Mali: 26 mars 1991, 22 mars 2012, 18 août 2020 : De la révolte à la révolution

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De qui le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) a-t-il peur ? Il y a eu le 26 mars 1991. Le putsch du 22 mars 2012. Des changements avec des militaires. Les évènements se sont précipités à Bamako, en mars 1991. Si la révolution du 26 mars a été récupérée par les anciens du parti unique (UDPM), celle du 22 mars par les caciques de l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (ADEMA-PASJ), la révolte du peuple contre le régime d’Ibrahim Boubacar Keïta parachevée par le CNSP, le mardi 18 août dernier, veut se démarquer des politiciens véreux. Pourra-t-il le faire ? Quand on sait que Amadou Haya Sanogo et certains membres du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE) ont été arrêtés. Chez les porteurs d’uniforme, la trahison est habituelle.

En 1968, sur les quatorze (14) membres du Comité militaire de libération nationale (CMLN) de Moussa Traoré quatre (04) seulement ont survécu: Amadou Baba Diarra, Missa Koné, Mamadou Sanogo, Filifing Sissoko. Sur les dix-sept (17) membres du Comité de transition  pour le salut du peuple (CTSP), à la fin de la transition, ils étaient sept (07).

Le 24 mars 1991: Indignés par l’annulation de la marche sur Koulouba et les horreurs des massacres qui continuaient, le peuple de Bamako, hommes et femmes, s’est de nouveau réuni devant la Bourse du travail. Là, alors que se tenait un grand meeting populaire pour exhorter la foule, un comité de Coordination de toutes les associations s’est réuni aux environs de  9 heures 30 minutes.

Créé la veille et comprenant l’UNTM, l’AEEM, l’AMDH, l’ADIDE, l’AJDP, l’ADEMA, le CNID, le comité de coordination décide au cours de sa réunion de porter à la connaissance des manifestants le contenu du document qu’il a élaboré. Ce document apporte la première déclaration  du comité de coordination, apporte les exigences du mouvement démocratique: la démission de Moussa Traoré et de son gouvernement.

Aux environs de 11 heures 30 minutes, le Comité de coordination conduit par son président Bakary Karembé (secrétaire général de l’UNTM) rencontre le général Moussa Traoré à la présidence. Une copie du document réclamant sa démission lui est remise. En première réaction, le général Moussa Traoré crée une commission ad hoc, constituée de membres du gouvernement et du B.E.C de l’UDPM.

Cette commission ad hoc s’est réunie avec le Comité de Coordination des associations le même, dimanche, à la Bourse du travail vers 18 heures. À l’issue de cette réunion, trois accords de négociations sont communiqués: la levée de l’État d’urgence et du couvre-feu instaurés par le gouvernement, vendredi le 22 mars; l’arrêt des violences sur les personnes physiques et leurs biens personnels ou publics; la libération des personnes arrêtées lors des évènements des 22 et 23,24 mars.

Le communiqué qui a rendu public ces accords précisait qu’ils ont  été faits «sans préjudice du fond», c’est-à-dire sans que les exigences du mouvement démocratique soient mises en cause (démission du président Moussa Traoré et de son gouvernement; dissolution de l’Assemblée nationale, constitution d’un Comité de transition pour le salut du peuple chargé de gérer la transition démocratique).

21 heures 30 minutes: seconde réaction: Moussa Traoré fait son deuxième discours à la nation en 48 heures. Il situe l’origine des troubles  au niveau des revendications des travailleurs, celles des élèves et étudiants et de la question du multipartisme. Il déclare que des solutions seront vite trouvées à ces revendications. Moussa Traoré fit également dans ce deuxième discours un semblant d’appel à la contribution de toutes les sensibilités politiques et religieuses, la tolérance et le respect de la différence dans la perspective du pluralisme politique. Il rappela que la Constitution garantit le libre exercice des libertés (d’association, d’expression, d’opinion, de presse, d’entreprise, tout comme la protection des biens). Le même jour, sur une chaîne de télévision étrangère, il affirma ne pas démissionner.

