Une certitude au Mali : l’homme fort du moment s’appelle Assimi Goïta, dit
notre correspondant à Bamako,
Serge Daniel. Lorsque la délégation de la médiation l’a rencontré, mercredi 26 mai dans ses bureaux, il a clairement laissé entendre que, jusqu’à nouvel ordre, il prenait les choses en mains, puisque le président de transition Bah N'Daw a démissionné, ainsi que le Premier ministre Moctar Ouane.
Diriger la transition jusqu'à son terme ?
Et peut-être même que s’il peut diriger la transition jusqu’à son terme, Assimi Goïta n’hésitera pas. Mais il lui faut des alliés, et il a déjà tâté le terrain. À la délégation des médiateurs, le chef de la junte n’a pas caché qu’il entend gouverner notamment avec le M5-RFP, mouvement composé de partis et d’associations qui ont tous contribué à la chute de l’ancien président, Ibrahim Boubacar Keïta.
Le colonel Goïta a déjà reçu des responsables du M5. Mais une frange de ce mouvement condamne le coup de force et n’entend pas travailler avec lui, pour le moment en tout cas. Plusieurs autres partis politiques sont sur la même ligne. Le coup de force est également dénoncé par des associations de défense des droits de l’homme. Assimi Goïta doit également faire face aux sanctions internationales. Les États-Unis par exemple, ont déjà arrêté leur coopération militaire.
Réunion d'urgence du Conseil de Sécurité
Pendant ce temps-là à New-York, écrit
notre correspondante Carrie Nooten, le Conseil de sécurité s’est réuni en urgence, à la demande de la France et du groupe A3. Dans une déclaration, il a condamné l’éviction des autorités de transition - sans pour autant proposer de sanctions.
Plus de 48 heures après l’arrestation du président et du Premier ministre intérimaires au Mali, le Conseil de sécurité a, de façon unanime, appelé hier à la libération «
sûre, immédiate et inconditionnelle » de tous les représentants maliens détenus par les forces de sécurité et de l’armée. Les diplomates ont aussi exhorté ces forces à retourner dans leurs casernes «
sans délai », avant de déclarer qu’ «
imposer un changement de direction de la transition par la force, y compris par des démissions forcées, était inacceptable ».
Le Conseil a réclamé une «
reprise immédiate » de la transition menée par les civils au Mali : il n’est pas question pour lui de retarder le délai de 18 mois fixé pour l’organisation de nouvelles élections. Et il a réitéré son soutien aux organisations régionales dans leur règlement de cette crise qui a débuté en août dernier, un sommet extraordinaire de la Cédéao pourrait d’ailleurs être convoqué prochainement. Toutefois, les diplomates du Conseil de sécurité n’ont pas réussi à s’entendre sur d’éventuelles mesures de rétorsion contre les militaires emmenés par Assimi Goïta.
La vie continue cependant
Malgré l’expectative au sommet de l’État suite au coup de force, la vie continue pour les Bamakois. Commerces services et écoles fonctionnent à la normale même si les populations craignent d’être impactées par cette crise politico-institutionnelle, écrit encore
l'un de nos correspondants à Bamako,
Kaourou Magassa.
Devant une faculté privée de Bamako des dizaines d’étudiants discutent pendant qu’à l’interieur se déroule une foire d’exposition-vente et une journée porte ouverte. L’actualité est au coeur de leurs discussions. Crise sécuritaire, grève à répétition, mais aussi vide institutionnel obstruent leur vision de l’avenir.