Abdoulaye Idrissa Maïga : «Il faut revoir les contenus des trois dernières décennies à la lumière de la pratique»

6

Des sujets aussi importants que la mise en place du Comité d’orientation stratégique, la publication du chronogramme du referendum et des élections générales sont évoqués par l’ancien Premier ministre Abdoulaye Idrissa Maïga dans l’interview ci-dessous. Actualité oblige, la question de la réorganisation territoriale y est aussi abordée

L’Essor : L’ancien président tchadien Idriss Déby Itno vient de tirer sa révérence. à quoi devrait-on s’attendre en termes de lutte contre le terrorisme et de stabilisation dans le Sahel, suite à cette brutale disparition ?

Abdoulaye Idrissa Maïga : Triste nouvelle que la mort du président Idriss Déby Itno qui s’en est allé brutalement. Je m’incline devant la mémoire de ce combattant héroïque qui aura marqué son temps. Son engagement pour le Tchad est indiscutable. Un engagement à hauteur de sa détermination à enrayer les menaces liées au terrorisme et aux mouvements rebelles. Idriss Déby Itno aura été un exemple dont le Sahel devra s’inspirer en matière de lutte contre le terrorisme. Il a su magnifier la solidarité dans un élan à nul autre pareil. Les décideurs du Sahel doivent savoir compter d’abord sur eux-mêmes au plan régional, en assurant une coordination efficace entre les composantes armées en présence sur le terrain.

Ceci dit, je note toutefois un silence accablant sur la nécessité d’une enquête sérieuse concernant la mort brutale d’un président en fonction. Sous d’autres cieux, l’on ne se contenterait pas d’un tel flou. Qui a déjà dit dans l’histoire que « l’effort humain vers la clarté et le droit n’est jamais perdu. » oui, c’est Jean Jaurès et il a raison. L’Union africaine et le G5 Sahel devraient non seulement s’en inspirer, mais aller aussi dans ce sens.

L’Essor : Pouvez-vous nous livrer votre lecture sur la situation socio-politique du pays, sept mois après le démarrage de la Transition découlant des événements du 18 août 2020 ?

Abdoulaye Idrissa Maïga : La situation est difficile et encore préoccupante eu égard au degré d’instabilité du territoire national et à la recrudescence de l’insécurité. Regardez bien la carte des risques sécuritaires au Mali (vision du Centre africain d’étude et de recherche-action pour la paix, édition avril 2021). Elle illustre parfaitement le champ d’extension de la menace terroriste à travers tout le pays. C’est le signe que la situation comporte de fortes incertitudes. Pourquoi le dialogue est toujours indispensable ; de même sont aussi nécessaires des assises inclusives et sérieuses sur les questions majeures telles la révision constitutionnelle, la réforme du système électoral, l’audit des comptes économiques et budgétaires du Mali sur la période 2000-2021, la stabilisation du Mali.

La Transition reste une période d’exception marquée à la fois par l’incertitude, le doute, les impatiences et surtout le manque de confiance. Le manque de confiance jure d’avec l’impondérable temps de latence qu’on appelle période d’observation ; six mois passés, cette période prend fin. Comprenez, dès lors, qu’il est venu maintenant le temps des dossiers (bons ou mauvais) qu’il faut délivrer au grand public pour plus de pertinence et pas seulement d’inclusivité. C’est à ce prix que le défi de la Transition en soi, pourra être relevé dans l’intérêt même du bien commun.

L’Essor : La création récente du Comité d’orientation stratégique sur les réformes politiques et institutionnelles comprenant des forces socio-politiques du pays n’est-elle pas un signe de bonne volonté des autorités de rendre plus inclusive la transition ?

Abdoulaye Idrissa Maïga : Ce n’est pas une question de volonté, mais plutôt un des moyens pour transcender les divergences aux fins de capter, je l’espère bien, l’aptitude active des Maliens dans une quête de solutions et de capacités. C’est aussi certainement une mesure de réajustement ou d’ajustement. En tous les cas, cette décision aurait dû être prise beaucoup plus tôt. C’est en cela que ça pouvait être compréhensible et efficace. Mais enfin, mieux vaut tard que jamais, même si le moment où on prend la décision importe beaucoup.

Au sujet des réformes, l’effort doit être orienté vers celles qui contribueraient davantage à la résolution de graves problèmes, à la racine des dysfonctionnements que le pays connaît. Cependant, l’horizon temporel est limité. Pour autant, l’élaboration d’un mémoire historique portant état de la Nation sur la période 2000-2020 aiderait utilement au cadrage des réformes et à en fixer les jalons.Ceci dit, les réformes sont nécessaires et utiles ; tout dépend du contenu que l’on y mettra. Je loue les qualités du secrétaire permanent du Comité d’orientation stratégique que les Maliens sauront apprécier à la tâche. Nul doute.

