Que sont-ils devenus… Moctar Koureïchi : Artisan de la création du Djoliba, homme politique et chef de quartier

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Il est rare, sinon quasi impossible de rencontrer un vieux de 85 ans, qui ne souffre d’aucune maladie chronique (AVC, diabète,  rhumatisme, myopie, etc.). La fuite de mémoire pour certains détails précis peut par contre être son quotidien. Une fois de plus c’est un de nos fidèles lecteurs qui nous a indiqué notre héros de la semaine. Il a insisté à vouloir ce vieux dans la rubrique “Que sont-ils devenus ?”. Par finir, nous avons pris contact avec ce doyen, dont le parcours a plusieurs dimensions. Jusque-là son nom n’apparaît pas. Parce qu’un prologue s’imposait pour expliquer les raisons qui nous ont conduit au vieux Moctar Koureïchi, actuellement chef des quartiers Ouolofobougou et Ouolofobougou-Bolibana, président de l’Association des chefs de quartier, ancien secrétaire général du Djoliba, ancien trésorier de la Femafoot, ex-caissier principal des postes et télécommunications, ex-receveur aux Aéroports du Mali, ancien directeur de cabinet de Djibril Diallo au bureau exécutif central de l’UDPM. Bref, l’homme a une histoire qui justifie son passage  dans la tribune de la rubrique “Que sont-ils devenus ?”.

Le vieux Koureïchi nous a beaucoup émerveillés par sa disponibilité pour l’interview. Nous ne l’avons contacté qu’une seule fois, pour lui expliquer comme à l’accoutumée le but de la rubrique. Depuis, c’est lui qui téléphonait pour confirmer le rendez-vous dont le premier était prévu le vendredi à son bureau à la mairie du district de Bamako.

Mais la forte pluie matinale de cette journée de prière empêcha le doyen de sortir. Finalement nous l’avons rencontré chez lui à Ouolofobougou samedi dernier. A la lumière de ses explications qui devaient nous conduire chez lui, le Drapeau national accroché à une porte nous servit de repère. Moctar Koureïchi avec le sourire symbolisant l’hospitalité africaine, nous a installés dans son salon et l’entretien se déroula dans une atmosphère détendue.

Moctar Koureïchi dans son parcours politique a eu la malchance de vivre deux coups d’Etat, à un moment où les régimes étaient à leur apogée. D’abord avec la jeunesse de l’US-RDA dont il était l’un des lieutenants engagés volontairement pour servir le régime de Modibo Kéita.

La patrie et l’honneur du pays constituaient le slogan des jeunes à l’époque pour justifier leur attachement au régime socialiste du président Kéita. Evoluant dans le secteur I, il était le secrétaire général de la jeunesse US-RDA du quartier Ouolofobougou-Bolibana. Ce qui faisait de lui un ténor de la Brigade d’assainissement, qui assurait la sécurité dans les différents quartiers.

Puis, ce fut le tour de l’Union démocratique du peuple malien (UDPM) au début des années 1980. Responsable politique de son quartier, Moctar Koureïchi fut attaché de cabinet du ministre du Tourisme occupé en son temps par Djibril Diallo, ce qui le propulsa par la suite au poste de chef de cabinet du secrétaire politique du bureau exécutif central (BEC) de l’UDPM. L’intervention des militaires  sonna comme un glas.

Avec le recul que pense-t-il de ces coups d’Etat ? Est-ce qu’ils étaient justifiés ? Un coup d’Etat n’est jamais souhaitable, répond-il. Les deux cas de figure ont la particularité d’avoir une explication liée au changement. Bien qu’il soit à l’époque membre de la Jeunesse US-RDA, il reconnait que le peuple souffrait, la milice abusait de lui avec des actes qui ont discrédité le régime de Modibo Kéita.

Pour la seconde intrusion de la grande muette, le vent de la démocratie qui avait commencé à souffler en Afrique n’a pas été bien perçu par GMT, et les conséquences furent immédiates pour son pouvoir.

Moctar Koureïchi est né en 1935, il a quatre-vingt-cinq ans. Il fut l’un des pionniers de la création de l’Africa Sports en 1957. Et pour la circonstance il faisait partie de la délégation qui a consacré le mariage de jeu et de sang de son club et le Foyer du Soudan qui a donné  naissance au Djoliba AC, c’est-à-dire la fusion de l’Africa Sport et le Foyer du Soudan. Pour cet événement historique, comment les négociations ont été menées pour former un bureau consensuel ? Quelle fut la suite de sa carrière sportive ?

