L’avion malien bloqué et les Oukases des Etats-Unis : Quand un liberticide donne des leçons sur les droits des enfants

1

Le gouvernement des États-Unis vient de décider de bloquer en Espagne un avion de transport de troupes militaires, CASA C-295, acheté auprès d’Airbus par le Mali. Les motivations sont multiples, mais deux seraient officiellement mises en avant.

Pour la première motivation, il s’agirait de maintenir la pression sur les autorités maliennes actuelles afin qu’elles gardent le chronogramme sur l’organisation d’élection présidentielles dans les six mois à venir. En second lieu, le blocage de l’avion acheté par le Mali serait lié au fait que des enfants auraient été utilisés ou recrutés par l’armée malienne, les FAMA, ou des groupes d’auto-défenses alliés à l’État malien. A priori, le quidam pourrait saluer la “noblesse” de telles actions : obliger un pouvoir militaire à respecter les délais fixés pour l’organisation d’élections ; renforcer la protection des enfants dans une guerre asymétrique imposée par des mercenaires terroristes. La problématique est la suivante : Comment comprendre cette sanction imposée à un pays plongé dans d’atroces problèmes de sécurité, avec des jeunes militaires entrain de faire le ménage au sein d’une classe politique et d’une administration hyper-corrompues, pour de tels motifs alors même que la population malienne applaudit les actions comme la mise sous mandat de dépôt de Soumeylou Boubèye Maïga et Madame Bouaré Fily Sissoko entre autres ? Nous assistons à un gigantesque jeu de passe-passe entre puissances avec un seul objectif : faire plier les autorités maliennes actuelles afin qu’elles se soumettent aux diktats de certaines puissances ou laissent la place à des nègres de maison cornaqués par elles. Alors la machine de manipulation des foules est de sortie ; l’Oncle Sam est dans ses tenues d’apparat et ça bavasse sur les droits des enfants et ça tonitrue contre l’armée malienne et ça bande les muscles. Vous me dites droit de l’homme ? Les étatsuniens nous “causent” de droit des enfants. Alors écoutez : Nous laissons l’analyse des bases juridiques évoquées pour justifier le blocage ordonné par les USA d’un avion acheté par le Mali à un consortium européen, Airbus. Le fondement juridique ressort-il du droit international ou de celui que s’arroge les puissances au gré de leurs intérêts ? Ces mêmes puissances qui s’asseyent sur le droit international quand elles veulent. Cela a des odeurs d’une course de relai, les autorités françaises de plus en plus mises en cause dans nombre de pays africains, passent le relai au pays de l’Uncle-Sam (Oncle Sam). Ces dirigeants étasuniens sont sans complexe, pétris de cette suffisance qui est l’apanage de ceux qui osent tout, le grand jeu est d’utiliser la cause vertueuse de défense des droits des enfants pour atteindre des objectifs inhumains et insensés. L’analyse de la politique étasunienne édifie sur le rapport aux droits humains de ce pays. Quelques données historiques : Au XIXème siècle, vers 1845, au nom d’une idéologie messiaque adossée au calvinisme les nouveaux américains venus d’Europe ont mis en place la “destinée manifeste” (Manifest Destiny). Selon la doctrine ces nouveaux américains venus d’Europe avaient la mission divine de répandre la civilisation vers l’ouest du continent américain. C’était le prélude au plus grand génocide du XIXème siècle : l’extermination des peuples autochtones appelés “Amérindiens”. Ceux qui ont échappé aux massacres ont été parqués dans des zoos appelés “réserves”. C’est trop loin ? C’est de la vieille histoire ? Alors approchons. Nous sommes à la fin du XIXème siècle. Après le traité de Paris de 1898, l’Espagne a cédé sa colonie des Philippines aux USA. Cela a débouché sur une terrible guerre dirigée par un ancien général de la guerre de sécession Jacob Hurd Smith. Un autre officier étasunien avait tenu ces propos : « Inutile de mâcher ses mots. On a exterminé les Indiens d’Amérique, et je crois que la plupart d’entre nous en sont fiers, ou du moins, pensent que la fin justifie les moyens ; et nous ne devons avoir aucun scrupule quant à l’extermination de cette autre race qui se met en travers du chemin du progrès des Lumières ». Sur l’île de Samar, troisième grande île de l’archipel des Philippines, tous les hommes de plus de dix ans ont été massacrés sur l’ordre du général étatsunien Jacob Hurd Smith. Ses dérives sont allées si loin qu’il fut contraint à la retraite. En 1906, majoritairement des femmes et des enfants Moro ont été abattus par les troupes étatsuniennes sur un total de 900 villageois durant le Massacre du cratère Moro à Bud Dajo. La guerre du Pacifique, durant la deuxième guerre mondiale, a donné lieu à des massacres de soldats japonais qui s’étaient rendus, donc désarmés. En effet, une étude de Richard Aldrich, professeur d’histoire à l’Université de Nottingham, établit que des soldats US et australiens avouèrent les massacres de prisonniers de guerre. Ces massacres étaient d’autant plus faciles que, selon l’historien étatsunien, James J. Weingartener, les Japonais étaient considérés comme des “animaux”, des “sous-hommes” (Untermenschen) qui ne méritaient pas un traitement accordé à des humains. Partant, on pouvait les massacrer sans remords. La spécialiste des régimes totalitaires, Hannah Arendt, et le procureur du Tribunal de Nuremberg, Telfort Taylor, assimilent l’utilisation des deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki à des crimes de guerre. Je passe sur les massacres de femmes et enfants ainsi que les viols perpétrés par les soldats étasuniens durant les guerres de Corée, du Viet Nam, de Yougoslavie. Les attentats du 11 septembre 2001 ont ouvert une nouvelle ère liberticide et criminelle dirigée par les USA à travers le monde. Ce pays, avec d’autres, refuse toujours d’adhérer au Traité de Rome ayant débouché sur la création de la CPI et que les pays africains se sont empressés de signer. Ecoutez ce qu’en disant John Bolton, l’ex grand copain des Bush, Trump et ultras du parti républicain étatsunien en 2001 : « Une lecture honnête du Statut de Rome, par exemple, laisse le lecteur objectif dans l’incapacité de décider avec assurance si les États-Unis étaient coupables de crimes de guerre du fait de leurs bombardements aériens contre l’Allemagne et le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale. En réalité, si une lecture directe du langage du statut indique quelque chose, c’est probablement que le tribunal trouverait les États-Unis coupables. A fortiori, ces dispositions semblent impliquer que les États-Unis auraient été coupables d’un crime de guerre pour avoir lancé des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Cela est intolérable et inacceptable. » Voilà, la messe est dite, mettre en cause les États-Unis, quels que soient les crimes commis, est intolérable. Les Irakiens vivent encore le martyr depuis l’assassinat de Saddam Hussein ; l’Afghanistan vient de retomber entre les mains des talibans formés par la CIA contre l’URSS à l’époque. Plus près de nous. De 2003 à 2004 le scandale d’Abou Ghraib était cette violation des droits de l’homme se traduisant par des crimes atroces commis par les militaires étasuniens sur des prisonniers en Irak : tortures, viols, sodomies, exécutions… C’est ce pays qui bloque l’avion acheté avec l’argent des Maliens parce que des enfants seraient impliqués dans la tragédie que le pays vit et qui veut aussi imposer un chronogramme aux autorités maliennes pour les futures élections. Le summum du mépris, un pays qui a massivement tué des enfants, des femmes, des civils et qui se fait “défenseur” des enfants au Mali. Les USA qui défendent les droits de l’homme… On aura tout vu en ce bas monde. D’expérience, nous savons qu’il se trouvera des Maliens pour hurler contre les autorités maliennes. Ces hurleurs locaux qui ont toujours été les supplétifs des puissances prédatrices en Afrique. Dernière chose : et si le but ultime est de réduire l’efficacité de l’armée malienne et d’autres pour justifier la présence de troupes étrangères dont certaines ont des agendas cachés.