L’Essor : Le chronogramme des élections générales et du referendum constitutionnel vient d’être dévoilé par le gouvernement. N’y a-t-il pas là, selon vous, des raisons d’espérer sur un retour rapide à l’ordre constitutionnel normal dans notre pays ?

Abdoulaye Idrissa Maïga : Ce chronogramme n’est pas une fin en soi. C’est purement indicatif. L’essentiel maintenant, c’est de statuer sur la faisabilité. Ce chronogramme, en l’état, aurait pu être publié il y a six mois (début novembre 2020). Il n’est pas parfait autrement dit, il doit être plus parlant et mieux élaboré pour rassurer la communauté nationale.

Je reste convaincu que la bonne foi serait de considérer jusqu’à preuve du contraire, la faisabilité des élections dans un environnement sécurisé apte au déploiement des représentants de l’État, sans lesquels on ne saurait parler d’élections. Outre les séquences normatives qui ne peuvent être mises entre parenthèse, je suis par ailleurs convaincu de la nécessité d’envisager les communales, seules, au niveau local en 2021 et de dissocier en 2022, l’élection présidentielle et les législatives.

L’Essor : La démocratie au Mali semble avoir un problème après deux ruptures de l’ordre constitutionnel en moins de dix ans. Quels contenus devra-t-on donner aux futures réformes politiques et institutionnelles pour davantage consolider notre système démocratique ?

Abdoulaye Idrissa Maïga : Que la santé de la démocratie ait été sérieusement mise en danger par des pratiques hasardeuses, par ce que j’appelle la désinvolture, par des mœurs peu amènes, cela ne saurait remettre en cause l’esprit de la démocratie ; encore moins la République qui déserte dès lors qu’il y a rupture de confiance entre les citoyens et les institutions chargées de la protection des droits et libertés.

Le système démocratique malien ne saura se consolider sans l’esprit de la démocratie et sans les valeurs de la République. Réparer utilement les institutions suppose la caution du citoyen, donc sa confiance réinvestie en l’État. Cela induit aussi la sanction chaque fois que nécessaire.

Alors oui, après deux ruptures de l’ordre constitutionnel, le devoir de chacun et de tous est d’avoir les rapports des plus étroits avec la probité, le travail et le dévouement. Revoir les contenus à la lumière de la pratique des trois dernières décennies et de la critique sociale. Aussi, faut-il vaincre par l’esprit, l’exemplarité, le courage en purgeant les dossiers de corruption et de délinquance financière sur la période de 2000 à 2021 ; de même que les crimes de sang sur la séquence 2012-2021. Cela est essentiel pour garantir la pertinence des réformes à venir.

Alors oui, le système démocratique malien pourra et devra se renforcer par l’éthique des acteurs socio-politiques et économiques. Dans cette veine, les actes s’accorderont avec les idées de façon conséquente. Que les citoyens et les gouvernants, face à la justice, soient logés à la même enseigne. C’est un vaste chantier que L’Essor et l’ORTM pourraient investir utilement ne serait-ce qu’en facilitant le débat d’idées sur la situation sécuritaire réelle de notre pays, son impact sur les échéances à venir, autant sur les prérogatives et pouvoirs de la Cour constitutionnelle qui, de mon humble avis, devrait renforcer sa faculté d’empêcher la fraude dans le périmètre d’une chambre en charge de tout le contentieux électoral, laissant le soin de la proclamation des résultats à l’organe unique de gestion des élections.

L’Essor : Le processus de réorganisation territoriale proposé serait-il un moyen propice pour poser les jalons d’une refondation réussie ?

Abdoulaye Idrissa Maïga: Je ne le pense pas, car il importe de comprendre que le processus de la réorganisation territoriale était déjà très mal engagé dès l’abord en mars 2012. L’on a fait fi à plusieurs niveaux des contraintes techniques et des considérations d’ordre sociologique. Je note alors les difficultés d’approche et de mise en œuvre qui sont réelles ; lesquelles doivent trouver leur solution dans une approche participative et par des mécanismes d’ajustement.

La sagesse commande de donner du temps au temps pour appréhender tous les contours socio-économiques. Autrement dit, il faut véritablement approfondir la réflexion au moyen de la mobilisation des vrais acteurs de la vie socio-économique locale.

Il est bon que ces acteurs soient représentatifs des zones concernées. Pour ce faire, il faut se hâter lentement afin de préserver les équilibres entre les communautés, et les différentes parties du territoire national. à mon avis, c’est une telle démarche qui pourrait renforcer la crédibilité et la légitimité de l’état. Dans le contexte actuel, il y a d’autres priorités plus importantes que ce processus de réorganisation qui, mal conduit, pourrait davantage fragiliser l’État.

