Le Mali sous Modibo Kéita vu par Jeune Afrique et des observateurs hors Afrique

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Mali: l'aéroport international de Bamako rebaptisé «Modibo Keïta»
Modibo Keïta, premier président du Mali, dans les années 1960. © © AFP

BECHIR BEN YAHMED Jeune Afrique

Quoi qu’il advienne, la date du 30 octobre 1963 restera pour nous, Africains, celle d’une grande victoire sur nous-mêmes et sur l’idée que l’on se fait de nous. Ce qui s’est passé à Bamako le 30 octobre 1963 confirme avec bonheur ce qui a été signé à Addis-Abeba le 25 mai 1963 : l’Afrique, entité rigoureusement solidaire avec elle-même, vit et se développe.

À Bamako est morte la distinction traditionnelle entre l’Afrique noire et l’Afrique.

Blanche: pour la première fois dans l’Histoire, un  « conflit entre Arabes » [Algérie- Maroc] a trouvé son règlement dans un cadre strictement africain, en plein cœur de l’Afrique noire, sous l’égide de deux leaders africains.

À Bamako, l’Afrique a prévenu de justesse l’internationalisation de sa plus grave querelle. Elle a résolu ses problèmes, seule et en quelques heures. Les grandes puissances qui se gaussaient ou s’inquiétaient, qui se préparaient en tout cas à intervenir pour mettre de l’ordre chez nous, se ressaisissent et, aujourd’hui, se disent : ces Africains, il ne faut pas les juger trop vite

À Bamako, la charte de l’Unité africaine a été mise à l’épreuve et a tenu le coup. Étaient là, il est vrai, doux et obstinés, donc irrésistibles, les deux grands artisans de la charte, ceux qui y croyaient le plus : Hailé Sélassié et Modibo Keïta.

À cela nous pouvons ajouter aujourd’hui ceci : nous demandons que l’Organisation de l’unité africaine crée un Prix de l’Afrique pour la paix et que ce prix soit donné, la première fois, à Modibo Keïta, aussi bien pour son action militante en faveur de l’unité, de la paix et la coexistence africaines que pour son œuvre à l’intérieur du Mali. Prenant en charge un pays pauvre, sans infrastructures ni débouché sur la mer, Modibo Keïta et ses camarades se sont mis au travail en silence. Depuis trois ans, ils donnent à tous les Africains un exemple d’austérité, vraie parce que générale, de discipline acceptée à l’échelle de la nation, de socialisme adapté, authentique. Modibo Keïta et le Mali sont modestes. En politique et en Afrique c’est méritoire. Cela devrait être reconnu.

  1. JULIS syndicaliste français. Il a passé cinq ans au Mali dans les années soixante :

” Il (Modibo Keita) avait le souci de l’homme, de l’homme responsable, du militant engagé… Je considère que le président Modibo Keita, homme intègre, dévoué, tolérant, militant valeureux et désintéressé représente toujours l’exemple des possibilités de lutte, de combat pour des changements réels dans des pays comme le Mali ”

  1. BAUX ancien ambassadeur de France, ministre français plénipotentiaire:

” De haute taille, Modibo Keita avait cette distinction des seigneurs de la savane, cette façon de mesurer ses gestes et sa parole. Il y avait de la grandeur dans son comportement : jamais je ne l’ai vu s’attarder sur quoi que ce soit d’insignifiant ou mesquin… Sa vision politique était inspirée d’un idéal profond. ”

 

De l’exclusion :

Après le coup d’état  du 19 Novembre 1968, la Constitution du 02 Juin 1974 à son  à son TITRE XIV dispose :

Article :76 – Ne peuvent être membres ni du Parti, ni de l’Assemblée, ni du Gouvernement ni des bureaux syndicaux pendant un délai de 10 ans à compter de la date promulgation de la présente Constitution les personnes ayant , avant le 19 Novembre 1968 assumer les responsabilités suivantes :

– Membres du Bureau Politique National et du Comité National de Défense de la Révolution :

– Membres de la Délégation Législative instituée par l’Ordonnance n°1PG-RM du 22 Janvier 1968 :

– Secrétaires Généraux de Sections et Sous Sections de l’US RDA :

– Secrétaires Politiques de Sections et Sous Sections de l’US RDA :

– Présidents des Comités Locaux de Défense de la Révolution :

– Responsables nationaux et locaux de la Milice

– Chefs et Chefs Adjoints de Zone

– Membres du Bureau de l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM)

Article : 77- Les dispositions de l’article 76 sont applicables à toute personne ayant fait l’objet d’une détention de six mois à l’occasion des évènements du 19 Novembre 1968

L’Ordonnance N° 53/  CMLN portant application de l’article 76 de la Constitution du 2 Juin 1974 en date du 25 Septembre 1975 vient concrétiser l’acte  d’ostracisme prit à l’encontre des militants et responsables de l’US RDA, de l’UNTM et de la Jeunesse.

