de chose.

  2. Mopti A

    Ouvre bien tes pensĂ©es Ă  accepter cette analyse statuant sur la question de la geolpolitique et de la francafrique qui prend a bras le corps l’afrique colonialiste
    bonne analyse d’un intello, et non d’un journaliste alimentaire comme chahana ag takiou

  3. La premiĂšre cause de la crise malienne sont les maliens eux memes !Depuis plusieurs dĂ©cennies le Mali se reposait sur deux bequilles : les algĂ©riens quand il y avait des problĂšmes avec les touareg ,et Kadhafi qui bouclait vos fins de mois avec ses valises de petrodollars .A se demander si le vrai president du Mali n’etait pas votre guide prĂ©fĂ©rĂ© ? Ce dernier disparu ,c’est la catastrophe la mangue trop mure ,pour ne pas dire pourrie est tombĂ©e de l’arbre 🙄 🙄 pas d’etat ,pas d’armĂ©e ,pas de police,pas un franc dans les caisses ,une Ă©ducation en chute libre et un secteur santĂ© ou l’on risque sa vie en entrant Ă  l’hopital .
    Maintenant les maliens doivent se retrousser les manches et repartir Ă  zĂ©ro ,avec un retard de 50 ans ……..et sans toujours compter sur les autres .

  4. Cette article est nulle a chier; en outre, il n’a rien a’ voir avec son titre. Parfois je me demande dans quelles ecoles de journalismes ont ete’ forme’s
    certains journalistes maliens.

    • @MoptiA Opti:

      Cette analyse est proposĂ©e par un philosophe, pas par un journaliste. Vous feriez mieux de nous dire quelles sont les parties qui vous choquent….. 😆

    • 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆
      😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆
      TOURNES TON ECRAN DANS LE BON SENS !

      • …..Naturellement mon “”””TOURNES TON ECRAN DANS LE BON SENS “”””””” s’adresse Ă  @MoptiA Opti! 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆

    • tu es du genre Ă  ne pas aimer voir la rĂ©alitĂ© ,d’autre part regardes le bas de l’article ,d’aprĂ©s son nom je ne pense pas qu’il soit malien . :mrgreen:

  5. CE N’EST PAS FACILE D’ENTRER DANS L’HISTOIRE, POUR CELA IL FAUT FAIRE QUELQUE CHOSE. CETTE CHOSE S’APPREND ET SE TRANSMET. L’APPRENTISSAGE ET LA TRANSMITION DE CETTE CHOSE CONDUIT Á L’ACCUMULATION DE SAVOIRS ET DE SAVOIR FAIRE AVEC INTELLIGENCE. L’INTELLIGENCE EST LA SEULE BASE DE TOUTE FORME D’INDÉPENDANCE QU’ELLE SOIT CULTURELLE OU ÉCONOMIQUE.
    APRES TROIS LECTURES SUCCESSIVES DE L’ARTICLE NOUS NOUS RENDONS COMPTE QUE L’ETAT GENERAL ET LE STATUT POLITICO-ÉCONOMIQUE ET CULTUREL DE L’AFRIQUE, PRÉCISEMENT LE CONTEXTE MALIEN, RESSEMBLE Á CELUI DE LA BASSE-COUR AGRICOLE OÚ LE SUJETS D’ÉLEVAGE NE SONT QUE DES HUMAINS DE PEAU NOIRE.
    CET STATUT EST IMPLICITEMENT ADMIS CAR AUCUNE LOGIQUE INTERNE NE CONTREDIT CET ÉTAT DES CHOSES, PUISQUE CETTE LOGIQUE EST INEXISTANTE. ICI LE MODE DE VIE EST DICTÉ PAR DES RÉFLEXES PRIMAIRES SANS CONSÉQUENCE ET EXPÉRIENCE ACCUMULÉE.
    PARTANT DE CE CONSTAT, LA FORME D’EXISTENCE AU MALI, EST LA SEULE DICTÉE, IMPOSÉE PAR L’EXTÉRIEUR SELON LES CRITERES DE RENDEMENT

  6. Dites non aux castes bleues au Mali, si jamais les castes bleu sera déployé au Mali il aura jamais la paix, on a besoins uniquement la force CEDEAO et force Africaine, mais pas de castes bleu.
    Vive le Mali
    Vive la France

    • @ Iamda:

      Vos arguments ne sont pas convainquants! 😆 On ne comprend pas trop pourquoi, d’aprĂšs vous, le dĂ©ploiement des casques bleus de l’ONU aurait des consĂ©quences si nĂ©gatives….

