Notre Mali, comme il va… Le pays toujours dans les ornières

7

Le départ de Soumeylou Boubèye Maïga de la Primature, la formation du Gouvernement de mission et le lancement des préparatifs du dialogue politique inclusif ont eu comme un effet soporifique et engourdissant sur les Maliens et les formations politiques de l’opposition.

Une sorte d’expectative s’est installée au sein de l’opinion nationale, qui a vu en ces évènements les prémices d’un apaisement socio politique et même l’esquisse d’une union sacrée autour des graves problèmes et de l’avenir du pays.

Les Maliens, harassés et rendus anxieux par les victoires à répétition des jihadistes sur les FAMAs et les partenaires militaires du Mali et surtout les hécatombes semées par leurs incursions armées au sein de populations innocentes, avaient, en effet, eu la naïveté de croire que ce temps était venu.

Ayant obtenu la démission de SBM, l’opposition démocratique et religieuse avait baissé les bras, savourant déjà une victoire politique tout en escomptant un mea culpa du pouvoir.

Le jeu de dupes mis en scène par IBK avait donc bien fonctionné. L’éviction du Premier ministre et la mise en place d’un gouvernement de mission, tout à sa dévotion, n’étaient que de la poudre aux yeux de ses compatriotes et étaient surtout destinés à « sauver sa peau » face à une pression sociale, sans précédent dans le Mali démocratique, qui n’était plus loin de le désarçonner.

Le président de la République, en acceptant la démission de son compagnon de circonstance, savait que le félin domestique, habile contorsionniste, retomberait sur ses pattes et rebondirait d’autant plus prestement qu’il a largement eu le temps d’amasser un formidable trésor de guerre, qui lui permettrait de s’adonner à ses exercices favoris, l’achat de conscience et la corruption des âmes.

Le gouvernement de mission, qui aurait dû être d’union nationale, n’est quasiment, aujourd’hui, qu’un instrument au service de la politique du prestidigitateur IBK. Certes, l’équipe en place est composée, en partie, d’hommes dignes d’estime mais leur marge de manœuvre reste assez étroite face au désir de pouvoir absolu et au penchant morbide pour le clinquant de leur mandant.

Le gouvernement placebo, composé par les soins et pour les besoins d’Ibrahim Boubacar Kéïta, n’aura aucun impact sur la vie des Maliens. Il n’en a ni la vision ni la volonté.

Le président de la République, vieux monsieur, incapable de se renouveler et de s’adapter aux exigences de la situation du pays et de l’époque, en est réduit à donner le change, pour tromper le peuple et gagner du temps, avec l’espoir  de voir ses manœuvres dilatoires produire leurs effets.

En effet, pour la quasi-totalité des chefs d’Etat africains actuels, la perte du pouvoir est une perspective presque intolérable et porteuse de périls, comme de devoir rendre compte des méfaits consécutifs à leur gouvernance patrimoniale, au détournement de sommes faramineuses et aux assassinats d’opposants et de trublions (ce pourrait être le cas de notre confrère Birama Touré).

IBK n’a certes pas sur la conscience l’assassinat d’opposants mais il aurait tout le mal du monde à se dédouaner vis-à-vis d’une gouvernance désastreuse, inutilement budgétivore, dont le mécanisme de base reste la corruption.

L’actualité brûlante, occupée par la scabreuse affaire d’enrichissement illicite de généraux de l’armée malienne, n’est pas pour redorer la réputation du système IBK. L’on savait que la grande muette n’était pas exempte de reproches et que quelques cas de fortunes aux origines nébuleuses attribuées à des officiers supérieurs avaient défrayé la chronique.

La longue liste de généraux milliardaires publiée sur les réseaux sociaux, dans laquelle apparaissent  des noms déjà cités, semble conférer du crédit à une affaire qui vient ajouter au désenchantement des Maliens.

Profondément déçus par le fonctionnement   du régime, ils découvrent, au travers d’une catégorie d’hommes, susceptibles d’incarner les valeurs de la République, toute l’étendue de l’avilissement du système.

Des rumeurs persistantes de détournements de ressources destinées à équiper et à entretenir les soldats sur les différents fronts d’une guerre sécuritaire, complexifiée à volonté et à dessein, avaient pourtant, déjà,  donné l’alerte. Sans que l’on y attache grande importance, l’opinion nationale, en dépit des nombreux revers essuyés par nos troupes, étant alors encline à une certaine indulgence.

Il faudra toutefois à cette opinion nationale l’âme d’une mère Térésa pour continuer de fermer les yeux sur la succession de scandales dévolus à la Grande Muette et à son environnement (surfacturation des équipements, acquisition d’avions de combat sans viseur, achat d’hélicoptères obsolètes au prix de neufs, et on en ignore certainement).