Lundi 25 mars 1991: En cette matinée du 25 mars, les Bamakois  sont choqués parce  qu’il croyait  avoir une ouverture de dialogue avec Moussa Traoré, à la rencontre entre la commission ad hoc BEC-gouvernement et le  Comité de Coordination réunis devant la Bourse. Le comité de coordination des associations après une longue entrevue a réconforté la population en lui faisant comprendre que les exigences  demeuraient les mêmes: démission de Moussa Traoré et de son gouvernement, la dissolution de l’Assemblée nationale, Constitution d’un Comité de Salut du Peuple chargé de gérer la transition démocratique. Le Comité de Coordination annonça également une marche pour le lendemain 26 mars. Toujours dans cette journée du 25 mars, la nouvelle de la démission de Djibril Diallo, secrétaire politique de l’UDPM est tombée. Mais la population reçut cette nouvelle avec beaucoup d’indifférence et le dialogue entamé, la veille retomba dans le calme plat.

Le 26 mars: D’un changement à un autre. Encore des militaires

Quand la rumeur du coup d’État a circulé le lundi 25 mars aux environs de 23 heures, toute la population de Bamako est sortie. Elle est restée en ville pour la confirmation de la nouvelle jusqu’à 3 heures 15 minutes. À 4 heures 30 minutes du matin, des jeunes manifestants ont commencé à saccager les gros magasins  de la capitale. À 6 heures, la nouvelle du coup d’Etat étant confirmée, ce fut la vraie débâcle: les Établissements Achkar et la SOMAPIL, situés en Zone Industrielle, sont dépouillés de leurs biens. Certains ministres et les proches de la famille présidentielle essayèrent de quitter le pays.

Bakary Traoré, ministre de l’Éducation nationale est identifié par certains jeunes de Djicoroni et battu à mort. Son corps est transporté au rond point de Médina-Coura (hôpital Gabriel Touré) et exposé en plein air. Le corps de Bakary Traoré avait trouvé celui de Mamadou Diarra, le beau-frère du président, déjà calciné. Mamadou Diarra avait quitté sa famille et s’est tiré une balle sous le menton. Son corps avait été alors transporté au même rond point et brûlé. Les jeunes le coupèrent en petits morceaux qui furent emportés dans des boîtes. Et quant au président déchu, Moussa Traoré, il a été arrêté dans son lit en compagnie  de son épouse Mariam. Le régime militaire de Moussa Traoré à ses tous premiers débuts avait prôné le retour à une vie constitutionnelle, en 1974. Rien depuis.

Le 26 Mars 1991: Dix-sept (17) militaires ont encore pris le pouvoir à la faveur d’un soulèvement populaire. Mais les Maliens n’ont pas manqué de leur manifester un scepticisme bien fondé. Ces dix-sept (17) militaires n’ont-ils pas étroitement travaillé avec le régime défunt de Moussa Traoré ?

Pour leur première rencontre avec les associations démocratiques à la Bourse du travail, le 26 mars, le président du Comité de réconciliation nationale (CRN), formé par les militaires putschistes, a donné des apaisements. Il a affirmé que son Comité est pour l’établissement d’une démocratie intégrale, d’un multipartisme intégral. Le lieutenant-colonel  Amadou Toumani Touré (ATT) a déclaré que «Nous allons rentrer dans les casernes sitôt que notre rôle d’arbitre aura fini», il a ajouté que «Je ne me vois pas président de la République». ATT a demandé aux associations des idées pour «réhabiliter tous ceux qui ont fait quelque chose pour ce pays».

Dans sa réplique au lieutenant-colonel, Bakary Karembé, secrétaire général de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), a souligné que Moussa Traoré a été renversé par la première journée de grève générale illimitée. Les personnes présentes à la Bourse du travail, ce 26 mars, n’ont pas manqué de dire aux putschistes: «C’est toujours  les mêmes gens de Moussa Traoré avec des visages familiers à tous» Cette fois encore le changement  s’est opéré avec  de jeunes officiers supérieurs. Comme dit le sage: «Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années».

Safounè KOUMBA

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