Assises Nationales de la Refondation : L’air d’un nouveau faux départ

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Inscrites au forceps dans le Programme d’Action Gouvernementale et décriées par certains comme un artifice d’alourdissement de la Transition aux fins de sa prorogation, les Assises nationales ont visiblement du plomb dans l’aile, malgré les efforts déployés pour les rendre plus inclusives en élargissant le cercle de ses adeptes. Pour ce faire, le président de la Transition était pourtant personnellement entré dans la danse pour prêter main-forte au chef du gouvernement mis à la touche pour les besoins de la cause. Mais la combinaison des démarches du chef de l’Etat avec celles de l’impressionnant dispositif organisationnel n’a pu récolter que la défection de deux composantes essentielles du front du refus, après réaménagement du calendrier initial de l’évènement. C’est avec ces moyens du bord que le colonel Goïta s’est résout à larguer les amarres du processus, le jeudi 9 décembre, par un plaidoyer en faveur des ANR décrites comme un exercice d’introspection, un creuset d’échanges, de dialogue et de contribution de l’ensemble des composantes du pays à la renaissance nationale et à la construction citoyenne. Sauf que la dynamique d’ensemble pour ce faire, tributaire de la charge d’adhésion populaire, est manifestement en deçà des attentes exprimées par le président de la Transition en procédant au lancement desdites Assises. C’est du moins le principal constat qu’il se dégage des échos en provenance de certaines contrées de l’intérieur.  C’est le cas du cercle de Douentza où les représentants d’une demi-dizaine de communes sur la quinzaine que compte la circonscription ont manqué à l’appel pendant les deux jours de travaux. Et sur les dix communes où ils ont été effectifs, les travaux ont été  délocalisés pour une moitié d’entre elles pour cause d’insécurité. C’est dire que le facteur sécuritaire aura été déterminant un peu partout où l’absence de l’administration et des forces de défense est susceptible d’affecter la mobilité des potentiels participants. À ce paradigme plutôt contraignant s’ajoute le poids des clivages politiques ayant entraîné la défection d’une frange significative de la classe politique aux Assises Nationales de la Refondation. On y dénombre notamment les composantes du Cadre d’échanges des partis et recoupements de partis politiques pour une Transition réussie (RPM et autres), ceux de l’ARP (UDD et autres), Jigiya Koura (CODEM et autres) ainsi qu’une myriade d’autres forces représentatives dont l’ASMA, YELEMA, SADI, PARENA, CNAS Faso Hèrè, ACRT, etc., auxquels s’ajoutent d’autres notoriétés associatives dont la CMAS de l’imam Mahmoud Dicko. Aux fractures politiques se greffent les fractures territoriales et communautaires parce qu’à l’échelle communale elles les ANR accusent la défection de l’ensemble des mouvements signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale issue du processus d’Alger. Or toute décision en déphasage avec la substance de l’APR pourrait remettre les jalons d’une nouvelle crispation des rapports entre Bamako et les forces sécessionnistes du septentrion.

L’étape communale des Assises aura mis en évidence, en définitive, la gageure de pouvoir observer leur dimension nationale ainsi que leur caractère inclusif sans lesquels la substance de l’entreprise, la refondation en l’occurrence, est forcément illusoire. En attendant toutefois de redresser éventuellement la barre d’ici à la fin du processus comme ce fut le cas avec la Conférence d’Entente Nationale sauvée par la participation in extremis des forces dissidentes. Faute de quoi, un autre faux départ s’annonce avec ses implications en gâchis matériels et financiers.

A KEÏTA

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