      • les casques bleus recoivent leur salaires (parfois x50 ce qu’ils gagnent chez eux) grace aux crises et guerres. Faites la deduction. Pas de crises, pas de guerre, pas de salaires

  7. CHAPEAU POUR LA GRANDE CONNAISSANCE DE L®ESPRIT DE L®ETAT AFRICAIN DÉGÉNÉRÉ!

    MAIS NULL NULL EN CONNAISSANCE TOUAREG!

    CHER EXPERT , AJOUTEZ A TOUTES VOS CITATIONS CELLE-LA QUI NÂŽEST NI DE MONTESQUIEUX NI DE HEGEL

    “SI DIEU NE VOUS DONNE PAS LA VERTU DANS LE LAIT MATERNEL ALLEZ LA CHERCHER AU SOLEIL CHAUD DE LÂŽHISTOIRE” SAGESSE PAYSANNE.

    EH bien Ceci a eté oublié depuis plus de 20 ans par les acteurs politiques du Mali
    ( y compris les soi disant Indépendantistes Touareg qui, Dieu soit Loué ne réprésentent que soi-memes, et pas la majorité Touareg ).

    Ceux qui ont encore un semblant de vertus sont écartés ou oubliés, commes les masses rurales mal encadrées et plongées dans la fracture numérique et la chereté exponentielle de la vie!
    Du coup eux aussi pour la plupart ont attrapé le mal politique et la malbouffe MATRICIDE! resultat: Vous lŽavez dit LA FIN DES VERTUS!
    TOUTE FOIS BRAVO POUR VOTRE BELLE ANALYSE QUÂŽAUCUN MAALIEN NE POURRA REFUTER A cent pour cent

  8. Excellente contribution. Je partage complĂštement les analyses sur la dĂ©liquescence de l’Etat au Mali en particulier et dans toute la sous-rĂ©gion en gĂ©nĂ©ral. Toutefois, considĂ©rer que si une solution rapide n’est pas trouvĂ©e, beaucoup de nos pays disparaĂźtront, est une dĂ©duction que je m’abstiendrais de faire. Un tel scĂ©nario est invraisemblable dans la mesure oĂč les rĂ©alitĂ©s sociologiques, ethniques, religieuses et politiques ne sont pas les mĂȘmes dans ces pays. De mĂȘme, les propositions de sortie de crise ne me conviennent nullement parce que dans un pays oĂč 90% de la population est illettrĂ©e, je pense que c’est grĂące Ă  la formation que nous pourrons relever les diffĂ©rents dĂ©fis. Tant que les gĂ©nĂ©rations qui vont venir n’auront pas une autre approche de la chose publique que celle qui existe actuellement, nous aurons beau multipliĂ© “les ComitĂ©s de Salut Public” que cela ne changerait rien Ă  la donne. Enfin, il conviendrait de sĂ©parer vĂ©ritablement la religion de l’Etat. Une gageure ?

  9. Des Ă©lĂ©ments intĂ©ressants certes mais franchement la digression sur les grins et leur impact sur la vie socio-politique manque de sĂ©rieux. Vous avez M. le Dr des raccourcis et des libertĂ©s sur vos dĂ©clarations non etayees pour le moins pas trĂšs rigoureux. Merci de la contribution j’y aurai appris des choses.