Le Djoliba AC en abrégé

“La réunion s’est tenue chez Tiéba Coulibaly et a regroupé trois délégués par club. Au terme des discussions et des objectifs fixés pour le club dans le temps, un bureau dirigé par Tiéba Coulibaly été mis en place. Parce qu’il était le plus ancien. Il était secondé par le président de l’Africa Sports, Kongo Chia Coulibaly.

Djimé Sidibé a été promu au poste de secrétaire général, avec moi comme adjoint. En un mot, nous avons fait de telle sorte que les deux clubs soient représentés dans le bureau avec le même quota. Par la suite, j’ai animé le secrétariat général du Djoliba durant des années, avant de céder ma place à Papa Haïdara.

Cela fait très longtemps, je ne me rappelle pas des dates de façon précise. C’est à partir du comité exécutif du Djoliba que j’ai intégré la Fédération malienne de football, en tant que trésorier général durant tous les mandats du président Seydou Thiam”. 

Artisan de la création du Djoliba, il regrette aujourd’hui que les dirigeants soient incapables de le hisser à un niveau plus honorable. Son âge et son emploi du temps le défavorisent pour suivre le club, mais Moctar Koureïchi ne porte pas de gants pour affirmer que le Djoliba est mal géré.

Si les anciens ont été écartés petit à petit parce que la nouvelle génération pense qu’ils sont en déphasage avec les idéaux du club, cela va de soi que le Djoliba se trouve orphelin de ses vertus d’antan. Une recette ? Des conseils ? Il n’en possède pas, pour la simple raison que malgré son amour indéfectible pour le club, il est déconnecté et dans ces conditions il risquerait un saut dans l’inconnu en se mettant dans une peau de donneur de leçons.

Moctar Koureïchi après le CEP en 1954 intègre la Centrale Electrique, actuelle EDM où il n’a passé que deux ans. En novembre 1956, il est admis au concours de recrutement de la poste. Facteur, commis, agent d’exploitation, contrôleur de classe exceptionnelle, il occupe la prestigieuse fonction de caissier central de la Poste où il était chargé de prendre tous les matins la dotation budgétaire de la Poste, pour le paiement des mandats, les télégrammes. A l’époque le service des Postes et télécommunications a marqué son temps.

Patriarche vénéré

Aujourd’hui, sa disgrâce selon Moctar Koureïchi est la conséquence de la dissociation de son aspect social (poste) du côté financier (télégramme), ajouté à cela le développement de la technologie.

A propos de l’administration d’hier à aujourd’hui, le vieux Moctar déclare sans état d’âme que le secteur public malien souffre du changement de mentalité à tous les niveaux, la faiblesse de l’Etat, le comportement négatif de certains cadres.

Marié à feux femmes, il est père quinze enfants,  plusieurs petits-enfants et arrière-petits-fils, plus de vingt-cinq homonymes. Il est actuellement le chef de quartier des quartiers Ouolofobougou et Ouolofobougou-Bolibana. Selon lui, cette fonction est bénévole, et ne confère aucune indemnité ou autre avantage. Sauf que l’autorité (mairie) prend en charge les frais de transport des chefs de quartier chaque fois qu’elle leur fait appel pour un quelconque motif. Le montant de ces frais de transport est fixé à 2000 F CFA. Le chef de quartier est porteur du mot d’ordre du maire, du gouverneur, et du ministre.  Comment il est désigné ? A-t-il une emprise sur sa population ?“Aujourd’hui le mode de désignation du chef de quartier a changé. Autrefois, il était désigné par les différents chefs de famille. A son tour, il choisissait ses conseillers. Cette formule a été remplacée par la désignation de quinze conseillers dans le quartier, à la suite d’une assemblée générale en présence du maire ou son adjoint. Lesquels se réunissent pour désigner un chef de quartier.  Pas de critères spécifiques, mais les uns et les autres se connaissent parfaitement. Donc à ce niveau, le choix fera forcément l’unanimité. Le terme  emprise sur la population serait un peu fort. Dans notre société, le respect de l’autorité traditionnelle est une culture. Personnellement, je suis respecté de tout le monde, et chaque fois que j’interviens pour les problèmes sociaux, ou des tensions entre des familles, ma population m’accompagne par sa discipline.  J’ai divisé mon quartier en quatre secteurs dirigés chacun par quatre conseillers,  chargés de faire le relais pour les comptes rendu des réunions ou des urgences”.

Pour parler de ses bons souvenirs, Moctar Koureïchi retient les bonnes relations humaines dans le quartier du temps de Modibo Kéita à nos jours, la création de l’Association des parents d’élèves du Mali avec un certain Augustin Doumbia. Il ne cultive pas en soi les mauvais souvenirs.

O. Roger

Tél (00223) 63 88 24 23

 

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