Propos recueillis par
Massa SIDIBÉ

Commentaires via Facebook :

6 COMMENTAIRES

  1. Peut-être que la revue de ces contenus se fera de façon encore laxiste en ocultant et en omettant l’essentiel, car nous ne pensons pas sincèrement si un cadre du RPM ou de l’ADEMA-PASJ peut mettre en route cette revue, car ces deux partis sont à la base de toutes les bêtises de ce pays depuis l’avènement de la démocratie malienne. Ne voyez pas dans quel état ce pays est actuellement par votre faute? Nous sommes dans l’oeil du cyclone et personne ne sait comment nous nous en sortirons, c’est dommage. Aujourd’hui, nous n’avons que nos yeux pour pleurer, l’homme ne doit pas faire tout ce qui est dans ses capacités, il doit gérer les choses en se projetant dans le temps et dans l’espace, c’est ce qui a manqué dans la gestion de l’ADEMA-PASJ et sa dérivé qu’est le RPM. Pour redresser les choses dans ce pays, il faut beaucoup de tacts, d’ingéniosités et de patience, la bataille ne serait pas facile, elle âpre et sans passion. Nous verrons.

  2. In a nutshell last three decades in Mali have been clear plus unequivocal demonstration of governance by leaders who did not care enough. They suffer from plague that engulf Negroid Africa. It is lack of self esteem. Where true self esteem exist Negroids have proven to do what under total circumstance is in group best interest. Like colonialists or/ plus slave masters Malians leaders have practiced ceaseless nepotism plus selfishness in governance as if governing is their family business. That have been destructive to our nation at accelerating pace that is near out of control to extent it is beyond point it may change. Poor governance in Mali is very much like beast we call global warming. That is so unstoppable plus so advance in destruction that to admit truth about it may send world into perpetually growing plus nonstop chaos.
    What will we do? This world do not give stupid break. It make little difference if stupid is rich or poor. Those who are intelligent under total circumstance plus without laziness that act fitting condition will survive plus live well longest .
    Henry Author Price Jr aka Kankan

  3. Tu fus premier ministre de ce pays pendant 8 mois et 21 jours plus précisément entre le 10 avril et le 31 décembre 2017 , pourquoi n’avoir pas y penser quand tu étais chef du gouvernement?

    • 1990Abdoulaye Idrissa MAÏGA, que je connais bien et que je respecte, est ici dans le rôle csique de râleur d’un ancien “des En Haut des En Hauts Maliens, des Apparatchik et Noimenklatura” qui estime que s’est lui qui a la vérité et les autres spéculent

      Ce cadre politique, que je qualifierais de “crédule”, entré par “effraction” en politique, n’a pas fait long feu, est de formation “sociologue de développement”; au début des années 1990 , sérieux fonctionnaire et Consultant Indépendant, qui fut, par la suite, “trompé et corrompu” en rentrant dans le RPM, coopté par IBK, parce que “parent koroboro-songhoï” de la Première Dame,qui l’a propulsé PM après des passages aux ministères de l’Environnement et de l’Administration Territoriale, dans lesquels Abdoulayue Idrissa MAÏGA n’avait fait que de liquider les “brûlantes affaires courantes”.

      De mon humble point de vue, je conseillerais, en prenant le contre-pied de Abdoulaye Idrissa MAÏGA qui “délire”, qu’il faille que le reste du temps de la Transition soit consacré à aller sur un chronogramme limité au minimum opérationnalisable, serré en 2 actions essentielles:
      1) tenir, en Octobre 2021, le référendum sur la révision de la constitution de 1992, sans tenir compte du “Désaccord d’Alger”;
      2) tenir, en Février-Mars 2022, le présidentielle et la parlementaire couplées.

      Le reste des choses à faire, pour remettre le Mali sur les rails, est à refouler en 2022 et années suivantes, avec un PR et des Députés élus.

      Sincèrement

  4. Toute structure sans fondement est vouée à l’ effondrement ! Il faut créer les conditions d’ un sursaut populaire avant d’ entamer quoi que ce soit , surtout ne créons pas de tensions supplémentaires !

  5. Peut-être que la revue de ces contenus se fera de façon encore laxiste en ocultant et en omettant l’essentiel, car nous ne pensons pas sincèrement si un cadre du RPM ou de l’ADEMA-PASJ peut mettre en route cette revue, car ces deux partis sont à la base de toutes les bêtises de ce pays depuis l’avènement de la démocratie malienne. Ne vous ne voyez pas le pays est dans quelle situation par votre faute? Nous sommes dans l’oeil du cyclone et personne ne sait comment nous nous en sortirons, c’est dommage.

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here