  10. IntĂ©ressant cet article quoiqu’un peu long . J’ai repĂ©rĂ© quelques points par ci par lĂ  qui me surprennent : d’abord que seule l’armĂ©e tchadienne bien equipĂ©e ,entrainĂ©e et disciplinĂ©e est capable de sauver le Mali de l’aprĂ©s Hollande .
    Qu’il faudrait que sous l’egide de la France et de l’UE ,supprimer toute la dette publique pour remettre les compteurs Ă  zĂ©ro . LĂ  ca va etre difficile de faire avaler la pillule aux europĂ©ens ,français compris ,qui tirent le diable par la queue ,qu’une fois de plus ilfaut mettre la main Ă  la poche pour le Mali alors que tout le Monde sait que le moindre franc ou dollar donnĂ© au Mali ,part directement sur les comptes bancaires de quelsques uns dans les paradis fiscaux !!
    Une chose qui me surprends ,Ă  moins que j’ai mal lu , il faudrait surtout renouveller toute la classe politique malienne vereuse et corrompue ,qui depuis 50 pille le pays .

    • suite :……..Le Mali compte maintenant bon nombre de jeunes intellectuels qui sauront gerer le pays comme une entreprise et non pas par des magouilles continues avec des chefs de villages !
      L’armĂ©e malienne ,n’en parlons pas ,une bande de ramassis indisciplinĂ©s ,sans formation ,entrĂ©s dans l’armĂ©e non par conviction mais pour avoir une paie ,meme maigre qui tombe Ă  la fin du mois .Ce qui explique les desertions massives de 2012 ou il semblait que ce n’etait pas dans le contrat du soldat malien qu’il faille un jour faire la guerre !!
      Il faut passer les buldozers pour nettoyer le pays et le reconstruire sur un sol plat et net et non pas sur un tas d’ordures .

    • @ blanche neige: de toute Ă©vidence, vous n’ĂȘtes pas Ă©conomiste.

      En rĂ©alitĂ©, les dettes accordĂ©es aux pays du Sud rapportent beaucoup d’argent sur les taux d’intĂ©rĂȘt prĂ©dateurs qui sont appliquĂ©s. La plupart de ces dettes sont dĂ©jĂ  payĂ©es, et les gouvernements corrompus qui ont contractĂ© ces mauvaises dettes au nom de peuples misĂ©rables, sont en train de payer les INTÉRÊTS, et non plus le principal de ces dettes.

      “Supprimer” (soi-disant) toute ou partie de ces dettes, ce n’est donc pas de la charitĂ©, tant s’en faut.

      • La Bamakoise , c’est vrai que je ne suis pas Ă©conomiste ………mais contribuable malheureusement 🙁 🙁 🙁 payer des impots pour qu’ils servent utilement je n’ai rien contre ,mais pour entretenir des polititiens africains vereux ,lĂ  non . ❗ ❗

  11. Bonjour,
    Comme je l’ai toujours dit, chaque Malien doit accepter L’ENGAGEMENT RESPONSABLE, constituĂ© d’un ensemble de PRINCIPES (Refus du terrorisme, non impunitĂ©, respect des droits humains, coexistence pacifique et refus des amalgames) et de CONDITIONS (promouvoir la dĂ©mocratie, dĂ©poser les armes, intĂ©gritĂ© du Mali et laĂŻcitĂ©).

    CET ENGAGEMENT DOIT ÊTRE ACCEPTÉ PAR TOUT GROUPE CONSTITUÉ DE MALIENS (MNLA, Gandakoye, Ganda-Iso, MIA, 
) POUR ÊTRE ADMIS A NÉGOCIER.

    La commission nationale de négociation et de dialogue :

    – doit ĂȘtre INCLUSIVE,
    – doit avoir des RAMIFICATIONS RÉGIONALES et
    – doit INTÉGRER TOUTES LES COMMUNAUTÉS du Mali (pas seulement celles habitant au Nord Mali),

    AU RISQUE D’UN MÉCONTENTEMENT.

    C’est Ă  travers cet engagement responsable et une telle commission que les Maliens s’entendront, se rĂ©concilieront et bĂątiront ensemble, dans l’unitĂ©, le Mali de l’aprĂšs-guerre.

    Bien cordialement
    Dr ANASSER AG RHISSA
    EXPERT TIC ET GOUVERNANCE
    E-MAIL: Webanassane@yahoo.com

    • eh camarade Anasser ,on est rentrĂ© au pays maintenant que l’armĂ©e française a fait le menage ??????? Une petite envie de se presenter aux elections ????………je plaisante !