Avérées ou pas, ces affaires devraient agir comme des alertes sur la réalité de notre système de sécurité, dont la réforme (ou prétendue telle) a déjà absorbé des milliards de nos francs sans que son efficacité ait été prouvée.

Le contraire serait d’ailleurs plus crédible, au vu des nombreux périls auxquels sont constamment exposés civils et militaires.

Les Maliens devraient enfin émerger de leur torpeur et se rendre à l’évidence de la dégradation profonde de leur environnement socio économique et politique.

Un indéniable fléchissement du pouvoir d’achat, une vie de plus en plus chère, rythmée au gré des spéculations, dont la courbe est toujours ascendante, l’éclatement et l’affaiblissement de l’opposition, un système de corruption de plus en plus ouvert et la multiplication des nouveaux riches, une insécurité grandissante, se traduisant par d’innombrables pertes de vies humaines, sont aujourd’hui les indices patents d’un pays au bord du gouffre.

Face à tous ces périls, l’Imam Mahmoud Dicko et son mouvement politico religieux en gestation constituent les seuls recours crédibles. Sombres perspectives pour un peuple certes majoritairement musulman mais peu enchanté à l’idée de se voir gouverné par un régime autocratique, liberticide et, sans doute, obscurantiste.

Pour moins que tout ça, Algériens et Soudanais, portés par un volontaire et irrésistible mouvement de revendication, ont exigé et obtenu des changements déterminants pour un futur de leur choix.

Si les Maliens avaient fait montre d’une plus grande exigence, en allant notamment au bout de leur rejet du système IBK, le pays eut certainement fait l’économie des derniers esclandres du régime et se serait déjà engagé dans la voie du renouveau.

Il n’est pas encore tard… pour bien faire.

 Mamadou Kouyaté          

[email protected]

Commentaires via Facebook :

7 COMMENTAIRES

  1. Bonjour
    Je suis parfaitement d accord avec votre analyse de la situation désastreuse de notre pays,depuis 1992,le pays a été pris en otage par une certaine élite s’accaparent de nos maigres ressources,un système érigé sur fond de corruption à tous les niveaux de la sphère publique.
    Les auteurs et actes sont connus de tous mais tous appartiennent au système.
    Il faut une révolution une vraie révolution pour remettre le pays sur pied sinon je vois arriver une violence qui detruira tout.
    Le malaise est si grand le désespoir si profond,l’humiliation si présente.
    Ce qui me désespère et me rend plus malheureux c est l’habitude de la jeunesse qui se la coule comme si de rien n’était.
    Pour balayer les rues de Bamako c’est une société venue d’ailleurs qui s’en occupe et ramasse les milliards de nos francs pour aller construire leur pays.
    Il se passe quoi au Mali ?
    Il faut que mahamoud Dicko reste actif et jette les bases d’un parti favorable à la réhabilitation de notre pays qui est entrain de tout perdre il y va de la responsabilité de notre génération car le Mali mérite mieux que ça.
    Aucun peuple sans lutte n’a jamais rien gagné de la liberté ni de la dignité.
    La lutte ou la mort
    Engageons nous

  2. Demander a Boua IBK de changer c’est demander au caiman de s’asseoir sur une chaise, mon frere Kouyate, il est trop tard, le Mali ne reviendra jamais de ce bas-fond! Tous les jours apportent que des lots de Malheur, de scandales et de maledictions!

