Mali : un deuxième coup d’Etat de trop en neuf mois

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Le colonel Assimi Goïta et ses acolytes,  en décidant  d’évincer le Président et le Premier  ministre de la transition, replongent le Mali dans une  nouvelle incertitude dont on  ne saurait prévoir l’épilogue.    

Le lundi soir, à la surprise générale de tout monde, le  vice-président  de la transition,  qui voyait le Président Bah N’Daw et son Premier ministre, Moctar Ouane, s’affranchir  de  son diktat,  a  décidé  de  mettre totalement  en échec tous les efforts que les autorités maliennes avec le concours des partenaires internationaux  avaient réalisé vers le retour à l’ordre constitutionnel. Le chef de la junte,  en défendant  sa forfaiture  sur les  antennes de l’ORTM, reproche au  Premier ministre, Moctar Ouane, de « s’être montré incapable de constituer un interlocuteur fiable, susceptible de mobiliser la confiance des partenaires sociaux » face  aux grèves et manifestations diverses des acteurs sociaux et politiques.

Au Président de la transition que lui-même a imposé au Mali après  avoir  pris le pouvoir par les armes le 18 août 2020, il reproche, en outre,  d’avoir,  de façon unilatérale,  accepté la démission du gouvernement, puis procédé à la reconduction immédiate du  Premier ministre avec pour mandat d’aller à la formation d’un nouveau gouvernement sans concertation avec le vice-président en charge des prérogatives de la défense et de la sécurité. Une telle démarche que les officiers du  Comité National du Salut du Peuple  qualifient d’une  volonté manifeste du président de la transition et du Premier ministre d’aller vers une violation de la charte de la transition.

Des arguments  qui ne sauront  expliquer cette forfaiture  des militaires  qui, par leur obstination à vouloir tout contrôler,  mettent un frein au fonctionnement des instances de la Transition. Loin des légalistes qu’ils prétendent être, le Colonel Assimi et ces acolytes ont été  les premiers à violer les textes en piétinant  les prescriptions  contenues dans la Charte de la transition.  Au lendemain du coup d’Etat d’août 2020,  les militaires  ont bâclé les conclusions des journées de concertations en imposant leurs propres textes aux participants. Puis, par deux décrets,  ils ont procédé à la nomination et désignation des membres du Conseil National de Transition  en introduisant les noms de leurs  proches dans la composition de cet organe.  Comme si cela ne suffisait pas, les militaires ont passé les neuf derniers mois à nommer des colonels  à tête de tous les leviers du pouvoir en violation de la charte de la transition et de la Constitution du 25 février 1992.

En réalité, les motifs avancés par les militaires  pour évincer les dirigeants civils de la transition ne tiennent pas  tant,  depuis la mise en place des organes de la transition, la CEDEAO a mis en place un mécanisme de suivi de la transition chargé d’évaluer  les faits et gestes des deux personnalités que les militaires ont chassé du pouvoir.

En effet, le Président Bah N’Daw et son Premier ministre, Moctar Ouane, voyant le mécontentement  de la population, avaient décidé de s’affranchir en refusant de reconduire les ex-ministres de la défense et de la sécurité, tous putschistes, et en jetant leur dévolu à deux autres généraux de l’armée malienne. Ils voulaient profiter des 9 derniers mois de la transition pour constituer un gouvernement de large ouverture, où  une grande partie des forces vives seraient représentées afin de conduire le Mali vers des élections inclusives, crédibles et transparentes.  Cet équilibre que ces deux  dirigeants  contraints par les armes de quitter ont voulu instaurer s’apparente comme une menace à l’influence  des cinq colonels, qui visiblement ne  sont pas prêts à partager le pouvoir  avec leurs supérieurs  encore moins avec les civils.

Cet entêtement à vouloir  contrôler le pouvoir coûte que coûte n’est pas sans conséquence pour le Mali.  Les tenants du pouvoir au Mali déjà en brouille avec le M5-RFP ont certainement  du pain sur la planche  tant ils ont attiré la colère  de la communauté internationale  contre eux.  Avec à leur tête la France, qui est aujourd’hui la première nation au monde  qui appuie le Mali dans la lutte contre le terrorisme à travers la force Barkhane,  les soutiens  de l’Afrique et d’ailleurs n’accorderont pas un blanc-seing  au nouvel homme fort de Bamako. Et ils commencent à le faire savoir à travers les nombreuses condamnations suite à l’arrestation et à la destitution du Président et du Premier ministre de la transition.  Ce qui annonce  un long bras de fer  entre la junte et  les partenaires du Mali  sur le plan diplomatique.

Siaka DIAMOUTENE/Maliweb.net

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1 commentaire

  1. Depuis le premier jour où ce colonel Goita est apparu cagoulé comme un braqueur de banques, les partenaires du Mali sont devenus tous méfiants et les projets de développement économique de notre pays sont tous aux arrêts. C’est tellement triste pour nos populations!
    Maintenant certains de nos compatriotes sont en train de raconter des bobards en soutien aux militaires, bientôt ils vont tous comprendre…

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