Yamadou Traoré

Commentaires via Facebook :

1 commentaire

  1. IL FAUT FAIRE COMME LE GHANA ET PASSER PAR LE PRIVE POUR CONSTRUIRE AVION CHEZ NOUS

    Le Ghana pourrait devenir bientôt le premier pays africain fabricant d’avions hybrides à décollage et atterrissage vertical (VTOL). La société américaine de fabrication et de maintenance d’avions utilitaires, AXIX GP, a annoncé son intention d’implanter une succursale dans ce pays ouest-africain.

    C’est en fin d’année 2020 que AXIX GP a fait part de ses ambitions pour le continent africain. Le constructeur aéronautique semble avoir connu des avancées par rapport au projet et le pays ciblé. Se confiant à nos confrères de Ghanaian Times, Solomon Addai, président du Conseil ghanéen du commerce international, a indiqué qu’AXIX GP «devrait rencontrer le gouvernement d’ici juin-juillet pour discuter de la mise en œuvre de son projet».

    Le projet porté par AXIX GP est colossal, souligne-t-on. C’est un mégaprojet, dont l’usine sera implantée à Accra, qui produira des avions utilitaires qui devraient être exploités comme taxis « aériens ». Ces aéronefs qui seront dotés d’une capacité de 40 tonnes pour le transport de marchandises, devraient aussi servir au transport aérien civil comme militaire au quotidien, au service de sauvetage et de secours et dans les affaires, a-t-on appris.

    Les retombées attendues de ce projet, à en croire Solomon Addai, pourraient galvaniser l’économie ghanéenne. Le constructeur aurait donc indiqué qu’il créerait environ 1 000 emplois pour les jeunes Ghanéens, de même qu’il prévoit de les former à la construction des avions hybrides. AXIX GP dit prévoir un plan de diversification de ses activités, une fois installé, suivi de son expansion à travers l’Afrique.

    Il est à noter qu’au moment où AXIX GP s’annonce sur le continent africain, la mobilité des personnes et des biens par voie aérienne prend de plus en plus d’ampleur en Afrique. Et ce projet constituerait une aubaine non seulement pour le constructeur, mais aussi pour le continent.
    Facebook
    Twitter
    Email

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here