      • Bonjour,
        Merci Blanche neige pour votre contribution et pour votre clairvoyance tout en plaisantant et en ne se prenant pas au sérieux.

        La France a apportĂ© une contribution importante au peuple Malien dans la lutte contre le terrorisme et dans la quĂȘte de sa souverainetĂ©.

        Elle doit ĂȘtre fĂ©licitĂ©e et remerciĂ©e pour ce faire.

        Ce nouveau geste de son PrĂ©sident, Hollande, en rendant visite au Mali est plus que symbolique et est venu apporter un rĂ©confort supplĂ©mentaire aux Maliens en les rassurant d’un accompagnement amical de la France dans toutes les phases jusqu’Ă  la reconstruction de leur pays incluant le passage de relais Ă  la MISMA.

        Bien cordialement
        Dr ANASSER AG RHISSA
        EXPERT TIC ET GOUVERNANCE
        E-mail: Webanassane@yahoo.com

      • Bonjour,
        Êtes-vous au fait de cette rĂ©alitĂ© ?
        Si oui, contribuez Ă  l’Ă©tablir.
        Nous souhaitons connaitre votre contribution.

        Bien cordialement
        Dr ANASSER AG RHISSA
        EXPERT TIC ET GOUVERNANCE
        E-mail: Webanassane@yahoo.com

    • @Zeneb: Blog intĂ©ressant.

      Je vois une erreur dans le titre: Ça ne devrait pas ĂȘtre “Mali Sud et Nord, les derniers protectorats français”

      Ça devrait ĂȘtre: “Afrique de l’Ouest: le NOUVEAU protectorat français”

      • La Bamakoise , avant toute supposition sur les richesses souterraines du Mali , la premiĂšre richesse d’un pays c’est une population qui travaille . Donc la premiĂšre chose Ă  faire pour la prochaine equipe sera de donner du travail aux maliens .Ne rien faire engendre tous les vices 😉 😉
        Depuis des annĂ©es que je suis sur maliweb ,j’ai souvent lu des posts se demandant pourquoi on donnait du travail en Asie avec les dĂ©localisations et pas au Mali ou ailleurs en Afrique . La reponse on l’a : l’instabilitĂ© politique de nombreux pays africains qui fait peur aux investisseurs .

        • @ blanche neige, qui Ă©crit:

          “….Depuis des annĂ©es que je suis sur maliweb ,j’ai souvent lu des posts se demandant pourquoi on donnait du travail en Asie avec les dĂ©localisations et pas au Mali ou ailleurs en Afrique . La reponse on l’a : l’instabilitĂ© politique de nombreux pays africains qui fait peur aux investisseurs ….”

          Ouais, je suppose que l’insĂ©curitĂ© est une des raisons pour lesquelles on ne dĂ©localise pas en Afrique, Ă©videmment (si j’Ă©tais propriĂ©taire d’une usine, je ferais attention oĂč je l’implante, ça c’est sĂ»r).

          …. mais se pourrait-il qu’il y ait aussi le problĂšme de la mentalitĂ© africaine?

          La culture asiatique glorifie le travail (Ă  l’excĂšs, peut-ĂȘtre, d’ailleurs).

          L’Afrique?
          Ne souhaitant pas créer une autre guerre sur ce sujet, je laisse à chacun le soin de compléter cette phrase.

          • @ blanche neige:

            J’ai oubliĂ© de mentionner que la Chine, quant Ă  elle, commence maintenant Ă  dĂ©localiser en Afrique, en particulier en Ethiopie:

            http://www.youtube.com/watch?v=7kGen-fw–k

            Et il paraĂźt que ça marche, jusque lĂ . Il paraĂźt aussi que les Ethiopiens sont trop contents d’avoir du travail. Ils bossent dur sous les ordres des contremaĂźtres chinois.

  12. En Afrique beuacoups deviennent politiciens pour les privileges et non par conviction.les hommes politiques francophones d’Afrique sont les plus lĂąches de tous.

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