ATT sort de sa discrétion

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Dans la crise ivoirienne qui n’en finit pas, hélas de finir, il a été reproché à ATT de n’avoir pas tenu la  place qui était la sienne : s’impliquer vigoureusement pour éteindre le feu qui a pris la case du voisin, qui plus est, un frère. Ivoiriens et Maliens sont, en effet, intimement liés par le brassage des populations. Le dioula, langue la plus parlée de la Côte d’Ivoire, est un dérivé du bamanan, la plus pratiquée des langues du Mali.

Au-delà de ces affinités socioculturelles, le Mali est le premier partenaire commercial de la Côte d’Ivoire. Ce sont là d’évidentes raisons pour que le président ATT fût en première ligne pour œuvrer au retour de la paix au pays de Nanan Félix Houphouët-Boigny et à la réconciliation de ses enfants égarés. Ce ne fut pas le cas, hélas et ATT peine à convaincre lorsqu’il allègue, pour sa défense, avoir agi dans la discrétion. Ce que la génération actuelle a pu observer et que l’histoire retiendra, c’est que le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, s’est imposé comme le médiateur qui aura eu le mérite de faire taire les armes entre les belligérants, de les faire asseoir autour d’une même table d’où sortira l’Accord de Ouagadougou même si ce dispositif n’a pu régler, à ce jour, la question cruciale de l’élection présidentielle .

On n’a pas vu non plus ATT manifester un intérêt excessif lorsque cet autre voisin et frère, le Niger, a été la proie d’une crise politique et institutionnelle sans précédent, provoquée par les turpitudes de son président de l’époque, Mamadou Tandia. Chose d’autant moins compréhensible qu’il exerçait la fonction de président de l’UEMOA. Mais, sans doute nous rétorquera-t-on, il a agi là aussi, dans la discrétion.

Avec la nouvelle éruption qui vient de se produire dans l’interminable crise guinéenne (elle a commencé en fait depuis ce jour du 28 septembre 1958 où Sékou Touré a dit non à De Gaulle) à la faveur de la toute première élection présidentielle libre que ce pays ait connue, ATT est sorti enfin de sa discrétion. Depuis Conakry, notre envoyé spécial nous a révélé que c’est sur l’insistance de ATT, qui l’a longuement entretenu par téléphone, que le Général Sékouba Konaté est revenu sur sa décision de démissionner de ses charges de président de la Transition. Des sources internationales ont corroboré l’information. Chapeau donc pour notre ATT national qui, pour bonifier cet acquis, s’est déplacé hier jeudi à Conakry pour rencontrer tous les acteurs impliqués dans la délicate partie qui ne joue et leur tenir le seul langage qui vaille dans les circonstances actuelles : faire tout pour préserver la paix, conduire le processus électoral à son terme sous la gestion des institutions créées à cet effet : la CENI et la Cour Suprême. Faute de quoi, c’est le chaos que nul ne souhaite pour les Guinéens et leur pays meurtris par cinquante deux ans d’un système dictatorial de la pire espèce.

ATT est donc sorti de sa discrétion habituelle, sans doute, parce que s’agissant de la Guinée, il n’avait guère le choix. Sékou Touré ne disait-il pas que " le Mali et la Guinée sont deux poumons dans un même corps " ? Les liens entre les deux pays sont si profonds, si intimes, si vivants que tout autre comportement est inimaginable.  Il faut espérer que ses interlocuteurs guinéens auront assez de sagesse pour placer l’intérêt supérieur de la Guinée au dessus de leurs intérêts individuels. Et que ATT n’ait pas à regretter d’être sorti, pour une fois, de sa discrétion.        

Saouti Labass HAIDARA

 

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