Le mouvement démocratique n’a pas pris une telle décision contre les responsables de CMLN/UDPM.

Des patriotes dont certains sont encore en vie se sont élevés à l’époque et ont appelé à voter NON à une Constitution discriminatoire et scélérate, pour ce fait ils ont été arrêté maltraités et jetés en prison pendant 05 ans. Certains d’entre eux  mourront suite aux sévices subis.

Du  05 au 08 juin 2005, 17 anciens chefs d’État et de gouvernement. Venant de 14 pays africains et de deux pays d’Europe et  d’Amérique  du  Nord, se sont réunis à Bamako, au Mali, pour participer à un symposium historique  sur la problématique de la bonne gouvernance et de l’alternative du pouvoir en Afrique.(Leadership et la Démocratisation)

Malgré les sollicitations pressentes de ATT, les chefs d’état ici réunis ont refusé la participation de Moussa Traoré, aussi ancien chef d’état, car  ne répondant pas aux critères démocratiques définis pour être membre du collectif.

L’absence  Moussa Traoré au défilé marquant le cinquantenaire de l’indépendance du Mali et la non diffusion de son entretien avec l’ORTM sont non seulement la volonté de tous les patriotes  Maliens mais aussi la conséquence du refus de ces anciens qui l’ont connu et côtoyé de lui accorder cet honneur de le recevoir parmi eux.

Monsieur Hamadoun  Dicko n’est  pas un membre fondateur du PSP. Il est venu à ce parti parce que certains barrons ressortissants de la boucle du Niger sous la conduite de  Messieurs Aly Niangado, Kolado Boulia Maiga et Mamadou MBadjiry Dia, qui deviendra par la suite son logeur à Mopti, ont tenu à avoir un des leurs(ressortissant de la boucle) secondé Fily Dabo  Sissoko .C’est ainsi que le choix s’est porté par un heureux hasard sur Hamadoun Dicko et on a  été le chercher à Kolokani où il servait comme Instituteur pour le présenter aux élections législatives du 17 juin 1951 sur la liste  PSP, alors qu’auparavent il n’a jamais fait de politique.

Pour votre information l’octroi de crédits destinés à faciliter la construction ou l’amélioration des maisons d’habitat  relevait de la SEMA (une société d’économie mixte)

Messieurs les historiens vous devez savoir qu’avant l’indépendance, il n’y avait pas un seul soudanais commerçant à proprement parler. Ils étaient soit acheteurs pour le compte des comptoirs français soit  revendeurs, les patentes de commerçant import-export étaient réservées aux Français blancs et aux libano-syriens.

Inhumain et amorale, malgré les souffrances les privations de toutes sortes subies pendant 09 ans de  détention, le régime militaro fasciste CMNL/UDPM  sous Moussa Traoré a non seulement refusé à ce que Madame Modibo Mariam Traoré porte la tenue de veuvage comme il est de coutume chez nous. Mieux  il a poussé le cynisme jusqu’à l’interner dans la cellule où son mari a rendu l’âme par suite d’empoisonnement.

                                                                          I.G.MAIGA

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3 COMMENTAIRES

  1. Le Mali sous Modibo Kéita vu par Jeune Afrique et des observateurs hors Afrique
    Par L’Aube -14 Avr 2016

    – En résumé,
    – La valeur de l’homme a donc résidé dans sa personnalité, sa créativité, son courage, son indépendance et sa maturité…!

    – La force de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre par des concessions que la folie des sages fait pour rectifier les errements humains…!

  2. “Le Mali sous Modibo Kéita vu par Jeune Afrique et des observateurs hors Afrique”

    – On peut tuer, assassiner, exterminer un homme, mais pas ses idées!

    – Nul n’est sain, certes, on aura tout de même à tout gagner en tant que citoyen Malien en s’inspirant des idéaux qui ont grandi ce grand Monsieur que même les grands dirigeants de l’époque qualifient de Grand par la taille et le patriotisme!

    – De faire qu’un instant de cet héritage devienne inoubliable et digne d’une insoutenable nostalgie qui doit forger la force d’une doctrine de la détermination à faire avancer un pays!

  3. ” le régime militaro fasciste CMNL/UDPM sous Moussa Traoré a non seulement refusé à ce que Madame Modibo Mariam Traoré porte la tenue de veuvage comme il est de coutume chez nous. Mieux il a poussé le cynisme jusqu’à l’interner dans la cellule où son mari a rendu l’âme par suite d’empoisonnement.”

    Tout cela n’empeche pas les demagogues de le faire passer pour le plus saint et le plus valable des leaders Maliens de tous les temps !

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