Rétrospective : La nomination du Général Soumaré, la goutte d’eau qui fit déborder le vase et la création de l’Armée malienne

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La Fédération du Mali, composée du Sénégal et du Mali, devient indépendante le 04 avril 1960 sous la houlette de Modibo Keita et de Léopold Sédar Senghor. Malgré son indépendance, cette Fédération était liée à la France par des accords selon lesquels les armées des deux pays se devaient assistance mutuelle contre toute menace. Ces accords disposaient aussi que les soldats français qui servaient au sein de l’armée fédérale du Mali seraient aussi placés sous son commandement. C’est ainsi que le Colonel Abdoulaye Soumaré fut nommé le 25 juillet 1960 par décret présidentiel  en qualité de Chef d’Etat major général des Armées. Il a été préféré au Colonel Fall proposé par Senghor. Cette nomination mouvementée laissait transparaître les dissensions entre Sénégalais et Soudanais sur le choix des cadres de la Fédération. Toutes choses qui finiront par avoir raison de la Fédération elle-même. Pour  la nouvelle génération, il faut dire que le Général Soumaré est surtout considéré comme l’un des pères de la nation qui a fortement contribué à la création d’une armée malienne souveraine. C’est sur ces entrefaites que naquit  la République du Mali le Jeudi 22 Septembre 1960. Mais bien avant la proclamation de l’indépendance du Mali, il fallait doter la jeune République d’une armée. Cette exaltante mission fut l’œuvre d’une sous-commission composée d’Oumar Ly, le représentant fédéral, des capitaines Mamadou Diarrah, Pinana Drabo, père de l’ancien ministre de la Communication Gaoussou Drabo et le lieutenant de gendarmerie Balla Kéita. C’est cette sous-Commission qui nomma le capitaine Sékou Traoré, le père de l’ancien président de la Transition, le 31 août 1960 par décret présidentiel comme Chef d’Etat-major des armées. Le capitaine Pinana Drabo fut désigné chef du bataillon du Soudan et fut chargé de créer des unités maliennes dans les garnisons évacuées par la France à Nioro, Ségou et Gao.

Le Capitaine Sékou Kéita, Chef d’Etat-major général de la nouvelle Armée s’adressera ainsi à ses frères d’arme : « Officiers, sous-officiers, caporaux et soldats de l’armée du Mali. La journée du 1er octobre 1960 fera date dans notre histoire car elle a vu la naissance de notre armée nationale. C’est avec une joie et une fierté bien légitimes que je vous adresse le salut fraternel de celui que le gouvernement a bien voulu désigner pour vous commander ».

Quelques mois plus tard, le 20 janvier 1961, le charismatique président Modibo Keita demandera solennellement, devant les Chefs de toutes les Missions diplomatiques accréditées en République du Mali, ce qui suit : « A l’heure qu’il est, l’Ambassade de France en République du Mali est informée par mes soins de la décision de mon Parti et de mon Gouvernement de voir la France évacuer les bases militaires de Bamako, Kati, Gao et Tessalit, qu’elle occupait du fait des accords franco-maliens signés à Paris le 22 juin 1960, entre elle et la Fédération du Mali et qui deviennent caducs après les évènements du Sénégal, acte qui consacre la dislocation de la Fédération du Mali ».  C’est ainsi que l’armée française quitta sur la pointe des pieds avec un grand remord le sol malien après, près d’un siècle de présence commencée en 1883 à Kayes. Et c’est dommage que cinquante ans après elle crée les conditions, sous prétexte d’une occupation du Mali par des djihadistes, pour revenir nous recoloniser Kidal qu’elle n’a jamais voulu quitter à cause de la base géostratégique de Tessalit. IBK renouvèlera-t-il le Vœu du Père de  la Nation à son ami François Hollande pour qu’on nous libère notre Kidal ?

Youssouf Sissoko

                                                                                    Youssouf@journalinfosept.com     

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