Hommage à Amadou Seydou Traoré «Djicoroni»

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Une bibliothèque contemporaine a brûlé. Un des derniers Mohicans. Pour beaucoup de Maliens, son nom se confond ou rime avec le RDA. Il n’est pas aisé de brosser le portrait d’un tel homme. Il s’est toujours présenté comme tel, sans user d’artifices: viscéralement RDA.

Un personnage brillant, une vraie culture, un talent oratoire exceptionnel. Il n’a pas caché son camp et ses solides convictions, qu’il a défendues jusqu’au dernier souffle. Il est mort les armes à la main.

Dan le recueillement à cet homme, il était l’un des symboles, l’une des icônes de la continuation des œuvres et des valeurs tracées par l’US-RDA.

Un homme qui incarne notre vanité nationale. Une incontestable envergure. US-RDA, jusqu’au bout des ongles, il appartient à cette lignée, j’allais dire cette race aryenne, des pionniers de l’indépendance en voie d’extinction, qui n’avaient pas de rapport ambigu avec l’argent. Ils ont été des exemples de droiture, d’intelligence et d’ardeur.

Sa vie, son action n’aura pas été celui qui n’a jamais rien fait. Cela nous renvoie à la célèbre phrase du Comte Rivarol qui ne sied pas avec son background politique. Je cite «C’est un véritable avantage que de n’avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser».

Amadou Seydou Traoré et ses compagnons historiques du RDA, étaient l’exact opposé de «Monsieur Mirabeau, qui est capable de tout pour de l’argent, même d’une bonne action».

A cet effet, en amont le Président Alpha Oumar Konaré; aujourd’hui, sans fayoter, le Président Ibrahim Boubacar Keïta infatigable, qui ne baisse pas la garde dans son entreprise de réhabilitation des pionniers de l’indépendance, mérite un coup de chapeau ! Merci, un merci sans fin, Monsieur le Président. Trouvez ici, l’expression de notre profonde gratitude et reconnaissance.

Je crois avoir lu à peu près ce qui a paru récemment dans la presse, depuis le rappel à Dieu de Amadou Seydou Traoré. Au total, ce qui l’emporte aujourd’hui, c’est la tristesse, l’émotion et la reconnaissance d’une claire majorité des Maliens. Je suis heureux de relever dans différents numéros, autant de choses belles, fortes, affectueuses. Un puissant mouvement de sympathie affichée à l’égard du défunt.

Une grande stature intellectuelle et politique, Amadou a été un rempart contre toute campagne de vilenies et de calomnies contre le régime de l’US-RDA. Quel chardon dans le pantalon des tombeurs, des ennemis viscéraux et irréductibles de l’US-RDA.

Il a combattu avec acharnement les contempteurs du régime de l’US-RDA, en se défonçant, communicatif, courant et parcourant de radio en radio, de télévision en télévision, à l’intérieur du Mali, à travers le monde entier avec le ton qu’il faut pour porter la bonne parole.

Il a pansé, apaisé et rendu confiance. Un téméraire, sans peur comme un sanglier, quand on le menace, il attaque. Et Cyrano de Bergerac de dire «On n’abdique pas l’honneur d’être une cible». Cette volonté en politique, de répondre coup pour coup. Un homme qui aura toujours la conviction que les coups qu’il donne ce sont les coups qu’il rend.

Auteur d’innombrables et d’excellents ouvrages, expliquant, explicitant, défendant mettant en exergue les résultats économiques avérés, tangibles et mémorables de la jeune République et la politique étrangère du nouvel Etat. Au plan de l’éducation nationale, la réforme de 1962.

Aussi, en apprenant à la génération montante, le travail herculéen abattu en moins de huit ans par le régime de l’US-RDA, les réalisations fructueuses dans un espace de temps relativement court. Des usines ont poussé comme des champignons et des milliers d’emplois ont été crées.

Le 19 novembre 1968, le surgissement d’un quarteron d’officiers subalternes a plongé le Mali, dans sa période la plus sombre de son histoire contemporaine. Et, qui va mettre fin à l’expérience d’un Mali émergent. Et à cet effet, tu seras déporté avec tes compagnons historiques, y compris le Président Modibo Keïta, dans le grand Nord du Mali.

Tu feras dix ans arbitraires de bagne, sans procès, emprisonné, ballotté dans des conditions inhumaines, victime de la machine à broyer « Du Comité Militaire de Liquidation Nationale » comme tu aimais tant le qualifier.

En ce moment, où était l’Etat de droit? La République? Elle naissait ou était en train de naitre? Vous n’étiez pas, toi et tes compagnons historiques, des prisonniers politiques VIP. Un traitement barbare et amoral, des souffrances et privations de toutes sortes.

Cinq ans durant, vous êtes soumis à la diète : régime par lequel vous serez privé de viande, protéines au fort Intadenit, Kidal entre autres. Quelle atteinte au droit de l’homme ? C’est le salaire reçu par les pionniers de l’indépendance. Certains d’entre vous mourront.

Tonton Amadou, après dix ans de prison, toi et tes compagnons n’ont que de l’amour, pas de haine. Le 26 mars 1991, suite à une insurrection du peuple Malien, une page politique et historique se tourne.

Et l’histoire, une forte majorité des Maliens, en jugeant chacun de vos actes, s’est chargée de vous ressusciter, toi et tes compagnons, comme Lazare. Et de la manière le plus élégante du monde. Quel bel hommage, sans masquer rien de vos points faibles et forts.

Votre action, les pionniers de l’indépendance aura marqué le destin du peuple Malien. L’amour de la patrie était dans votre ADN.

Pour la circonstance, inclinons nous devant ces grands hommes, mesurons les devoirs que nous impose la reconnaissance, jurons au Mali, de ne pas être injuste en leur endroit, et que l’âme nationale, vive éternellement les pionniers de l’indépendance.

Si on devait peser le bilan du régime de l’US-RDA, sur une balance Roberval, le positif l’emporterait largement sur le passif.

Tonton Amadou, laisse-moi te dire une dernière fois, que tu ne seras pas oublié. Dors en paix, Tonton Amadou. Que le bon Dieu, t’accueille dans son paradis céleste. Amen! Tonton Amadou, tu auras pleinement vécu, en consacrant toute ta vie au bonheur du peuple Malien.

Aux grands hommes, la Nation reconnaissante.

Gaoussou Diarrah

Docteur D’Etat en Droit,

Ancien Consultant à l’Union Africaine

 

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