Le témoignage inédit d’un officier français dans l’enquête sur la mort de G. Dupont et C. Verlon

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Le journal Le Monde publie ce vendredi 17 juillet le témoignage d’un officier français qui sème le trouble. Auditionné à la suite des révélations apportées par RFI il y a un an, le lieutenant-colonel S., qui était à l’époque le chef du détachement de liaison de l’armée française à Kidal, a récemment été entendu par Jean-Marc Herbaut, le juge d’instruction en charge de l’enquête. Cet officier confirme la présence des forces spéciales ce jour-là, mais il s’efforce de minimiser leur rôle. Il assure également qu’aucun hélicoptère n’est intervenu.

Les forces conventionnelles sont les premières à être arrivées sur les lieux de l’assassinat. Cette thèse, que l’armée défend depuis maintenant près de sept ans, le lieutenant-colonel S. l’a reprise à son compte lors de son audition devant le juge Herbaut. L’officier affirme ainsi que son détachement, le DLA (détachement de liaison et d’appui), « est la première force arrivée sur les lieux du crime ». Il est alors 14h25, soit plus d’une heure après l’enlèvement de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon. « J’ai un geste de rage, confie-t-il au juge, car je comprends tout de suite que les deux journalistes sont morts ».

Les Forces spéciales sont bien les premières à avoir tenté d’engager la poursuite avec les ravisseurs

Mais dans son témoignage, l’officier apporte une information capitale, jusque-là passée sous silence par les autorités. Il reconnaît que les forces spéciales ont voulu jouer un rôle de premier plan dans la poursuite des ravisseurs. Une information révélée l’an passé par RFI. A l’époque, Radio France Internationale expliquait que les forces spéciales avaient poursuivi les ravisseurs notamment au moyen d’un hélicoptère. Face au juge, le lieutenant-colonel S. « certifie » qu’il n’y a pas eu de poursuite aérienne. « Le lieu de pose des hélicos était situé juste en face de mon bivouac, explique-t-il. S’il y avait eu un hélico, je l’aurais forcément vu ». Et l’officier d’ajouter : « Si un hélico était arrivé sur zone, il aurait inévitablement eu un contact avec mon équipe ».

Néanmoins, le chef du DLA vient confirmer une information cruciale dévoilée l’an passé par RFI : les forces spéciales sont bien les premières à avoir tenté d’engager la poursuite avec les ravisseurs. Lors de son audition, l’officier raconte avoir « croisé la patrouille des “FS” » comme on les surnomme, alors qu’il était sorti avec son détachement vers 13h40, et ce précise-t-il, de « sa propre initiative, pour chercher du renseignement ». « Elles étaient, précise-t-il en parlant des forces spéciales, à côté d’un pick-up ressemblant à celui des ravisseurs, et mes collègues m’ont dit qu’elles avaient suivi une fausse piste ».

Or, cet officier ne cesse tout au long de son audition de minimiser leur importance à l’époque à Kidal. Les forces spéciales, affirme-t-il, n’étaient qu’ « une dizaine » et ne formaient qu’ « une seule patrouille ». Un « détachement incapable d’assurer sa propre sécurité », ajoute-t-il.

Le commandant des Forces spéciales prochainement entendu par le juge ?

Ce témoignage apparaît pour le moins troublant. Pourquoi, si elles étaient en si petit nombre, les forces spéciales sont-elles intervenues en premier ? Pourquoi ont-elles tenté seules de retrouver les ravisseurs ?

Le commandant « Charles », qui dirigeait alors cette unité des forces spéciales, a-t-il prévenu sa hiérarchie de cette initiative ? Ce commandant a été le premier à être prévenu de l’enlèvement de nos deux reporters. Pourquoi « Charles » a-t-il attendu 20 minutes avant de prévenir le chef du détachement ?

Les incohérences et les contradictions sont telles dans ce dossier qu’on voit mal comment le commandant « Charles » pourrait ne pas être entendu par la justice française.

“On a des éléments supplémentaires concernant l’intervention de ces forces spéciales, qu’elles seraient intervenues d’une manière totalement inefficace, inappropriée, en premier – cela confirme donc les informations de RFI de l’année dernière – qu’en revanche, cela s’est soldé par un échec. De quel ordre ? Nous ne le savons toujours pas. Donc, cela nécessite, pour nous, au minimum, l’audition des militaires qui font partie de ces forces spéciales, en particulier l’officier qui les commandait.” Pierre-Yves Schneider, secrétaire général et porte-parole de l’Association des amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon.

RFI.fr – Publié le : Modifié le : 

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