  3. Il faut reconnaître en IBK une intelligence politique parmi les cadres maliens qui animent la vie politique.
    Il a su manœuvrer pour s’approcher du candidat naturel de l’ADEMA PASJ après la chute de la dictature car il n’était pas parmi les plus influents avant que le parti n’accède au pouvoir.
    POUR ÊTRE LE DIRECTEUR DE CAMPAGNE ADJOINT D’AOK, ENSUITE SON TOUT PREMIER PORTE PAROLE À LA PRÉSIDENCE, IL FAUT SAVOIR LE CONVAINCRE DE PARTAGER SES CONVICTIONS.
    IBK a su le faire sans pourtant les partager.
    Une stratégie de diversion qui lui a permis d’avoir la primature au détriment des poids lourds du parti, ensuite s’imposer à la tête du parti obligeant certains historiques à abandonner le parti.
    IBK A SU SE FAIRE UN HOMME POLITIQUE INCONTOURNABLE POUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE.
    C’est dans la gestion du parti qu’Ibk a révélé ses véritables convictions au fur des années des deux quinquennats d’AOK et après.
    IBK a compris que la société malienne est profondément baignée dans l’esprit initié et cultivé par la dictature militaire qui consiste à SE SERVIR DE L’ÉTAT AU LIEU DE LE SERVIR.
    Au lieu d’agir pour l’éradiquer, il l’a utilisé pour succéder à ALPHA OUMAR KONARE.
    L’ADEMA PASJ est ainsi devenu un parti MAFIEU qui attire tous ceux qui sont intéressés à puiser dans les caisses de l’État.
    Des cadres sérieux sont écartés pour placer ceux qui partagent les vues du nouveau président du parti qui est en même temps chef du gouvernement.
    L’administration est minée pour en faire un appareil de conquête du pouvoir.
    Les sous prefets, les préfets, les gouverneurs sont nommés en fonction de leurs adhésions aux vues du nouveau président du parti.
    ALPHA OUMAR KONARE occupé à faire face à ses adversaires politiques décidés à le chasser du pouvoir, consacré aux activités internationales à améliorer l’image ternie du Mali n’a compris les convictions réelles de son premier ministre que trop tard car il a su se placer du côté des plus nombreux qui sont convaincus qu’on doit se servir de l’État tant qu’on a le privilège de diriger un de ses services.
    Il a crû qu’il peut tenir tête à son mentor quand ce dernier lui a signifié de quitter la primature.
    Le bras de fer gagné par AOK a fait l’affaire d’un clan qui siégeait dans le gouvernement qui en a profité pour le chasser de la présidence de l’ADEMA PASJ.
    IBK, chassé du parti, a reçu naturellement le soutien de CHOGUEL MAIGA, perroquet de la dictature militaire, en devenant la personne de son intégration dans la communauté des opposants à ALPHA OUMAR KONARE, pas au parti au pouvoir.
    IBK est aussi naturellement devenu l’ami de MOUSSA TRAORÉ puisqu’il a contribué à entretenir son esprit.
    Les autres restés fidèles à ALPHA OUMAR KONARE partageant ses convictions de défense des INTÉRÊTS SUPÉRIEURS DE LA NATION sont des HASSIDI pour tous ceux qui sont convaincus qu’il est normal de SE SERVIR DE L’ÉTAT au lieu de LE SERVIR.
    IBK a ainsi contribué à ternir un bilan élogieux en terme du renforcement de la capacité économique du Mali et de sa CRÉDIBLE retrouvée après 23 ans d’humiliation sur la scène internationale.
    À l’opposition, au lieu de défendre son bilan pour attirer les électeurs,il a fait du dénigrement de son mentor son slogan de campagne.
    Une grande majorité étant dominée par l’esprit initié et cultivé par 23 années de dictature militaire a vu en lui leurs défenseurs.
    Il s’est appuyé la dessus pour rester influent.
    Son intelligence politique lui a permis aussi de comprendre qu’il peut s’appuyer sur les religieux.
    On l’a ainsi vu adopter les termes dominants de la région musulmane, participer assidûment aux prêches des grandes figures de la place, réussir à faire du CHÉRIF de nioro un allié afin de bénéficier de ses réseaux.
    Il s’est préparé pour succéder à ATT, mais la crise qui a fait partir ce dernier lui a facilité largement la tâche car ceux qui ont fait le coup d’Etat sont les enfants de la dictature militaire à travers le prytanée militaire de kati .
    Ils partagent ses IDÉES de SE SERVIR DE L’ÉTAT.
    ILS SONT MÊME ALLÉS PROTÉGER SA MAISON AU SOIR DU COUP D’ÉTAT FAISANT CROIRE DE SA COMPLICITÉ.
    Depuis son élection en 2013,l’esprit qui a dominé la gestion des officiers subalternes qui ont fait partir le père de l’indépendance, ensuite celui de l’UDPM pendant 23 années s’exerce pleinement au Mali, même si après le départ d’AOK son successeur n’a rien fait pour l’ empêcher de se perpétuer.
    Les officiers supérieurs qu’on cite dans les affaires de malversations sont majoritairement les enfants que les dignitaires de MOUSSA TRAORÉ ont placés au prytanée militaire de kati pour les succéder.
    IBK continue à se servir de son intelligence politique pour passer le témoin à un homme sûr qui partage ses vues.
    Il est apparemment sur le bon chemin compte tenu d’un soutien non négligeable à son dialogue politique INCLUSIF destiné à manipuler.
    Va t’il encore reussir ?
    OSER LUTTER,C’EST OSER VAINCRE!
    La lutte continue.

  4. On ne peut pas remettre la situation de notre pays sur les épaules IBK , c’est comme critiqué le président car une tornade dévaste des villes . Lez président ne controle pas tout , moi je trouve de plus que au contraire depuis ces dernières années les efforts entrepris par notre gouvernement commences à payer . Le pays petit à petit est en voie vers le développement

  5. Toujours dans la critique du pouvoir instauré , il facile d’avoir critique mais je me demande ce que serait l’état du pays avec vous au pouvoir

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here